Boualem Sansal enfin libre ! Mais déjà Alger veut tout gâcher
Comme nous l’avions annoncé dans notre précédent article de ce mardi, la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal était bel et bien au cœur des négociations diplomatiques entre Alger et Paris, dans le cadre d’un effort pour ramener les relations bilatérales à un niveau, sinon amical, du moins normalisé. La question n’était plus celle de la libération en soi, mais de sa forme, de son calendrier et de la mise en scène voulue par le pouvoir algérien. Mais alors que Sansal est dans un avion en partance pour l’Allemagne, le pouvoir algérien est rattrapé par ses mauvaises habitudes.
Par Mohamed Sifaoui
Publié le 12 novembre 2025

"La France est humiliée, l’Algérie a remis Sansal à l’Allemagne, et Paris est restée spectatrice", disent en substance des relais du pouvoir de Tebboune.
C’est finalement le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, qui aura offert au régime algérien l’opportunité de préserver la façade de sa « souveraineté ». En demandant officiellement à son homologue Abdelmadjid Tebboune de libérer Sansal pour « raisons humanitaires », l’Allemagne a permis à Alger de répondre favorablement tout en contournant la pression française. Moins de 48 heures plus tard, l’écrivain quittait sa prison, libéré.
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Nous sommes à vrai dire non seulement contents, mais à vrai dire surtout soulagés, tant cette arrestation arbitraire et brutale qui avait les allures de prise d’otage en raison d’une brouille diplomatique nous poussait à craindre le pire pour Boualem Sansal, âgé de 80 ans aujourd’hui et malade.
Dès sa libération, cela s’est immédiatement transformé en opération de communication pour le régime algérien. Des relais du pouvoir de Tebboune, des anciens diplomates et des chroniqueurs patentés, se sont mis en ordre de marche pour vendre le récit voulu par la nomenklatura : « la France est humiliée, l’Algérie a remis Sansal à l’Allemagne, et Paris est restée spectatrice ». Voilà ce qui est dit en substance. Une tentative puérile de réécriture des faits qui en dit long sur l’état d’esprit du régime.
C’est précisément pour cette raison que nous écrivions récemment que le régime de Tebboune n’est pas sérieux, qu’il est immature, préférant l’enfantillage aux postures d’État dignes et responsables. Ce dernier épisode en apporte une nouvelle confirmation.
La France peut-elle encore faire confiance au régime de Tebboune ?
La question mérite d’être posée en ces termes. Car derrière la libération de Sansal se cache un double jeu qui devient structurel dans le comportement du pouvoir algérien : afficher des gestes de bonne volonté tout en alimentant, en parallèle, un discours agressif envers ses partenaires français. Certes Tebboune vit une profonde contradiction : sa clientèle est composée principalement d’islamistes et d’ultra-nationalistes, nourris à la haine de la France, mais son régime a besoin de cette même France, à la fois dans le cadre d’intérêts stratégiques et pour de petits intérêts particuliers.
Les épouses de plusieurs généraux et des ministres aiment faire leurs emplettes à Paris et les octogénaires du « système » apprécient généralement le système de santé qui leur permet de se soigner dans l’Hexagone tout comme les caciques du régime préfèrent que leurs enfants soient scolarisés en France ou, à tout le moins, au lycée français d’Alger. En définitive, la France est, pour les dirigeants algériens, cette mère qu’on aime haïr. Docteur c’est grave ?
Ce nœud gordien amène ce régime pathétique à être constamment dans une sorte de schizophrénie qui se traduit y compris dans les relations diplomatiques.
Depuis le début du mandat de Tebboune, Paris a plusieurs fois tendu la main : en matière mémorielle, économique, sécuritaire. À chaque fois, la réponse algérienne a été ambivalente : un pas en avant, deux en arrière. Le régime, obsédé par son image de souveraineté, agit comme s’il cherchait sans cesse à humilier l’ancien colonisateur, même au prix de ses propres intérêts.
Quoi qu’il en soit, la diplomatie française devrait tirer les leçons de cette séquence. Elle a affaire non à un État mûr, stratégiquement stable, mais à un régime en quête de légitimité, replié sur ses obsessions, et dont les choix sont dictés davantage par les humeurs internes du clan présidentiel et des services que par une vision d’avenir.
Faire confiance à Tebboune, c’est donc prendre le risque d’être déstabilisé à chaque virage. La relation franco-algérienne ne peut se reconstruire qu’avec un pouvoir crédible, cohérent, et capable de distinguer le jeu diplomatique des réflexes de cour de récréation. Or, aujourd’hui, ce n’est pas le cas.
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