5 juillet 1962, l’indépendance de l’Algérie
L’indépendance de l’Algérie, proclamée le 5 juillet 1962, marque la fin d’une ère pour la France, mais aussi le début d’une réinvention nationale. Avant cette date, l’Algérie, intégrée à la France depuis 1830, est au cœur d’un projet colonial ambitieux, notamment sous Napoléon III, et d’une guerre complexe (1954-1962). Les fondateurs du FLN ont été marqués par la répression sanglante du 8 mai 1945, des émeutes de Sétif, dans le Nord-Constantinois. De 1954 à 1962, le conflit est d'une extrême violence. Nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954 : une série d’attentats frappe le territoire algérien. Œuvre d’un groupe de militants indépendantistes, le Front de Libération Nationale (FLN), ces événements inaugurent une guerre de presque huit ans, qui met un terme à la colonisation française en Algérie.
Publié le 5 juillet 2025

Les Accords d’Évian ont été approuvé par 90,8 % des Français (8 avril 1962) et 99,72 % des Algériens (1er juillet 1962).
Dès 1830, la conquête d’Alger fait de l’Algérie une extension de la France, mais c’est sous Napoléon III(1852-1870) que l’Algérie devient un projet visionnaire. L’empereur, sensible aux idées de progrès, envisage un “royaume arabe” où colons européens et Algériens musulmans y compris les Kabyles, les juifs puisque le décret Cremieux (1870) leur a accordé la citoyenneté française permettant ainsi l’intégration des 140 000 juifs l’objectif était qu’ils coexistent.
À découvrir
Napoléon III engage alors des réformes,l’obtention de la citoyenneté de 1865 : Les Algériens, dont les Kabyles, peuvent accéder à la citoyenneté française en renonçant à leur statut personnel, une mesure novatrice mais peu adoptée.
Napoléon III soutient l’agriculture et l’économie, visitant Alger en 1860 et 1865, et reconnaît l’importance des Kabyles, souvent vus comme des partenaires fiables par l’administration coloniale. Ses idées posent les bases d’une Algérie plurielle.
L’Algérie française devient un idéal de rayonnement… peu à peu, un fossé immense se creuse
Jusqu’aux années 1950, l’Algérie est un symbole de l’empire français et de sa grandeur, elle perçue comme un prolongement de la France, avec un million de pieds-noirs et huit millions d’Algériens musulmans vivant dans trois départements dont les Kabyles, réputés pour leur organisation sociale et leur résistance culturelle. Après la Seconde Guerre mondiale, des réformes, comme le statut de 1947, tentent d’accorder plus de droits aux Algériens, reflétant une volonté d’intégration, même imparfaite.
Or, peu à peu, un fossé immense se creuse entre la prétention à l’assimilation et la réalité. Le 1er novembre 1954, les attentats de la Toussaint Rouge, lancés par le FLN, surprennent la France, qui voit d’abord une révolte locale. La guerre d’Algérie devient un défi national, 1,5 million d’appelés et soldats professionnels défendent l’Algérie française avec détermination, notamment lors de la bataille d’Alger (1957), où l’armée rétablit l’ordre. Une grande partie de la population soutient l’idée d’une Algérie française, portée par le dynamisme des pieds-noirs et leur attachement à la métropole.
En 1958, la crise du 13 mai à Alger ramène Charles de Gaulle au pouvoir. Son discours (“Je vous ai compris !”) galvanise les espoirs de maintenir l’Algérie française. Cependant, conscient des évolutions mondiales (décolonisations, pression de l’ONU), de Gaulle adopte une approche pragmatique
Avec l’Autodétermination (1959), de Gaulle propose aux Algériens de choisir leur avenir (intégration, association ou indépendance), une décision audacieuse qui modernise la politique française. Face à la révolte des barricades (1960) et au putsch des généraux (1961), de Gaulle reste ferme, consolidant la Cinquième République et évitant une guerre civile. L’OAS, bien que violente, ne parvient pas à détourner la France de sa trajectoire.
Un nombre de victimes inconnus
Le 5 juillet 1962, jour de la proclamation officielle de l’indépendance de l’Algérie, est marqué par des violences à Oran, y compris contre la communauté juive, dans un contexte de liesse et de chaos. Deuxième ville d’Algérie (600 000 habitants, dont 150 000 Européens et 20 000 Juifs), célèbre l’indépendance après les accords d’Évian (18 mars 1962). Une foule en liesse envahit les rues, mais la situation dégénère vers 11h, place d’Armes. Un coup de feu, probablement attribué à l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète, opposée à l’indépendance), déclenche la panique. La cible est la communauté juive, pourtant les juifs sont citoyens français depuis 1870, mais ils sont assimilés aux « Européens » par les assaillants. Des témoignages rapportent des lynchages, des exécutions sommaires et des mutilations. Des synagogues, comme celle de la rue d’Austerlitz, sont profanées. Les estimations varient : 100 à 700 morts ou disparus, dont environ 100 à 150 Juifs, (selon les archives et témoignages recueillis par l’historien Jean-Jacques Jordi.)
L’armée française, avec 18 000 soldats à Oran sous le commandement du général Joseph Katz, n’intervient pas immédiatement. Deux directives de Paris (13 et 19 juin 1962) limitent son action pour respecter la souveraineté algérienne naissante, conformément aux accords d’Évian. Vers 14h, des gendarmes mobiles français rétablissent l’ordre, mettant fin aux violences. Cette intervention tardive, critiquée pour son retard (2 à 3 heures), sauve néanmoins des vies. Le choix de la non-intervention initiale vise à éviter une escalade avec l’ALN et à garantir une transition pacifique, priorité de Charles de Gaulle.
Malgré la tragédie d’Oran, la France, héritière de la vision inclusive de Napoléon III, facilite une transition historique, avec le succès des Accords d’Évian approuvé par 90,8 % des Français (8 avril 1962) et 99,72 % des Algériens (1er juillet 1962), ils instaurent une coopération franco-algérienne (pétrole, base de Mers-el-Kébir jusqu’en 1967)
L’exode des 130 000 Juifs et 800 000 pieds-noirs vers la France est un défi, mais leur intégration renforce la société française, notamment la communauté juive.
Le 5 juillet 1962, l’Algérie s’émancipe dans un élan de souveraineté, malgré les ombres d’Oran. Portée par l’héritage de Napoléon III, l’engagement des Algériens et la vision de De Gaulle, elle s’ouvre à un avenir de défis et de promesses : une nation unie, riche de sa diversité, prête à écrire son destin sur la scène mondiale.
La rédaction vous conseille
- « Jamais nous ne t’oublierons »
- L’Algérie crucifie ses poètes
- France-Algérie, le double aveuglement de Xavier Driencourt, la clarté dans la tourmente
Envie de lire tous les articles ?
Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.