L’encre qu’ils veulent faire taire crie encore
Par Kamel Bencheikh
Publié le 13 mai 2025

Kamel Bencheikh avec Boualem Sansal.
Ils croient pouvoir étouffer l’encre, mais l’encre crie.
Ils jettent les écrivains en prison comme on jette un poème dans un puits.
Boualem Sansal, quatre-vingts hivers sur la peau, malade et digne, condamné à cinq ans pour avoir dit ce qu’il pensait.
Kamel Daoud, traqué, deux mandats d’arrêt aux talons pour avoir écrit ce que l’État veut effacer. Leur crime ? Avoir pensé à voix haute.
L’Algérie n’est plus un pays, mais une machine à broyer les voix.
Ici, la liberté est un corps battu. Les romanciers fuient, les journalistes tombent, les poètes sont réduits au silence.
On n’interdit plus : on efface. On n’étouffe plus : on enterre.
Kamel Daoud a osé rouvrir la mémoire, gratter la croûte de la décennie noire. Pour cela, il est devenu cible.
Nommer les blessures, ici, c’est profaner l’oubli officiel.
Et l’État frappe, pendant que la France s’inquiète — mollement.
Mais l’inquiétude ne fait pas rempart. Elle ne protège pas les voix.
Ne pas défendre ces hommes, c’est trahir la parole.
C’est accepter que la peur décide à notre place.
Ce combat est universel. Chaque écrivain brisé, c’est une lampe qui s’éteint.
Chaque silence complice, une victoire pour l’obscur.
Écrire est un acte de résistance. Lire est un acte de fraternité.
Se taire, c’est pactiser.
Alors oui,
je suis Boualem Sansal,
je suis Kamel Daoud,
et je suis de ceux qui ne plient pas.
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