Boualem Sansal, nouvel académicien, et sa passion indéfectible pour la langue française

Par Marie Dolores Prost

Publié le 30 avril 2026

Boualem Sansal, nouvel académicien, et sa passion indéfectible pour la langue française

Boualem Sansal rejoint une lignée prestigieuse d’étrangers épris de français devenus académiciens, à l’image de Léopold Sédar Senghor, poète sénégalais.

© Rupture

Élu le 29 janvier dernier au fauteuil n° 3 de l’Académie française par 25 voix sur 26, dès le premier tour, Boualem Sansal incarne avec force l’un des plus ardents défenseurs contemporains de la langue française. Cette élection, qui consacre un parcours exceptionnel marqué par l’exil intérieur et la liberté reconquise, place l’écrivain franco-algérien au cœur de l’institution chargée depuis 1635 de veiller sur l’avenir de la langue.

Né en Algérie, Boualem Sansal a fait du français sa langue maternelle de pensée, de parole et d’écriture. « Je suis tombé dans la langue française comme Obélix dans la potion magique », confie-t-il souvent, soulignant une immersion qui a forgé son regard sur le monde bien au-delà des frontières coloniales. Pour lui, cette langue n’est pas un héritage imposé, mais un bien universel, un « latin des Modernes » porteur des Lumières, de la raison claire et de l’universalisme.

Dans son essai Le français, parlons-en  (Éditions du Cerf, 2024), l’académicien livre un vibrant plaidoyer. La langue constitue selon lui « l’âme d’un peuple »

« Il n’y a de peuple que dans une culture et une langue, de culture et de langue que dans la liberté, de liberté que dans le courage et l’honneur. » Perdre sa langue, prévient-il, équivaut à une mort collective, à une rupture avec l’histoire et l’avenir commun.

Les défenseurs les plus passionnés de la langue française naissent parfois loin de ses origines

Désormais Immortel, successeur de Jean-Denis Bredin au sein de l’Académie française, Boualem Sansal se trouve aux avant-postes pour défendre cet héritage. Naturalisé français en 2024, après avoir connu l’emprisonnement en Algérie, il déplore le recul du français en France même, menacé par le globish, les jargons urbains, la langue « inclusive » et un certain renoncement culturel. Face à ce constat, il place ses espoirs dans les francophones du Maghreb et d’Afrique, qui portent encore avec vitalité cette langue de clarté, d’ouverture et de dignité.

Il rejoint ainsi une lignée prestigieuse d’étrangers épris de français devenus académiciens, à l’image de Léopold Sédar Senghor, poète sénégalais, premier Africain élu sous la Coupole en 1983, dont la passion pour la langue et la francophonie reste un modèle d’exigence et de rayonnement.

Pour l’écrivain, le français représente une véritable patrie spirituelle, un rempart contre l’obscurantisme et un instrument de liberté. Le français lui a permis d’exprimer sans concession sa critique de l’islamisme, de l’autoritarisme et des dérives identitaires. Son élection, quelques mois seulement après sa libération des geôles algériennes, revêt une dimension hautement symbolique, celle d’un homme venu des marges de la francophonie qui devient l’un de ses gardiens les plus légitimes.

Cette reconnaissance ultime rappelle une vérité souvent méconnue : les défenseurs les plus passionnés de la langue française naissent parfois loin de ses origines. Boualem Sansal, désormais académicien, continue de témoigner avec exigence que défendre le français, c’est défendre une certaine idée de la civilisation, de la beauté des mots et de la liberté de l’esprit.

M. D. P.

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