L’Algérie crucifie ses poètes
Boualem Sansal. Quatre-vingts ans. Le corps déjà mangé par la maladie. Mais ça ne leur suffit pas. Il fallait l’enfermer. L’enterrer vivant. Cinq ans de prison. Cinq ans de cendres sur ses mots. Son crime ? Avoir ouvert la bouche dans un pays qui coupe les langues. Kamel Daoud. Deux mandats d’arrêt. Deux lames plantées dans le dos d’un homme debout. Son crime ? Avoir écrit ce que les puissants veulent effacer. Avoir réveillé les morts que l’État veut recouvrir de silence.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 9 mai 2025

Kamel Daoud a osé déterrer les fantômes de la décennie noire. Il a osé dire ce que l’État ordonne de taire.
L’Algérie n’est plus une terre, c’est un gouffre. Ici, penser est un crime, écrire est un blasphème, rêver est une faute. Ici, on enferme ceux qui parlent, on exile ceux qui dénoncent, on bâillonne ceux qui osent. Ici, la prison est l’unique bibliothèque des hommes debout. Ici, l’effacement est loi, l’oubli est politique, la médiocrité est système.
Ce pays n’est plus qu’un cimetière de lumières étouffées, un charnier d’esprits brisés. Un pouvoir qui règne par la peur, qui frappe la pensée comme on abat un ennemi. Ils ne gouvernent pas, ils étranglent.
Ici, le génie fait peur, la pensée est suspecte, la parole est dangereuse. Ici, la médiocrité trône en reine stérile, étouffant tout ce qui dépasse.
Kamel Daoud a osé déterrer les fantômes de la décennie noire. Il a osé dire ce que l’État ordonne de taire. Pour cela, ils l’ont traqué. Car ici, la mémoire est un crime, la vérité un outrage, la parole un défi à écraser.
La France s’est dite inquiète. Quelle ironie. Des mots polis face à une machine de fer. Des diplomates face à des bourreaux. Des soupirs face à des fusils.
L’Algérie vit étranglée entre la botte et le bâillon, le fouet et la censure. Ici, le génie fait peur, la pensée est suspecte, la parole est dangereuse. Ici, la médiocrité trône en reine stérile, étouffant tout ce qui dépasse.
Chaque plume brisée est une lumière qu’on éteint. Chaque poète enfermé est un morceau d’univers qu’on assassine.
Ne pas défendre ces écrivains, c’est pactiser avec les bourreaux. C’est creuser nos propres tombes. C’est accepter de vivre à genoux.
Ce combat n’est pas celui d’un pays, c’est celui de l’humanité entière. Car chaque plume brisée est une lumière qu’on éteint. Chaque poète enfermé est un morceau d’univers qu’on assassine.
Nous n’avons pas le droit de nous taire. Pas le droit de baisser les yeux. Pas le droit de laisser la nuit gagner.
Écrire, c’est frapper. Lire, c’est se lever. Se taire, c’est mourir.
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