De Voltaire à Samuel Paty, écrasons l’infâme !
Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia
Publié le 13 février 2026

C’est bien un fanatique qui, animé par la rage, faucha sauvagement la vie de Samuel Paty.
« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. […] » Ainsi Voltaire alertait-il ses contemporains dans son Dictionnaire philosophique en 1764.
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C’est bien un fanatique qui, animé par la rage, faucha sauvagement la vie de Samuel Paty. Il n’est pas question ici de refaire le fil de ce jour ensanglanté (je renvoie à l’ouvrage très documenté de David Di Nota[1]), mais de marteler encore et toujours, alors que l’avocat du prédicateur islamo-intégriste Sefrioui a opté pour une défense qui assassine une troisième fois Samuel Paty, que le discours enfiévré de sectarisme religieux est le cerveau qui arme le bras du fanatique !
La France a combattu ce qui fut sa religion d’État, le catholicisme, elle a affronté son Église, et je suis de ceux qui rappellent, à la force de l’histoire, qu’elle avait des raisons de le faire, qu’elle a eu raison de le faire. Si le catholicisme avait été revendiqué après l’attentat qui frappa Samuel Paty, tous ceux qui, dans l’affaire qui nous occupe, font preuve d’une prudence excessive, voire d’un collaborationnisme abject, s’indigneraient avec véhémence, et ils auraient raison de le faire. Mais nous connaissons le mécanisme de longue date, malheureusement, depuis au moins les attentats de 2012 qui arrachèrent les vies de Loïc Liber, Abel Chénnouf, Mohamed Legouad, Myriam Monsonégo (8 ans) et Gabriel Sandler (5 ans), ainsi que leur père, Jonathan Sandler. Si le fanatique qui tue se revendique de l’islam, la gauche essentiellement, l’extrême-gauche assurément, semblent embarrassées, timorées, car dans leur logiciel, la violence haineuse ne peut venir que de crypto-fascistes.
Nous avions constaté les deux postures après la décapitation de Samuel Paty sur le sol de la France républicaine, ce qui avait été de facto une manière de le tuer une deuxième fois. Samuel Paty était un hussard noir de la République, un enseignant amoureux de son métier qui avait chevillé au corps et à l’âme sa mission d’instruction publique et d’éducation à la liberté.
Maître Vuillemin n’a pas défendu son client, il a posé une cible sur le dos d’un défunt
Maître Vuillemin a choisi d’opérer un « oui mais » (« la décapitation de Samuel Paty, elle est tellement horrible, qu’elle écrase tout le dossier »), et une justification abjecte (« Il y a un tabou, nous n’avons pas le droit de le dire : Samuel Paty procédait à la discrimination des élèves musulmans. ») Au-delà du sous-entendu d’islamophobie (déjà jetée du fait de l’exposition d’une caricature de Charlie Hebdo, jugée offensante), l’accusation de la défense induit que la victime aurait été responsable du supplice infligé par son bourreau, « armé » par un gourou, défendu par Maître Vuillemin.
C’est d’une indignité… Quelle infâmie ! Car, quand bien-même le professeur aurait proposé à ses élèves de confession musulmane de ne pas regarder les caricatures s’ils ne le souhaitaient pas, ce qui pourrait être discuté, d’abord, cela ne relève pas de la discrimination religieuse, voire d’une forme de racisme – car c’est l’accusation qui point en sous-texte –, ensuite, cela ne saurait en aucun cas justifier l’usage de la violence, d’autant moins un assassinat. Cela ne saurait, en aucun cas, être prétexté pour expliquer le geste d’une violence inouïe commis par un criminel fanatisé, ni la cabale et le harcèlement qui en sont à l’origine ; campagne immonde, rétrograde et archaïque lancée par un imam intégriste.
Si chacun de nous comprendra la légitimité d’un avocat à défendre son client, aucun de nous, s’il est héritier des Lumières, ne peut admettre que l’on tuât encore Samuel Paty, que l’on induisît que dans la France républicaine laïque et démocratique, il y eût un espace de justification pour le fanatisme, fût-il islamique, et qu’il permît par son existence même d’exciter quelque potentiel bourreau.
Maître Vuillemin n’a pas défendu son client, il a posé une cible sur le dos d’un défunt, sur la mémoire d’une victime. A force de périphrases, de concepts parfois obscurs (djihadisme, islamisme, …), on oublie de qualifier la nature de la chose : le fanatisme. Voltaire disait qu’il était « l’infâme », comme l’est la stratégie de Maître Vuillemin. Alors, soyons à la hauteur du philosophe et, avec lui, « écrasons l’infâme », jusque dans les prétoires.
J.-B. Ch.-B.
[1] David Di Nota, J’ai exécuté un chien de l’enfer. Rapport sur l’assassinat de Samuel Paty, Paris, Le Cherche-Midi, 2021.
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