Quand la défense devient profanation

Par Kamel Bencheikh

Publié le 27 janvier 2026

Quand la défense devient profanation

On ne salit pas les morts pour protéger les vivants. On les honore en disant la vérité.

Il y a des limites qu’on ne devrait jamais franchir. Et pourtant, elles le sont, encore, au cœur même d’un procès censé rendre justice à Samuel Paty, professeur décapité pour avoir enseigné la liberté.

Entendre un avocat affirmer que Samuel Paty aurait « procédé à la discrimination des élèves musulmans », c’est regarder la dignité basculer du mauvais côté de l’histoire. Ce n’est pas une ligne de défense, c’est un travestissement — et c’est, surtout, une façon de piétiner, une seconde fois, l’honneur d’un homme assassiné parce qu’il incarnait ce que la République a de plus précieux : le droit de penser, d’enseigner, d’éveiller.

On peut discuter de tout, on peut débattre de tout. Mais il existe un seuil en deçà duquel l’humanité devrait contenir sa propre bouche. Faire croire que Samuel Paty aurait été, d’une manière ou d’une autre, responsable de son propre supplice, ce n’est pas « défendre ». C’est dégrader, insidieusement, la mémoire d’un mort et la vérité des faits.

Les magistrats l’ont déjà établi : l’enseignant n’a jamais discriminé qui que ce soit. Il n’a jamais ciblé des élèves en fonction de leur religion. Ce mythe, né d’un mensonge d’adolescente, relayé violemment par des adultes irresponsables, a été le carburant d’un crime terroriste. Aujourd’hui, vouloir le ressusciter à la barre, c’est ignorer le dossier, les enquêtes et le jugement de première instance — et c’est participer, consciemment ou non, à une entreprise de brouillage mémoriel.

Il y a aussi quelque chose de profondément indécent dans cette posture : on parle d’un homme décapité en pleine rue pour avoir montré ce que signifiait la liberté d’expression dans un cours sur la laïcité. On parle d’un professeur qui n’a eu ni arme, ni stratégie, ni mensonge — seulement un programme scolaire et un sens du devoir.

Alors oui, il est nécessaire d’être clair.

Ce ne sont pas les professeurs qu’il faut accuser. Ce sont ceux qui ont fabriqué, gonflé, attisé et armé un mensonge. Ce sont ceux qui ont mis en pâture le nom d’un fonctionnaire de l’État, sur des réseaux sociaux déjà saturés de haines. Ce sont ceux qui ont créé l’atmosphère dans laquelle un fanatique s’est senti mandaté pour tuer.

Rien ne justifiera jamais que l’on décapite un enseignant.

Rien ne justifiera jamais qu’on insinue, après coup, qu’il l’aurait mérité.

La République n’a pas à s’excuser d’enseigner la liberté.

La liberté n’a pas à s’excuser d’exister.

On attend d’un tribunal qu’il juge, pas qu’il participe à la falsification de la mémoire. La justice n’est pas là pour nourrir les narrations victimaire fabriquées par ceux qui ont mis en mouvement la haine, mais pour reconnaître les faits : des adultes ont relayé un mensonge, ont ciblé un professeur, et un islamiste radical l’a assassiné. C’est cela, la réalité. Et c’est aussi simple que cela.

On ne salit pas les morts pour protéger les vivants. On les honore en disant la vérité.

K. B.

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