Ils ont tué des enseignants, mais ils n’ont pas tué l’école
Par Kamel Bencheikh
Publié le 13 octobre 2025

Ils ont été tués non pas pour ce qu’ils avaient fait mais pour ce qu’ils incarnaient.
Ils ont tué Samuel Paty. Ils ont tué Dominique Bernard. Deux professeurs. Deux veilleurs. Deux visages de ce qu’il y a de plus noble dans la France : la transmission du savoir, l’amour de la raison, la fidélité à la liberté.
Ils ont été tués non pas pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils incarnaient : l’universalisme. Cette idée simple et subversive selon laquelle l’esprit humain n’a ni couleur, ni religion, ni maître.
Chaque fois qu’un enseignant tombe sous les coups d’un fanatique, c’est la République qui saigne. Ce ne sont pas seulement des vies qu’on arrache, c’est une idée qu’on veut tuer : celle qui libère les hommes des chaînes du dogme et des haines identitaires. Ça ne constitue pas un crime isolé. C’est une guerre déclarée à la pensée, une guerre à la liberté, une guerre à ce que nous avons de plus précieux : l’école républicaine, creuset du commun.
On voudrait nous faire croire que ces meurtres sont des accidents, des « drames », des « faits divers ». Mais non : ils sont le symptôme d’une capitulation lente, celle d’une société qui a cessé de croire à sa propre promesse. On a toléré les discours qui disaient que la laïcité était une « oppression », que l’universalisme était un « racisme », que la liberté d’expression devait plier devant la « sensibilité religieuse ». On a laissé entrer dans nos écoles le poison de la peur, celui qui fait baisser les yeux, qui empêche de nommer l’ennemi.
Samuel Paty a été décapité pour avoir enseigné la liberté de conscience. Dominique Bernard a été assassiné pour avoir incarné la liberté d’apprendre. Et nous, que faisons-nous ? Nous commémorons, nous déposons des gerbes, nous parlons de « vivre ensemble », mais nous reculons, chaque jour un peu plus, devant ceux qui rêvent d’un monde sans maîtres, sans pensée universelle, sans femmes libres, sans rires.
Leur univers est un gouffre. Le nôtre est une lumière. L’universalisme n’est pas une abstraction, c’est une résistance. C’est la flamme de Condorcet dans la nuit de l’obscurantisme. C’est la main tendue de Jaurès aux enfants du peuple. C’est la France des Lumières qui refuse de se renier pour ne pas « blesser » les ténèbres.
Ceux qui tuent les professeurs savent ce qu’ils font : ils frappent la source. Car un professeur, c’est celui qui transmet le doute, l’esprit critique, la capacité de désobéir à Dieu quand Dieu prétend soumettre les hommes. C’est celui qui enseigne que penser est un acte révolutionnaire.
Alors oui, je suis en colère. Colère contre les assassins, bien sûr. Mais aussi contre les lâchetés accumulées, les renoncements, les silences complices.
Contre ces responsables politiques qui confondent tolérance et abdication.
Contre ces intellectuels qui préfèrent s’émouvoir du « ressenti » plutôt que de défendre la raison.
Contre ces médias qui effacent le mot « islamisme » pour ne pas froisser les oreilles chastes.
La République n’a pas à s’excuser d’exister. Elle n’a pas à s’agenouiller devant ceux qui la haïssent. Elle doit au contraire retrouver sa fierté, sa verticalité, sa mission civilisatrice — non pas au sens impérial, mais au sens moral : celui de la dignité humaine universelle.
Samuel Paty et Dominique Bernard sont morts debout. À nous de ne pas vivre à genoux.
Leur mort n’aura de sens que si elle réveille en nous la foi laïque dans le pouvoir de la raison, du savoir, de la parole libre.
Qu’on enseigne encore, malgré la peur.
Qu’on débatte encore, malgré les menaces.
Qu’on aime encore l’humanité, toute l’humanité, contre tous les communautarismes.
Car l’universalisme n’est pas une idée du passé. C’est le dernier rempart contre la barbarie.
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