LFI ou la décomposition finale du trotskisme

Après avoir fait une carrière de hiérarque socialiste, Mélenchon se prend pour un caudillo latino-américain, en vue de changer non plus la société, mais le peuple. Le peuple de France lui ayant refusé une confiance massive, il a entrepris de produire un nouveau peuple. C’est le thème de la « nouvelle France », la France des immigrés qui doit remplacer la France des « tout blancs, tout moches ».

Par Denis Collin

Publié le 26 mars 2026

LFI ou la décomposition finale du trotskisme

Le vieux peuple ne le suivant pas avec un enthousiasme suffisant, Mélenchon va changer de peuple.

L’histoire du trotskisme est celle d’un long échec. Construit contre le stalinisme et le système totalitaire bureaucratique, le trotskisme s’est toujours voulu fidèle au léninisme, à un léninisme qui n’aurait pas dégénéré, le léninisme de l’aube révolutionnaire de 1917.

Né au milieu des années 1920, le trotskisme après un siècle d’existence ne peut présenter qu’un bilan de faillite : ni nouveau parti révolutionnaire, ni révolution prolétarienne victorieuse à mettre à son actif. Des intellectuels brillants parfois, des historiens qui ont détaillé toutes les horreurs du « socialisme réellement existant » (pensons à Jean-Jacques Marie dont on recommandera chaudement la lecture). Mais rien de plus et si la vérité d’une théorie s’éprouve dans la pratique qu’elle inspire, le verdict est sans appel.

Échecs et recherches de substituts

Voilà qui explique pourquoi les trotskistes qui ne résignaient pas à la récitation du Talmud ont cherché de dérivatifs, des substituts et sont souvent partis sur les voies les plus douteuses. LFI, le parti de Mélenchon, un exemple typique du « parti du leader » analysé, voilà deux décennies par Mauro Calise, est l’un de ces sous-produits de la décomposition du trotskisme.

LFI est devenue une force politique en 2017 avec les presque 20 % des voix recueillis par Mélenchon. Mais sa naissance est antérieure. Dans un petit livre à prétention théorique, L’ère du peuple, publié en 2015, Mélenchon, en quelques développements plus ou moins tarabiscotés, dresse l’acte de décès du « sujet révolutionnaire » ancien, la classe ouvrière et annonce l’émergence d’un nouveau sujet : « le peuple urbain », jeune, instruit, il occupe les quartiers « populaires » et les institutions de l’enseignement supérieur. Il est biberonné aux « nouvelles technologies » et c’est lui qui est appelé à remplacer le peuple prolo des vieux partis ouvriers. Ce livre, passé à peu près inaperçu, donnait une version « radicale » et même « révolutionnaire » des thèses développées quelques années plus tôt par Terra Nova, le club de réflexion proche de l’aile droite du PS et des anciens « rocardiens ».

Après une tentative République-drapeau tricolore-Marseillaise, Mélenchon va au bout de ses propres idées et puisque le vieux peuple ne le suit pas avec un enthousiasme suffisant, il va changer de peuple, sous la pression de quelques amis nouveaux comme Taha Bouafs qui n’hésitent pas à organiser la chasse aux sorcières laïques au sein de LFI (ainsi l’épisode de l’expulsion d’Henri Pena-Ruiz des journées d’été de LFI en 2019). On connaît la suite.

Un coup d’œil dans le rétroviseur

Dans les années 1950, une partie de trotskistes, les « pablistes », décident de se noyer dans les partis staliniens et les mouvements de libération nationale, censés devenir, sous la pression des circonstances, des «révolutionnaires sui generis ». Ils se font « porteurs de valises » du FLN et certains, comme Michel Raptis, dit Pablo, se retrouvent à Alger jusqu’au coup d’État qui renverse Ben Bella. Ils mettent tous leurs espoirs dans le « communisme » vietnamien, dans le front des Khmers Rouges ou dans le MFA portugais. Une constance dans tout cela : « tout ce qui bouge est rouge ». Et ça finit toujours mal.

Bizarrement, Mélenchon vient de cette partie du trotskisme qui refusa ces innovations ébouriffantes, le courant « lambertiste », représenté aujourd’hui par le POI. Mais là aussi, le mal rongeait. Depuis un bon moment les « lambertistes », jadis fervents défenseurs de la laïcité et bouffeurs de curés impénitents, s’étaient mis à trouver toutes sortes de vertus au « voile islamique ». Par l’intermédiaire de Louisa Hanoune, dirigeante du Parti des travailleurs, ils établissent des relations avec Bouteflika. Par différentes voies, le POI lambertiste s’islamise et quand Mélenchon se met aux côtés du CCIF, notamment à la manifestation du 10 novembre 2019, un rapprochement sérieux s’opère et Mélenchon reprend le chemin du « local » du POI, au 87 de la rue Faubourg Saint-Denis à Paris.

On connaît la suite des dérives de LFI, des « sorties » calculées pour hystériser le débat public. Tout cela n’a plus aucun rapport avec le trotskisme historique, dont Mélenchon a seulement gardé le goût des purges contre ses opposants à l’intérieur du « parti ».

Après avoir fait une carrière de hiérarque socialiste, Mélenchon se prend pour un caudillo latino-américain, en vue de changer non plus la société, mais le peuple. Le peuple de France lui ayant refusé une confiance massive, il a entrepris de produire un nouveau peuple. C’est le thème de la « nouvelle France », la France des immigrés qui doit remplacer la France des « tout blancs, tout moches ».

Il reste, pour les jours de fête, qu’un vague programme social, mais c’est le néo-racisme qui occupe l’essentiel. Plus de drapeau rouge ni de drapeau tricolore, mais le drapeau du Hamas et le drapeau algérien. Le stade de la décomposition d’un mouvement politique « révolutionnaire » est atteint. On est passé du communisme (trotskiste) au communautarisme à soubassement religieux qui en est l’exacte négation. Est-il possible de reconstruire sur ces décombres un mouvement républicain, patriotique et porteur des revendications des toutes les classes populaires ? La question est pendante.

D. C.

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