Le 14-Juillet de la grande France

Par David Lisnard

Publié le 14 juillet 2026

Le 14-Juillet de la grande France

L'Assemblée nationale, en décidant d'organiser la Fédération générale, n'a fait qu'ordonner et amplifier un mouvement né dans les communes.

Si nous célébrons notre fête nationale le 14 juillet, nous le devons à la loi du 6 juillet 1880. Cette date n’avait pas vocation à commémorer seulement la prise de la Bastille de 1789, mais aussi la Fête de la Fédération, consécration de l’unité de la France, qui eut lieu un an plus tard. C’est cette date qui donne au 14 juillet sa portée proprement nationale.

Ce jour-là, quatorze mille fédérés venus des quatre-vingt-trois départements créés quelques mois plus tôt se rassemblent au Champ-de-Mars, devant plusieurs centaines de milliers de Parisiens, pour prêter serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Ces hommes sont les délégués des gardes nationales des communes.

Ce mouvement ne provient pas de Paris. Dès le 29 novembre 1789, à Étoile-sur-Rhône, plus de douze mille gardes nationaux du Dauphiné et du Vivarais scellent le premier pacte fédératif. À Pontivy, les jeunes citoyens de Bretagne et d’Anjou se déclarent « Français et citoyens du même empire ». Lyon rassemble des délégations de plusieurs départements voisins le 30 mai 1790.

L’Assemblée nationale, en décidant d’organiser la Fédération générale, n’a fait qu’ordonner et amplifier un mouvement né dans les communes. Celles-ci existaient de fait depuis des siècles ; la Révolution venait de les fonder en droit par la loi du 14 décembre 1789 qui érigea en municipalités les quarante-quatre mille paroisses, bourgs et communautés d’habitants du royaume de France.

C’est ainsi que la nation, dont l’État bâtissait le corps depuis Philippe Auguste, reçut le 14 juillet 1790 son second fondement : le libre consentement de citoyens qui, du village à la province et de la province à la patrie, choisirent de s’unir.

Cette construction vient de loin. La France procède de la raison grecque et du droit romain, de l’héritage judéo-chrétien, de la scolastique médiévale et de l’esprit des Lumières. Elle est l’œuvre de la monarchie et de la Révolution, de l’Empire et de la République, de l’école, de l’armée et de la commune. De cette longue et tumultueuse histoire est née une communauté républicaine de citoyens et de destin, qui a fait d’individus divers un seul et même peuple, réuni autour d’une même loi, d’une même langue, d’une même culture.

Chaque Français, quels que soient son origine, ses croyances, sa couleur de peau, est le dépositaire de ce patrimoine. Cette France est plus grande que chacun de ses régimes, plus grande que chacune de ses générations, plus grande que chacune de ses composantes. C’est la grande France, multiséculaire, indivisible, transmise de génération en génération.

Aujourd’hui, on voit apparaître à l’extrême gauche une volonté de déconstruire notre histoire. Cette entreprise, théorisée par Jean-Luc Mélenchon, a pour but de faire naître une « nouvelle France ».

Une France racialiste, c’est-à-dire raciste, communautariste, accommodante avec l’islamisme, complaisante avec l’antisémitisme, et même complice. Une France où l’on trie les citoyens selon leur origine, où l’on oppose les Français d’hier aux Français d’aujourd’hui, les immigrés extra-européens aux « tout blancs tout moches ».

Chaque génération, certes, apporte une sociologie nouvelle. Aucune génération, jamais, n’a fondé une autre France.

Cette extrême gauche ne revendique pas pour rien sa filiation avec Robespierre, l’artisan de la Terreur, qui fut la négation du 14 juillet 1790. Les fédérés s’étaient unis librement ; la loi des suspects du 17 septembre 1793 trie les Français par catégories. Les communes s’étaient fédérées d’elles-mêmes ; la Convention écrase Lyon, Marseille, Bordeaux, accusées de « fédéralisme ».

Quand le peuple réel ne correspond pas au peuple rêvé, l’idéologue trie le peuple. La « nouvelle France » procède du même geste. Elle substitue au peuple hérité un peuple décrété. Elle trie à son tour : hier selon la naissance et l’opinion, aujourd’hui selon l’origine et la couleur de peau. Elle érige les communautés en identités politiques et dresse les Français les uns contre les autres. Nous la combattrons de toutes nos forces.

Voilà l’alternative que ce 14 juillet éclaire. Deux idées de la nation et du peuple s’affrontent, comme en 1790 et en 1793.

La France à laquelle nous croyons, c’est la France de toujours. La France d’hier, d’aujourd’hui et de demain. La belle France de ceux qui font et qui agissent. La grande France des cathédrales, de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, de la Liberté guidant le peuple, de l’architecture et de la musique, de la littérature et du cinéma, de l’imagination et de la recherche scientifique, du TGV, de l’Airbus, d’Ariane, du nucléaire civil, de l’esprit entrepreneurial.

A chaque génération, cette grande France a découvert, bâti, inventé, rayonné. Elle n’a pas fini. Le génie français demeure. Il est simplement entravé par un centralisme que les hommes de 1790 auraient désavoué et qui prétend tout régir, tout contrôler, tout autoriser. 

C’est cette grande France que nous célébrons le 14 juillet. Elle s’est bâtie sur le libre consentement d’hommes et de femmes divers, renouvelé à chaque génération ; elle se continuera de même en assimilant ceux qui désirent s’inscrire dans ses traditions, ceux qui acceptent d’en épouser les mœurs et l’art de vivre et de s’approprier son histoire et sa culture sans chercher à y substituer les leurs.

La devise républicaine elle-même a été déséquilibrée. L’égalité des droits a dégénéré en égalitarisme, qui nivelle et produit de l’inégalité. La fraternité est devenue une mécanique de guichets et de prestations, qui déresponsabilise. La liberté – celle-là même que les fédérés vinrent sceller au Champ-de-Mars – est traitée en suspecte. Elle est pourtant à la source de toutes les réussites françaises. Elle sera, demain, le ressort de notre redressement.

Rendre aux Français leur liberté d’agir, d’entreprendre, de transmettre, de décider au plus près de leur vie est l’œuvre qui attend notre pays. La grande France s’est faite par la liberté. Elle se refera par elle.

D. L.

(*) Président de Nouvelle Energie pour la France

Maire de Cannes

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