Laurent Nuñez a saisi la justice

Jean-Luc Mélenchon accusé d’antisémitisme après ses propos sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein

Lors d'un meeting, ce jeudi à Lyon, dans le cadre des élections municipales, le leader de LFI a ironisé sur la manière de prononcer le nom du pédocriminel américain Epstein. Ses propos, perçus comme complotistes et teintés d'antisémitisme, ont provoqué une levée de boucliers au sein de la classe politique et des institutions juives.

Par Karim Maloum

Publié le 27 février 2026

Jean-Luc Mélenchon accusé d’antisémitisme après ses propos sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein

Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon a suscité l’indignation et déclenché de nouvelles accusations d’antisémitisme après avoir ironisé, jeudi 26 février à Lyon.

Pour Melenchon, ce qui importe, c’est qu’on parle de lui, que ce soit dans le bon sens ou dans le mauvais. En meeting ce jeudi soir à Lyon dans le cadre des élections municipales, Jean-Luc Mélenchon a une nouvelle fois chargé la presse, avec laquelle les relations des Insoumis se sont envenimées depuis le meurtre de Quentin Deranque, cet étudiant lynché à mort il y a deux semaines dans la capitale des Gaules.

C’est toutefois un extrait de son intervention sur le traitement médiatique de l’affaire Jeffrey Epstein qui a suscité les plus vives réactions. Évoquant le travail d’investigation des journalistes de France Info dans les affaires judiciaires, Jean-Luc Mélenchon a déploré le supposé non-respect médiatique du «secret de l’instruction». 

«Sauf s’il s’agit de l’affaire Epstein», se reprend-il aussitôt, en appuyant à dessein sur la fin du patronyme du financier. « L’affaire Epstein ? Ah, je voulais dire ‘Epstine’, pardon ! Cela fait plus russe, alors maintenant vous direz ‘Einstine’ au lieu d’Einstein, ‘Frankenstine’ au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire », a-t-il lancé.

En France, insister sur la terminaison «ein» d’un patronyme, à la façon yiddish (langue d’origine germanique parlée historiquement par les Juifs ashkénazes d’Europe centrale et orientale), «renvoie souvent à la judéité d’une personne», précise sur X la journaliste et spécialiste de littérature française Marianna Perebenesiuk. Une précision loin d’être anodine en l’espèce, puisque Jeffrey Epstein était de confession juive. Dès lors, plusieurs personnalités, politiques comme issues de la société civile, ont accusé Jean-Luc Mélenchon d’avoir tenu une saillie aux relents antisémites.

Une séquence qualifiée de « délire complotiste » par le Crif

« N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, un élève de 5e sait qu’en anglais, Epstein se prononce « Epstine ». Les journalistes ne font donc que prononcer un nom américain… à l’américaine », a écrit sur X le président du Crif Yonathan Arfi. « Voir dans cette prononciation une manipulation est un délire complotiste aux vrais relents antisémites », a-t-il ajouté. »

Invité sur RTL le 27 février, Eric Lombard a jugé les propos du chef de La France insoumise « inadmissibles ». « C’est évidemment les codes de l’antisémitisme », assure l’ancien ministre de l’Économie issu de la gauche. « Je ne qualifie pas comme étant de gauche un parti qui tient ses positions », a-t-il ajouté.

De quoi également faire bondir la ministre de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes, Aurore Bergé. Le nouvel antisémitisme en France s’écrit en 3 lettres: L-F-I », a pour sa part commenté sur X Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. « Que chacun prenne ses responsabilités. Que chacun fasse le ménage. Pas une voix pour ces antisémites. »

Des propos dénoncés par Olivier Faure et Bernard Cazeneuve

« Mélenchon se rêvait Mitterrand il finit comme Soral », a écrit l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, sur le même réseau social. Alain Soral a été condamné plusieurs fois notamment pour incitation à la haine ou apologie de crime de guerre et contre l’humanité. Il a récemment dénoncé une « mafia juive » à travers l’affaire Epstein. Laurent Nuñez a saisi la justice après ces propos.

Au PS également, la sortie a indigné. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a écrit sur X « qu’est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux ». Il faisait référence, dans le même temps, aux prises de position récentes de LFI pour son député Raphaël Arnault. Ce dernier a été l’un des fondateurs du groupe antifa La Jeune Garde, dont certains des membres sont impliqués dans la mort du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque à Lyon.

Laurence Rossignol, sénatrice du Val-de-Marne, quant à elle, sur le même réseau, a parlé d’un « responsable politique qui fait rire une salle en égrenant des noms juifs, en insistant sur leur prononciation, avec un rictus de haine ». Pour elle : « Ça n’a plus rien à voir avec Gaza. Ça n’a à voir qu’avec l’antisémitisme le plus terrifiant. »

« Non mais ça va pas non ! Vraiment, rien ne va dans ces propos. Rien. Ça suffit maintenant », s’est exclamée de son côté la cheffe des Écologistes Marine Tondelier.

Raphael Glucksmann a vu dans ces propos une intention antisémite. « Faire rire une salle en jouant sur le « Stein » de Epstein comme Mélenchon, poser juif=sioniste=génocidaire=nazi comme Hassan, cibler les « dragons célestes » comme Guiraud,… cela fait système ». En renchérissant : « Et cela s’appelle de l’antisémitisme. Arrêtons de nous étonner. Et combattons-les. »

Laurent Nuñez a saisi la justice après ces propos

Le ministre de l’Intérieur a réagi dans cette polémique en déclarant : « Je crois qu’il (Jean-Luc Mélenchon, ndlr) joue sur l’ambiguïté et c’est une ambiguïté qui n’en est pas vraiment une. » Selon lui, cela « ressemble aux pratiques de M. Dieudonné, parfois même d’Alain Soral. »

Le premier concerné par cette affaire, Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé sur X la « consternante réaction de ceux qui y voient de l’antisémitisme », affirmant avoir voulu ironiser sur la volonté de vouloir faire avec ‘Epstine » un nom pour ‘russifier’ le problème ».

« La façon de prononcer ce nom a fait l’objet de nombreux articles de presse sans soulever aucune polémique », a-t-il poursuivi dans ce message accompagné d’une capture d’écran de titres d’articles consacrés à ce sujet et publiés ces dernières semaines.

K. M.

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