Le libéralisme, école philosophique de la liberté, et Sandrine Rousseau ou le vide abyssal de la pensée

Sandrine Rousseau nous offre une nouvelle séquence de divertissement en affirmant que le libéralisme fait le lit du fascisme. C'est une stupidité crasse, pas uniquement parce que cela illustre une nouvelle fois son inculture abyssale, mais aussi et surtout parce que cela relève du contresens historique et politique total !

Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia

Publié le 20 mai 2026

Le libéralisme, école philosophique de la liberté, et Sandrine Rousseau ou le vide abyssal de la pensée

La gauche totale a oublié que le libéralisme a été accouché sur les bancs de la gauche.

Centrons-nous d’abord sur l’étymologie de libéralisme, à partir du nom et de l’adjectif dont il décline : liberalis : « relatif à une personne de condition libre », « qui convient à un homme libre ». Liber, c’est « libre », et par extension, cela convient à « généreux », à l’homme « bienfaisant ». Chacun reconnaîtra, déjà à ce stade, les traits caractéristiques du fascisme… Madame Rousseau ne doit pas connaître le Littré, absence de travail oblige, mais souvenons-nous qu’elle nous avait déjà dit que le travail était « quand même une valeur de droite »…

Ce qui est au cœur du libéralisme, c’est donc d’abord la Liberté ! Cette Liberté (la majuscule est un choix délibéré) prend les formes, essentielles (étymologiquement parlant), des libertés politiques, qui passe notamment par la liberté de choisir, la liberté d’être propriétaire de son corps et donc de sa vie, d’être prémuni de l’arbitraire d’un pouvoir despotique (une protection qui est encore une caractéristique du fascisme).

Cette déclinaison en libertés politiques va au-delà du pluralisme, de la « séparation des pouvoirs », ou du vote (qui n’est pas l’exclusive de la démocratie), mais engage un préalable fondamental : la liberté de pensée. Cette liberté de pensée se manifeste par la liberté d’écrire, la liberté de la presse, qui ne sont pas la licence de diffamer, ou encore la liberté de culte, qui n’est pas celle de faire du prosélytisme ou d’éteindre la liberté au nom de sa religion. Jusque-là, n’en déplaise à Madame Rousseau (qui n’en a hérité que le nom), mais les principes du versant politique du libéralisme sont le socle de la Démocratie et du combat contre le fanatisme, j’y reviendrai.

Après avoir évoqué le versant « positif » du libéralisme, c’est-à-dire ce qu’il promeut, voyons son versant négatif, ce qu’il affronte. Le libéralisme est né au XVIIe siècle et s’est développé au XVIIIe contre l’arbitraire, il s’est dressé contre l’absolutisme, il a vertement condamné le pouvoir d’un seul ! Les philosophes du libéralisme ont mis en garde, parfois sous couvert d’anonymat, contre l’arbitraire, contre l’autoritarisme de l’État (voilà en effet qui est précurseur du fascisme), contre une institution judiciaire aux mains d’un exécutif tyrannique autant que contre une institution judiciaire qui s’octroierait le pouvoir de faire ou de défaire la loi.

Les penseurs libéraux ont écrit et formulé des propositions puissantes en réaction aux guerres de religion, au fanatisme, et donc à la morale religieuse rigoureuse, rigoriste. Le libéralisme est d’ailleurs toujours frontalement attaqué, aujourd’hui, dans les milieux royalistes légitimistes, contre-révolutionnaires.

Le libéralisme est par essence aux antipodes du fascisme

Certes, la question se pose : cette liberté est-elle pour tous, est-elle un lien social, ou le pré carré d’une néo aristocratie des riches ? C’est là que s’opère la distinction entre, d’une part, les libéraux, libéraux-sociaux, issus de la Montagne de la Convention pendant la Révolution française, qui ont nourri le radicalisme républicain, et, d’autre part, les libéraux-conservateurs issus des Girondins, les bonapartistes, les libertariens, qui n’ont retenu du libéralisme que son versant économique, d’une manière d’ailleurs caricaturale, et dans une optique capitaliste, fondamentalement différente de la logique libérale.

Le libéralisme est par essence aux antipodes du fascisme, les libéraux sont par nature des opposants au fascisme, l’exact contraire des fascistes. Imagine-t-on sérieusement John Locke, Montesquieu, penseurs libéraux, précurseurs du fascisme ?!

La gauche totale (qui a oublié que libéralisme a été accouché sur les bancs de la gauche) est à ce point enfermée dans le dogme et l’absence de pensée qu’elle ne peut exister sans s’inventer des adversaires fascistes, y compris là où on ne peut les trouver. Sandrine Rousseau en est un cas d’école qui confine à la caricature.

Peut-être Sandrine Rousseau a-t-elle honte du sein du fascisme, peut-être est-elle gênée aux entournures. En effet, Mussolini n’était pas libéral, il n’était même pas issu de la droite. Mussolini n’avait pas non plus fait ses classes sur les bancs des conservateurs ni de la démocratie chrétienne. 

Benito Mussolini était socialiste, Mussolini était membre du Parti Socialiste italien, et pas simplement comme militant, puisqu’il en était un cadre, secrétaire de la fédération de Forli. Mussolini a tenu le journal Lotta di classe (je pense que la traduction est inutile), promouvant le socialisme révolutionnaire et appelant à renverser la bourgeoisie…

Le plus grave est moins que Sandrine Rousseau s’illustrât systématiquement par une inculture et une malhonnêteté crasse, que le faisant, elle est tout de même universitaire…

J. B. C. B.

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