Le viol de la démocratie

Le président battu Valérie Giscard d'Estaing quittait l'Élysée sous les huées de militants socialistes le 21 mai 1981. François Mitterrand n'approuva pas cette façon discourtoise de traiter un adversaire politique, de surcroît qui avait assumé la magistrature suprême, qui avait représenté la France.

Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia

Publié le 12 avril 2026

Le viol de la démocratie

Des insultes, des menaces ont été proférées dans le cadre d'une élection municipale.

Les scènes de déferlement de rage et de comportement de délinquants que nous avons observées à l’occasion des passations de pouvoir, dans des municipalités des villes qui élurent des maires LFI, relèvent d’une toute autre nature. La violence, les menaces, les insultes qui ont alors été proférées, dans le cadre d’une élection municipale au suffrage universel, d’un scrutin démocratique dans un pays a priori en paix, ont quelque-chose d’inédit. Par ailleurs, avec le recul qui nous sépare des trois semaines des résultats, on ne peut que déplorer cette bascule gravissime.

Débattre, c’est combattre certes, mais sans la main armée de l’épée. Et si la démocratie engage la disputation, parfois même virulente, le verdict des urnes scelle la fin de l’affrontement et la tradition de la France républicaine veut que le vainqueur, non seulement n’humiliât pas le vaincu, mais en plus qu’il s’engageât dans une démarche de rassemblement de tous ses concitoyens.

Brutalisation de la vie politique et à la « fascisation » de l’adversaire

Avait-t-on vu Giscard traiter comme des moins que rien les militants socialistes après sa victoire en 1974 ? Évidemment non. Les présidents socialistes élus aux régionales de 2010 insultèrent-ils et menacèrent-ils les sortants libéraux, radicaux ou conservateurs défaits ? Non, et ce fut heureux. Ce sont pourtant ces comportements vulgaires, agressifs, insultants, délictueux, que nous avons observés lors des passations de pouvoir dans les quelques villes gagnées par les prétendus « insoumis » ou leurs alliés.

Nonobstant, que nous disent de plus les scènes de violence auxquelles nous avons assisté, imprégnées, pêle-mêle, d’intimidations, d’ambiance oppressante, à grand renfort de vulgarités, d’une familiarité outrageante ? Que nous disent-elles de plus que ceux-là même qui, bien souvent ces dernières années, ont participé à la brutalisation de la vie politique et à la « fascisation » de l’adversaire, sont aujourd’hui pris dans la tourmente d’un mécanisme délétère et totalitaire qu’ils ont contribué à installer ?

Relevons en effet que ces violences inadmissibles n’ont pas frappé les seules cibles habituelles de l’extrême-gauche. Ainsi, Mathieu Hanotin, proche de Benoît Hamon, l’aile gauche du PS, n’a pas été épargné. La socialiste Hélène Geoffroy, à Vaulx-en-Velin, a dénoncé « un climat inquiétant depuis les élections » et a révélé des menaces d’une violence inouïe : « On va vous couper la tête ! » (Information Europe 1).

Jean-Claude Villemin, maire sortant socialiste PS à Creil, a été également intimidé. Et à Creil, d’où les affaires de prosélytisme islamique dans l’enceinte de l’École de la République étaient parties, le symbole et cruel. De surcroît, n’a-t-on pas vu dans la foulée le député LFI Aly Diouara s’en prendre véhément aux socialistes en leur disant : « En 2027 vous dégagez ! » ? Le même Aly Diouara qui, dans un tweet de 2022, avait évoqué « la révulsion qui se développe chez [lui] contre ce vieux type [Mélenchon], grandit chaque jour un peu plus. »

« Les faux patriotes exaltés »

Ces élus et cette famille politique ne représentent pas un courant révolutionnaire, mais bel et bien une force contre-révolutionnaire qui s’appuie sur un lumpenprolétariat fanatisé et qui n’a pas même la décence de respecter la pacification républicaine qui suit le verdict des urnes, quel qu’en soit l’issue. Leur essence est la violence pour la violence. Même Jean-Paul Marat, figure du côté gauche incarnant l’effervescence révolutionnaire, écrivit, le 4 juillet 1793, soit moins de 10 jours avant d’être assassiné : « Le plus cruel des fléaux que nous ayons à combattre pour faire triompher la liberté, ce n’est point les aristocrates, les royalistes, les contre-révolutionnaires, mais les faux patriotes exaltés qui se prévalent de leur masque de civisme, pour égarer les bons citoyens et les jeter dans des démarches violentes, hasardées, téméraires et désastreuses.

Ces intrigants ne se contentent pas d’être les factotums de leurs sections respectives, ils s’agitent du matin au soir pour s’introduire dans toutes les sociétés populaires, les influencer et en devenir enfin les grands faiseurs. »

J.-B. Ch.-B.

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