Boualem Sansal : l’Immortel contre les sinistres

Par Marc Hellebroeck

Publié le 10 mai 2026

Boualem Sansal : l’Immortel contre les sinistres

Boualem Sansal serait également d’extrême droite parce qu’il a osé critiquer les aspects liberticides du régime politique en place à Alger.

Alors même qu’il se trouvait emprisonné, Boualem Sansal avait déjà été diffamé par l’inénarrable Sandrine Rousseau. Cette déconcertante féministe – qui voit du masculinisme dans une côte de bœuf grillée au barbecue, mais pas dans le voile intégral – avait en effet accusé l’écrivain d’être « suprémaciste » (1), dans une déclaration qui, comme souvent avec elle, relevait plus du sketch que de l’analyse politique.

Aujourd’hui qu’il est de nouveau libre, Sansal subit un déluge d’allusions perfides et de sous-entendus visqueux en provenance de ce microcosme consanguin et conformiste que constitue la gauche culturelle. Ainsi, « le Monde » présente l’écrivain comme une figure « ambivalente », voire « ambigüe » et évoque son « glissement », « glissement » vers quoi exactement, on l’ignore, mais sans doute vers quelque chose de terrible ! Bientôt, Boualem Sansal ne sera plus désigné que par des expressions négativement connotées, telles que le « controversé polémiste » ou le « sulfureux écrivain »…

En effet, si l’extrême gauche politique pratique et justifie crânement le lynchage physique, comme l’a démontré le tabassage à mort du militant nationaliste Quentin Deranque, achevé à coups de pieds en pleine tête par les miliciens de la « Jeune Garde » ; la gauche germanopratine, quant à elle, « n’assume plus de tuer », selon les mots de Sansal lui-même (3). Et c’est sans doute pourquoi cette gauche se rabat sur le lynchage verbal. Un lynchage verbal qui a pour objectif de discréditer, d’anathémiser et d’excommunier ; bref, de conduire à la mort sociale, à défaut de tuer physiquement, celui qui en est la cible. Un lynchage verbal qui offre de surcroît à quelques confrères (en un mot comme en deux) de Boualem Sansal l’opportunité d’exorciser leur jalousie à son égard, car tous n’ont pas vendu autant d’exemplaires de leurs livres que lui (4)… Comme le talent ne se trouve pas sous une pierre, ceux qui en sont dépourvus préfèrent parfois jeter ladite pierre sur celui dont le véritable talent les renvoie à leur insondable médiocrité.

Vade retro Sansalas !

Pour susciter tant d’opprobre, de quel crime gravissime et inexpiable est donc accusé l’écrivain par le tribunal médiatique de la Sainte Inquisition wokiste ? D’être d’extrême droite, bien sûr ! De quoi d’autre pourrait-il être question ? En fait, rien n’a changé depuis l’époque de la Guerre froide, quand le PCF, parti de l’étranger, exerçait son magistère moral, voire son terrorisme intellectuel, sur le domaine des arts et lettres. La transition wokiste n’a pas infléchi les comportements paléo-staliniens et en 2026, il suffit juste pour un écrivain ou un artiste de ne pas se revendiquer explicitement de gauche ou d’extrême gauche – ce qui est le cas de Boualem Sansal – pour être aussitôt soupçonné, dénoncé, fascisé et ostracisé par un grand nombre de ses pairs.

En effet, dans une France où la pédophilie semble malheureusement être en voie de dépénalisation – puisque la détention d’images pédopornographiques ou les agressions sexuelles sur des enfants ne donnent lieu qu’à du sursis pour leurs auteurs dégénérés (5) (6) – plus rien n’indigne la très parisianiste gauche morale, excepté le retour (sans cesse annoncé, mais toujours différé) de « la bête immonde » et des « heures les plus sombres de notre histoire » !

Boualem Sansal serait donc d’extrême droite parce qu’il a quitté la maison d’édition Gallimard afin de rejoindre Grasset, qui appartient à Hachette, qui fait partie de Lagardère, qui est intégré à Vivendi, qui est contrôlé par le groupe Bolloré, qui serait aussi… d’extrême droite ! Bref, nos vigilants commissaires politiques wokistes viennent d’inventer le concept d’extrême droite par association d’association d’association d’association ! Mon voisin a un collègue dont la cousine par alliance a un facteur dont l’ex-beau-frère a un jour envisagé de voter RN, donc mon voisin est un fachooooo !!!

Puisqu’il est question de Vincent Bolloré, précisons que ses déclarations et la ligne éditoriale des médias de son groupe le rattachent sans la moindre ambiguïté à la vieille droite conservatrice, bourgeoise et chrétienne ; soit un courant politique qui n’est sans doute pas très fan des zadistes à cheveux bleus, mais qui se trouve très éloigné des aspirations révolutionnaires et violentes de l’extrême droite historique. Si l’homme d’affaires était l’idéologue quasiment néo-fasciste que l’on fantasme au sein d’une gauche désormais totalement déliée de la réalité, alors il souffrirait d’une forme de masochisme idéologique pour avoir hébergé (et continuer à héberger) chez Grasset de nombreux écrivains et essayistes clairement engagés à la gauche de la gauche !

L’argent n’a pas d’odeur, quand les gens n’ont pas d’honneur…

Le 15 avril dernier, suite à l’éviction d’Olivier Nora de son poste de PDG des éditions Grasset, une centaine d’auteurs a décidé de quitter lesdites éditions avec pertes et fracas (7) (8). Force est de constater qu’on a connu lesdits auteurs beaucoup moins concernés et réactifs quand Boualem Sansal était emprisonné pour délit d’opinion. D’ailleurs, on attend toujours leur tribune indignée exigeant sa libération immédiate… Pour ces grandes consciences progressistes, l’embastillement d’un écrivain âgé et malade par un régime tyrannique serait-il moins préoccupant pour la liberté d’expression que le licenciement d’un éditeur qui, grâce à son entregent, n’aura probablement aucun mal à retrouver un emploi payé un million d’euros par an (somme que gagnait Mr Nora chez Grasset) ?

Finalement, qui est moralement le plus propre ? Sansal qui quitte un éditeur ne l’ayant peut-être pas suffisamment soutenu pendant son incarcération en Algérie, ou bien cent sales qui se découvrent soudainement une éthique et des principes après avoir longtemps encaissé les chèques d’un autre éditeur présenté désormais comme d’extrême droite ? Où l’on constate que certains écrivains, avant d’être des gens de lettres, sont d’abord des gens de chiffres…  

C’est « facho » de critiquer les… dictatures !

Boualem Sansal serait également d’extrême droite parce qu’il a osé critiquer les aspects liberticides du régime politique en place à Alger ; Alger, la « Mecque des révolutionnaires et de la liberté », selon Rima Hassan, l’impitoyable pythie pro-palestinienne du parti des piteux députés perpétuellement en pétards.

Mais si l’écrivain était d’extrême droite, comment expliquer qu’il ait été incarcéré un an par la junte militaire algérienne, junte qui s’apparente par bien des aspects à un régime politique d’extrême droite ? En effet, avec un pouvoir qui appartient essentiellement à une caste militaire, avec la restriction de la liberté d’expression, avec la répression féroce des opposants politiques et avec un racisme d’État totalement décomplexé à l’égard des migrants subsahariens, l’Algérie actuelle coche presque toutes les cases de la dictature fascisante. En toute logique et selon le portrait qu’on fait de lui à gauche, Boualem Sansal, au lieu d’être mis en prison, aurait donc dû a minima se voir proposer un poste de ministre de la Culture par Alger ! En attendant peut-être de succéder à Mr Tebboune…

Aujourd’hui, Djamila Bentouis et Mohamed Tadjadit, poètes algériens du Hirak, sont toujours derrière les barreaux sans que cela n’émeuve les belles consciences (9) (10). C’est surprenant de constater à quel point la solidarité de nos auteurs, artistes et autres journalistes antiracistes s’évapore, dès lors qu’il s’agit d’écrivains et de poètes maghrébins, démocrates et laïcs, qui sont persécutés…

En tout cas, ce qui est certain, c’est que des « porteurs de valise » d’autrefois jusqu’aux vecteurs de bêtise d’aujourd’hui, le FLN a toujours pu compter sur le soutien de supplétifs idéologiques au sein de la gauche française. Mais si l’on peut comprendre que l’idéal anticolonialiste ait pu par le passé motiver des sympathies parmi les intellectuels français engagés, comment expliquer cette fascination actuelle pour un régime algérien devenu tyrannique ? Comment ne pas voir que la « Mecque des révolutionnaires et de la liberté » est en fait le régime des mecs réactionnaires en liberté ?

Au passage, on notera également que la wokisphère politico-médiatique qui extrême-droitise Boualem Sansal demeure en revanche bien timide alors que le Prix Goncourt Kamel Daoud vient d’être condamné par le tribunal d’Oran à trois ans de prison pour son livre « Houris ». Kamel Daoud serait-il, lui aussi, d’extrême droite, pour qu’aucun responsable politique prétendu antifasciste et qu’aucun artiste se réclamant de gauche ne monte au créneau afin de le soutenir contre le harcèlement judiciaire dont il est victime ? Prétendra-t-on bientôt chez les progressistes que si Voltaire et Diderot furent en leur temps emprisonnés par un régime de monarchie absolue de droit divin, c’est parce qu’ils étaient, eux aussi, d’extrême droite ? Après tout, si Mme Sandrine Rousseau a eu une vision de l’OAS en cette année 2026, qu’est-ce qui empêcherait un autre responsable politique de gauche de décréter qu’il y avait des fascistes dès le XVIIIème siècle ?

C’est « facho » de critiquer… l’islamisme !

Boualem Sansal serait d’extrême droite (encore !) parce qu’il nous alerte inlassablement, dans ses livres et dans ses interviews, sur les dangers de l’islamisme, un islamisme dont il a pu personnellement mesurer la portée mortifère durant la « décennie noire » algérienne.

Une fois de plus, la gauche cultive la contradiction : en effet, si Boualem Sansal était un affreux bonhomme d’extrême droite, l’idéologie islamiste/djihadiste devrait susciter son adhésion inconditionnelle ! En effet, l’islamisme s’apparente à une forme religieuse du nazisme, partageant notamment avec ce dernier l’antisémitisme, le sexisme et l’homophobie érigés en dogmes. Sans oublier le culte de la conquête, culte commun aux deux idéologies : au fond, quelle différence entre le  « jihad » islamique et « l’espace vital » de Hitler ? Finalement, un islamiste, c’est juste un SS qui fait des prières.

Là aussi et selon le portrait qu’en dresse la gauche, Boualem Sansal devrait militer au soutien des mollahs iraniens, ou bien crapahuter dans le désert, à la tête d’une branche de Daesh ! Pourtant, dans une inversion sémantique orwellienne, c’est l’écrivain qui est présenté aujourd’hui comme un « facho », tandis que les terroristes antisémites du Hamas sont assimilés à des « résistants ». L’extrême droite antisémite pratiquait le négationnisme du passé ; l’extrême gauche, qui s’est réappropriée l’antisémitisme, a inventé le négationnisme du présent ! Avec des anti-sansaliens qui sont les antidreyfusards d’aujourd’hui, le progressisme a cessé d’être un progrès…

Immortalité vs décomposition

L’affaire Sansal est symptomatique d’une inquiétante décomposition intellectuelle et morale de la gauche française. Avec une extrême gauche qui cogne les dissidents et une gauche en pleine dissonance cognitive, on mesure la dégénérescence d’une pensée qui fut naguère exigeante, novatrice et humaniste. De Jean Jaurès et Léon Blum à Rima Hassan et Sébastien Delogu ; de Victor Hugo et Émile Zola à Virginie Despentes et Nedjib Sidi Moussa, c’est la chute finale…

Aujourd’hui, la gauche censée être républicaine est devenue l’idiote utile de l’extrême gauche qui est elle-même l’idiote utile de l’extrême droite islamiste ! Que peut-on espérer d’idiots utiles au carré qui croient voir une résurgence de l’extrême droite dans l’engagement universaliste, républicain et laïc de Boualem Sansal ?

Par son emprisonnement arbitraire en Algérie, Sansal est déjà Voltaire à la Bastille. Si jamais il devait s’exiler pour échapper aux persécutions de la « meute » islamo-gauchiste, il serait non seulement et de nouveau Voltaire en Angleterre, en Prusse ou à Ferney, mais il serait aussi Victor Hugo à Jersey et Guernesey (ne lui resterait alors plus qu’à écrire sa version des « Châtiments »). Enfin, si un milicien d’extrême gauche ou un islamiste venait à l’agresser physiquement – ce qu’on ne souhaite pas ! – il deviendrait Salman Rushdie et Tahar Djaout.

Boualem Sansal -c’est le propre des légendes- entre de son vivant dans la postérité, quand ses détracteurs continuent de penser comme des postérieurs. Quoi qu’il arrive, l’œuvre de celui qui est désormais un Immortel lui survivra : elle appartient au patrimoine littéraire français. Quant aux insultes qu’il reçoit, elle « se perdront dans l’oubli, comme les larmes dans la pluie ». Aujourd’hui, qui se souvient encore des noms de ceux qui ont condamné Socrate ?

(1) Sud Radio sur X : «  »Je souligne que les propos de Boualem Sansal relèvent de l’extrême droite et du suprémacisme. Ce n’est pas un ange, même s’il n’a pas à être en prison » déclare @sandrousseau https://t.co/d30D9ig5J9″ / X  

(2) Autour de Boualem Sansal, un « malaise » grandissant

(3) Boualem Sansal , son texte « Les sept règles de la Lapidation » et son interview : « Ce n’est pas à moi de quitter la France que j’aime tant et qui me le rend bien » | Par La Nouvelle Revue Politique | La Nouvelle Revue Politique

(4) Presque 400000 exemplaires écoulés de « 2084 la fin du monde » !

(5)  Le conseiller de Paris Nicolas Jeanneté condamné à 18 mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques – Le Parisien

(6) Périscolaire à Paris: 18 mois avec sursis requis contre un animateur pour agressions sexuelles

(7) Grasset : l’intégralité de la lettre de départ et la liste des auteurs signataires qui quittent la maison d’édition

(8) La veille, 14 avril, lors de la remise du Prix Cazes à la brasserie Lipp, la présence de Gabriel Matzneff n’a pas suscité une telle vague d’indignation… La pédophilie serait-elle moins grave que le fait d’être de droite, pour nos belles âmes ?

(9) Algérie – Action lettre: Un militant et poète encourt cinq ans de prison | amnesty.ch(10) Algérie : La Cour d’appel algérienne doit annuler la sentence prononcée à l’encontre de la poétesse du Hirak Djamila Bentouis, selon des experts de l’ONU | OHCHR

M. H.

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