France-Algérie : les sœurs ennemies

La France et l’Algérie...Deux nations de part et d’autre de la Méditerranée, cette « mare nostrum » des romains qui n’a jamais constitué une frontière, mais plutôt un seuil -une interface, diraient les géographes- entre l’Europe du Sud et l’Afrique du Nord. Aujourd’hui, ce n’est pas la géographie qui sépare français et algériens, c’est l’histoire, c’est ce fameux « passé qui ne passe pas ». La mer est un pont qui relie Marseille à Alger et la guerre d’Algérie est un mur qui a séparé les nations française et algérienne. Le pont pourra-t-il enjamber le mur ? La géographie pourra-t-elle transcender l’histoire ? Les deux rives de la Méditerranée pourront-elles un jour se regarder et se parler sans acrimonie, sans défiance et sans préjugés ? Les derniers développements de la relation franco-algérienne n’incitent pas à l’optimisme...

Par Marc Hellebroeck

Publié le 24 janvier 2026

France-Algérie : les sœurs ennemies

Des relations de plus en plus dégradées et dégradantes.

I had a dream…

Uchronie utopiste : imaginons d’abord que la guerre d’Algérie n’ait pas eu lieu et que métropole et colonie soient restées unies. Imaginons ensuite qu’au lieu d’un rapport colonial par nature biaisé, injuste et générateur de ressentiment, cette union ait évolué vers une association égalitaire et un codéveloppement respectant la dignité et les traditions des deux peuples. Imaginons enfin que se soit mis peu à peu en place un syncrétisme culturel entre les deux nations, comme dans l’antique royaume gréco-égyptien des Lagides.

Certains me diront que l’islam n’est pas compatible avec la République laïque, tandis que d’autres prétendront qu’un peuple colonisé ne peut jamais pardonner à ses colons. Je répondrais d’abord que la divinité Sérapis, l’un des dieux de l’Égypte lagide, est né d’un syncrétisme religieux entre les dieux égyptiens Osiris et Apis et le dieu grec Hadès. Je répondrais ensuite que les algériens ont su pardonner à leurs ex-colonisateurs ottomans et qu’aujourd’hui l’Algérie et la Turquie entretiennent des relations bilatérales productives et cordiales. Je répondrais enfin qu’une union méditerranéenne franco-algérienne aurait été et serait toujours en 2026 la première puissance euro-africaine et sans aucun doute une superpuissance en capacité de rivaliser avec les géants américains, chinois, indiens et brésiliens.

Retour à la réalité

En cette réelle année 2026, l’Algérie officielle aime détester la France et la France officielle aime que l’Algérie la déteste. Depuis l’indépendance, les deux pays entretiennent une sorte de relation sado-masochiste consentie des deux côtés, avec l’Algérie dans le rôle de la maîtresse dominatrice et la France dans celui de la soumise jouissant d’être punie.

En effet, afin de masquer la confiscation à son profit de la rente gazière, ses échecs en matière économique et sociale, ainsi qu’une unité nationale fragilisée par l’insuffisante reconnaissance de la culture amazighe, la gérontocratie prédatrice d’Alger a aujourd’hui plus que jamais besoin de détourner la colère du peuple algérien spolié vers l’ex-puissance coloniale, une ex-puissance coloniale opportunément accusée de tous les maux internes dont souffre l’Algérie.

De même, les gouvernants européistes parisiens, en ce qui les concerne, ont besoin de culpabiliser les français à grands coups de repentance post-coloniale, afin de court-circuiter toute remise en cause de la politique sans-frontiériste et immigrationniste mise en place par la Commission de Bruxelles, une politique qui concorde en outre avec l’idéologie wokiste devenue religion des élites politiques, médiatiques et artistiques françaises.

Les responsables politiques en charge à Alger et à Paris trouvent leur compte (financier pour les algériens, moral pour les français) dans une relation franco-algérienne malsaine et qui n’a jamais purgé l’abcès post-colonial, un abcès post-colonial d’ailleurs volontairement et régulièrement entretenu, réactivé et surinfecté. On l’a ainsi pu voir avec l’épisode affligeant (pour les deux pays) de la détention arbitraire de Boualem Sansal : tandis que le président Tebboune humiliait à loisir le ministre étranger aux affaires Jean-Noël Barrot (revenu sans l’écrivain d’une visite à Alger en avril 2025), le président français, d’ordinaire si martial quand il s’agit de menacer Poutine, restait passif alors qu’Algérie Presse Service (agence de presse officielle de l’État Algérien) qualifiait la France de pays « macronito-sioniste », une insulte aux relents antisémites qui visait « en même temps » la France et le patronyme de celui qui la représente.

Au final, c’est uniquement à la demande de son homologue allemand que le président Tebboune a consenti à gracier Boualem Sansal, montrant ainsi à quel point Alger méprisait ostensiblement l’Élysée : une gifle de plus (diplomatique cette fois) qu’Emmanuel Macron a encaissé sans réagir…

Un ballon et des dégonflés

La Coupe d’Afrique des Nations de football vient de se terminer par la victoire du Sénégal. Au cours de la compétition, certains supporters de l’équipe d’Algérie -dont la plupart étaient très probablement de nationalité française- se sont livrés dans les rues des agglomérations de l’hexagone à des dégradations de mobiliers urbains et de véhicules, ainsi qu’à des jets de projectiles et des tirs de mortiers d’artifices sur la police. De nombreux médias français, sur la même ligne maso-progressiste que nos gouvernants, ont simplement qualifié ces voyous de « supporters en liesse » (1)… Si manifester sa « liesse », c’est saccager les villes et agresser les policiers, qu’en sera-t-il lorsque ces supporters seront vraiment contrariés ?

Cette fois-ci, Mr Darmanin n’a tout de même pas osé affirmer que ces violences et ce vandalisme étaient le fait de supporters anglais… On remarquera toutefois l’énorme différence de traitement entre ces supporters de l’équipe d’Algérie et d’autres catégories de la population vivant sur le sol français : pas d’énucléations ou de mains arrachées, comme lors de la brutale et sanglante répression contre les Gilets Jaunes ; pas d’arme braquée à bout portant sur un paysan par un policier et pas de véhicules blindés « Centaures » déployés, comme lors des interventions policières pour disperser les agriculteurs. Dans la France actuelle, pour bénéficier de la mansuétude du système judiciaire, il est préférable d’être un hooligan plutôt qu’un travailleur pauvre qui manifeste pour sa dignité ou qu’un paysan menacé de ruine. Je suggère donc aux Gilets Jaunes et aux agriculteurs, pour leurs prochaines manifestations, de revêtir un tee-shirt floqué de la mention « DZ », afin de ne pas être inquiétés par les forces de l’ordre.

Pendant cette CAN, le journaliste sportif Christophe Gleizes, quant à lui, est resté embastillé en Algérie, jugé coupable d’apologie du terrorisme pour avoir envisagé de faire un reportage sur un club de foot kabyle ! Il sera intéressant de comparer les sept ans de prison auxquels Christophe Gleizes a été condamné avec les peines qui seront prononcées à l’égard des quelques supporters de l’Algérie interpelés pour cause de « liesse »…

Si l’on s’en réfère au cas de Boualem Sansal, on se demande par ailleurs à quelles courbettes, reptations et autres mortifications devront encore se soumettre le président français et son ministre des affaires étrangères pour finalement…ne pas obtenir la libération de notre compatriote Christophe Gleizes ! Faudra-t-il, cette fois, attendre que le roi d’Angleterre (ou le Dalaï-lama) sollicite le président Tebboune pour que le journaliste puisse rentrer chez lui et retrouver les siens ?

Des relations de plus en plus dégradées et dégradantes

Encouragé par la soumission complice d’autorités françaises qui semblent apprécier d’être humiliées, le pouvoir algérien se livre dorénavant à une surenchère dans le domaine de la provocation francophobe.

Je ne m’étendrai pas longuement ici sur la loi mémorielle votée par l’Assemblée populaire nationale à Alger le 24 décembre dernier et qui criminalise indifféremment tous les aspects de la colonisation française, des essais nucléaires dans le Sahara à la construction d’écoles, en passant par la mise en place de réseaux routiers. De la part d’une caste militaro-administrative improductive et parasitaire, il est somme toute logique, après qu’elle s’est outrageusement gavée grâce à la rente gazière, qu’elle diversifie ses sources de revenus en spéculant sur la rente mémorielle.

Plus symptomatiques de cette politique délibérément insultante de l’Algérie à l’égard de la France sont les propos tenus le 19 janvier dernier, lors d’une conférence à la Grande Mosquée de Paris : un intervenant, présenté comme écrivain et historien, a soutenu sans sourciller que la Shoah n’aurait causé qu’un million de victimes, soit bien moins que la guerre d’Algérie ! En effet, le message révélé par le dénommé Gabriel Souleyka, invité par une institution dont tout le monde sait qu’elle est l’émanation d’Alger, sous-estimait d’une part le nombre de victimes de la Shoah (6 millions en réalité) ; tout en faisant apparaître, d’autre part, la France comme un pays génocidaire bien plus criminel que l’Allemagne nazie ! Plus grave sans doute, il n’y a eu aucune réaction des autorités françaises face à ces déclarations qui relèvent au mieux de la plus grossière erreur historique : l’ambassadeur d’Algérie en France n’a pas été convoqué au Quai d’Orsay et le Recteur de la Grande Mosquée n’a pas été sommé de s’expliquer auprès du Ministère de l’intérieur.

Il ne suffit donc plus aux représentants de la République française de se faire humilier personnellement par Alger, ils semblent désormais admettre et cautionner l’avilissement systématique de la France par un État étranger manifestement hostile. Jusqu’où cela ira-t-il ? Est-il envisageable, un jour prochain, que le gouvernement français, réuni au grand complet dans un donjon SM, se voit administrer une fessée magistrale par le président Tebboune muni d’une cravache ?

Sortir d’une relation malsaine…

La relation franco-algérienne s’assainira lorsque les dirigeants algériens ne justifieront plus leurs échecs (de l’emploi des jeunes au logement en passant par les infrastructures urbaines) par une responsabilité de l’ex-puissance coloniale : un État issu de la décolonisation ne se libère totalement de sa métropole et n’accède à la véritable indépendance qu’en se montrant capable d’assumer seul ses erreurs. Quel est ce pouvoir algérien totalement immature alors que, paradoxalement, il appartient à des hommes sénescents ?

La relation franco-algérienne s’assainira également lorsque les dirigeants français ne se sentiront plus contraints de demander pardon pour une colonisation dont les responsables originels sont aujourd’hui disparus depuis longtemps : un ancien État colonial ne surmonte son passé qu’en se montrant capable d’en faire un bilan lucide, c’est-à-dire sans s’adonner à une auto-flagellation pleurnicharde. Quel est ce pouvoir français atteint de régression infantile et qui tremble, baisse la tête et demande sans cesse pardon à un président algérien perçu comme une figure paternelle autoritaire ?

En l’état actuel des choses, si la psychanalyse devait s’appliquer au niveau des États, il serait nécessaire que la France et l’Algérie suivent ensemble une thérapie afin de favoriser le rétablissement d’un dialogue apaisé, constructif et qui ne serait pas vicié à la base par un fantasme de vengeance d’un côté et par un fantasme de pénitence de l’autre.

Reconstruire, comprendre, pardonner, assimiler : nous n’avons pas le choix !

Les immigrés algériens et les français d’ascendance algérienne sont la communauté d’origine immigrée la plus nombreuse en France. Les assimiler à la nation française ne peut plus être indéfiniment différé : c’est un impératif de cohésion nationale et de paix civile.

La colonisation française de l’Algérie s’est achevée dans un fiasco sanglant parce que les algériens étaient globalement méprisés par le système colonial. Aujourd’hui, l’assimilation de l’immigration d’origine algérienne par la République française risque d’échouer parce que la doxa wokiste -validée par nos dirigeants politiques- martèle aux français qu’ils sont méprisables et qu’ils doivent se laisser mépriser pour expier leur passé colonialiste et un prétendu racisme intrinsèque.

Or, il est impossible d’aimer les autres quand on ne s’aime pas soi-même, tout comme il n’est pas possible d’être respecté quand on ne se respecte pas soi-même. Comment faire d’un petit français d’origine algérienne (ou de n’importe quel enfant issu de l’immigration) un petit français républicain et laïc quand la plupart des politiques, la majorité des médias, certains rappeurs-stars et une partie des programmes scolaires lui répètent sans cesse que la France est un pays colonialiste, esclavagiste, raciste, ségrégationniste, collaborateur, « facho » et islamophobe ? Qui aurait envie de rejoindre une communauté nationale de pénitents geignards qui passent leur temps à conchier leur passé et leur culture ?  « Il n’y a d’ailleurs pas de culture française » a déclaré Emmanuel Macron, le pénitent en chef…

Concernant l’indispensable assimilation des français d’origine algérienne et la guérison des cicatrices morales de la guerre d’Algérie, la résilience et la réconciliation devront se faire à deux -français de souche européenne et français d’origine algérienne- ou bien nous sommes tous condamnés, à terme, à rejouer la guerre d’Algérie ici, en France.

(1) Lyon. CAN 2025 : 500 supporters en liesse à la Guillotière après la victoire de l’Algérie dans les dernières minutes face au Congo

M. H.

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