Samuel Paty : la mémoire assassinée

Samuel Paty était un père, un fils et un frère ; mais depuis sa disparition tragique, il est devenu plus qu’un homme : il est un symbole. Par son statut d’enseignant, il incarne désormais la République laïque ; par sa leçon d’Éducation Civique sur les caricatures, il incarne également la liberté d’expression. Qui est Charlie est aussi Samuel.

Par Marc Hellebroeck

Publié le 6 mars 2026

Samuel Paty : la mémoire assassinée

Samuel Paty, le professeur d’Histoire, c’était le passé, mais pas un passé figé, un passé bien vivant puisque transmis aux générations futures.

Samuel Paty était un père, un fils et un frère ; mais depuis sa disparition tragique, il est devenu plus qu’un homme : il est un symbole. Par son statut d’enseignant, il incarne désormais la République laïque ; par sa leçon d’Éducation Civique sur les caricatures, il incarne également la liberté d’expression. Qui est Charlie est aussi Samuel.

En assassinant Samuel Paty, le terroriste islamiste Abdoullakh Anzorov a accompli sa mission funeste qui était de s’attaquer aux valeurs républicaines. En revanche, peut-on affirmer avec certitude que la justice, qui vient de réduire en appel les peines de certains individus impliqués dans cet assassinat, a quant à elle rempli sa mission qui consistait à protéger ces mêmes valeurs républicaines ? Et si Samuel Paty devenait aussi la statue du Commandeur d’un système judiciaire dont de nombreux français ne comprennent plus les décisions ?

« On a l’impression que la cour a abandonné une nouvelle fois Samuel » (Bernadette Paty, mère de l’enseignant assassiné)

Bien sûr, aucun tribunal n’est en mesure de ressusciter un mort et ce n’est d’ailleurs pas ce qu’on lui demandait concernant Samuel Paty. En revanche, le minimum que les juges pouvaient faire -le minimum qu’ils devaient faire- c’était de montrer l’intransigeance de la République et d’honorer la mémoire de l’enseignant martyr en infligeant des peines exemplaires à ceux, mineurs comme adultes, qui se sont impliqués à des degrés divers dans la préparation et l’organisation de l’attentat. Or, cela n’a pas été le cas…

Déjà, suite à un procès qui s’est terminé fin 2023, aucun des six mineurs inculpés dans cette affaire n’a effectué un seul jour de prison : pas plus les cinq garçons, dont certains ont aidé le terroriste à identifier Samuel Paty, que la jeune fille qui, pour sa part, avait inventé une fausse version du cours pour accabler l’enseignant (alors que, sous le coup d’une exclusion disciplinaire, elle n’était pas présente en classe).

Ce 2 mars 2026, s’est donc achevé le procès en appel de quatre adultes déjà condamnés en première instance pour leur implication dans l’assassinat de Samuel Paty. Ci-dessous, le tableau récapitulatif et comparatif des verdicts (1) :

 Rôle / implicationPeine 1ʳᵉ instance (déc. 2024)Peine réclamée par le ministère public en appel (février 2026)Peine prononcée en appel (2 mars 2026)
Abdelhakim SefriouiPrédicateur islamiste : a initié le djihad numérique contre Samuel Paty15 ans20 ans15 ans
Brahim ChninaPère de l’élève menteuse : a relayé le faux récit de sa fille sur les réseaux sociaux13 ans20 ans10 ans
Naïm BoudaoudAmi de l’assassin : l’a véhiculé et accompagné se procurer des armes16 ans16 ans6 ans
Azim EpsirkhanovAmi de l’assassin : l’a également accompagné16 ans16 ans7 ans

En premier lieu, on remarque le décalage important entre les peines réclamées par le ministère public et les peines finalement prononcées en appel : moitié moins pour Brahim Chnina, par exemple…

En second lieu, on constate que par rapport à la première instance, les condamnations en appel sont largement réduites pour trois accusés sur quatre : presque un grand chelem ! Ainsi, Brahim Chnina, encore lui, n’économise pas moins de 3 ans de détention, tandis que des deux amis du terroriste, l’un gagne 9 ans et l’autre 10 ans ! On arrive donc à un cumul de 22 ans de prison effacés entre le jugement en première instance et le jugement en appel. 22 ans ! A ce niveau, ce n’est plus de la classique réduction de peine, c’est la grande braderie pénitentiaire, c’est du déstockage massif de laxisme : aux soldes judiciaires tout (ou presque) des condamnations doit disparaître !

Les considérables réductions de peine dont bénéficient Naïm et Azim, les deux copains du terroriste Anzorov, s’expliquent par le fait que la Cour d’appel n’a plus retenu contre eux l’accusation de complicité d’assassinat terroriste. En effet, tout le monde sait ou devrait savoir que quand tu accompagnes un pote radicalisé acheter un couteau bien aiguisé, c’est juste parce que tu crois que ledit pote est un fan de cuisine et envisage de candidater à « Top chef »…

Bref, si l’on ajoute aux réductions de peine de possibles aménagements, ces deux garçons seront bientôt libres. Que feront-ils une fois dehors ? Que feront-ils ? Nul ne peut le prévoir, pas mêmes les magistrats. Raccourcir les peines de ces individus est donc un pari dont l’enjeu n’est rien moins que nos vies. « Elle (la loi) doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse », nous dit l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Si la loi décide de punir moins (les criminels), elle protégera inévitablement moins (les citoyens honnêtes) !

Par ailleurs, il faut espérer que la légèreté desdites peines en appel ne soit pas interprétée comme un signe de faiblesse de notre système judiciaire, voire comme une incitation à commettre le pire, par de potentiels terroristes qui hésitaient encore à passer à l’acte face à la perspective de longues condamnations.

Paul Didier, reviens, ils sont devenus fous !

Il ne faut pas qu’un fossé se creuse entre les français et leur justice !

Sur les réseaux sociaux, excepté à l’extrême gauche où certains ont diffamé la mémoire de Samuel Paty dès le lendemain de son supplice, on relève chez de nombreux internautes un état d’esprit qui oscille entre la stupéfaction, la  consternation et même la colère face à une décision judiciaire perçue comme teintée d’une inexplicable mansuétude à l’égard des complices d’un crime particulièrement atroce. Tandis que certains forumeurs déplorent ce qu’ils pensent être une forme de naïveté de la part des magistrats, d’autres croient même voir une complaisance diffuse du système judiciaire à l’égard des complices du terroriste Anzorov.

Ces interprétations sont très inquiétantes dans la mesure où elles témoignent de la défiance grandissante d’une partie des français envers leur justice. Si des citoyens venaient à penser que ladite justice n’est plus rendue au nom du peuple français mais contre le peuple français, si ces mêmes citoyens en arrivaient à avoir aussi peur de ceux qui sont censés les protéger que des terroristes qui les menacent, ce sont les fondements mêmes de notre pacte républicain qui seraient alors ébranlés !

Le prochain chef de l’État et la prochaine législature devront se pencher en urgence sur le fonctionnement et sur les pratiques de notre système judiciaire. Il ne s’agira pas seulement de donner davantage de moyens financiers à une justice laissée dans un état de dénuement indigne du pays des droits de l’homme ; il sera également nécessaire, à la lumière du dénouement pour le moins surprenant de l’affaire Samuel Paty, de s’interroger sur d’éventuelles dérives idéologiques qui pourraient contribuer à rendre incompréhensibles, voire odieuses, certaines décisions de justice pour une frange de plus en plus nombreuse de la population.

Le prédicateur salafiste Abdelhakim Sefrioui, initiateur de la campagne de haine en ligne contre Samuel Paty et qui a longtemps joui d’une totale impunité en France (2), va quant à lui se pourvoir en cassation. C’est tout sauf une surprise : sans aucun doute déçu du maintien de sa peine initiale au terme de la procédure en appel, mais en même temps encouragé par les considérables allègements de peine accordés aux autres accusés, il espère probablement, sinon être acquitté, du moins voir sa durée de détention largement réduite à l’échelon juridique supérieur.

Il faudra donc scruter très attentivement les développements de ce troisième round judiciaire : de la future décision de la Cour de cassation concernant Sefrioui, on déduira si les invraisemblables réductions de peine du procès en appel des accusés impliqués dans l’assassinat de Samuel Paty signifient juste un accident judiciaire ponctuel ou bien si elle préfigurent une tendance lourde dont il conviendrait légitimement de s’alarmer. Une question se pose en effet et il faudra bien avoir, à terme, le courage d’y répondre : la justice assure-t-elle toujours notre sécurité ou bien nous met-elle désormais en danger ?

Le professeur, l’élève et la mort

Il n’est bien sûr pas question d’établir une sordide hiérarchie de l’horreur, mais comment ne pas mettre en parallèle le destin tragique du professeur Samuel Paty avec le sort non moins bouleversant du collégien Matisse ? Ce dernier, alors âgé de 15 ans et habitant à Châteauroux, avait été sauvagement massacré à coups de couteau le 27 avril 2024 par un jeune afghan (condamné à 8 ans de prison en 2025, sous réserve d’aménagements à venir…).

Le 27 février dernier, soit quelques jours avant la fin du procès en appel des coaccusés dans l’affaire Samuel Paty, la mère de l’adolescent meurtrier était jugée à son tour. En effet, alors que son talibanlieusard de fils venait de poignarder Matisse, cette femme s’était acharnée sur l’enfant gisant au sol en lui portant des gifles. L’hypothèse d’une éventuelle dimension raciste qui aurait pu motiver ce geste d’une abjection infinie a-t-elle seulement été évoquée ? Quoi qu’il en soit, le tribunal a condamné ce monstre féminin à 2 ans de prison, dont 10 mois fermes (3). Sachant que les courtes peines sont fréquemment aménagées (par exemple avec le port d’un bracelet électronique), il est envisageable que cette femme ne dorme pas une seule nuit en prison. Admettons cependant qu’elle passe un court séjour enfermée : que penser d’une justice qui juge opportun de remettre en liberté au bout de seulement 10 mois un individu capable de frapper un gosse agonisant dans une mare de sang ?

Si ce n’est déjà fait, cette femme sera bientôt dehors.

Elle reprendra sa vie.

Elle marchera dans nos rues.

N’importe où, n’importe quand, elle marchera.

Nos enfants pourront la croiser.

N’importe où, n’importe quand…

Un État sans frontières géographiques est un État sans limites à la violence.

Crépuscule

Samuel Paty, le professeur d’Histoire, c’était le passé, mais pas un passé figé, un passé bien vivant puisque transmis aux générations futures. Matisse, l’élève de collège, c’était le futur, le futur qui devait maintenir la continuité de notre Histoire et de notre culture ; Matisse, c’était notre étincelle d’immortalité. Aujourd’hui, il n’ y a plus ni passé, ni futur, il n’y a qu’un présent d’agonie.  

Samuel Paty, Matisse, Lola, Thomas, Dominique Bernard, Philippine, Elias et tant d’autres, assassinés, parfois violés, décapités ou démembrés par des allogènes hostiles… D’un côté, les armes ; de l’autre côté, les larmes.

Un peuple qui ne se lève plus quand on tue ses enfants et ceux qui les instruisent est un peuple qui a abdiqué ses racines et qui a renoncé à son avenir, c’est un peuple qui est déjà mort, même s’il ne le sait pas encore. Si les bougies et les peluches n’arrêtent pas les couteaux des assassins, les réductions de peine non plus.

(1) Attentat de Samuel Paty : Une peine confirmée et trois réduites lors du procès en appel – La Gazette en Yvelines

(2) Procès Samuel Paty : l’honneur d’un professeur – Rupture

(3) Affaire Matisse : la mère du meurtrier de l’adolescent condamnée à deux ans de prison dont 10 mois ferme – ICI 

M. H.

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