« Tableau noir » d'Aude Lorriaux
Un regard sur les violences sexuelles entre enfants
La quatrième de couverture de « Tableau noir » d'Aude Lorriaux donne le ton sans équivoque : « Le chiffre laisse sans voix : en France, près de la moitié des personnes qui agressent sexuellement des enfants… sont eux-mêmes des enfants. Un phénomène inquiétant, et en pleine expansion. » Nous avons entre les mains un ouvrage qui n’est pas facile à lire tant le sujet traité est d’importance et souvent très sombre. Malgré cela, il est primordial de regarder en face ce thème des violences sexuelles entre enfants car nous devons tout mettre en œuvre pour lutter contre ce phénomène et protéger les enfants. « Si la lumière a été faite ces dernières années sur le nombre effrayant de cas d'incestes, les violences sexuelles entre mineur-es restent encore impensées, et occultées dans le débat public. Pourtant, les conséquences sont graves : problèmes de santé mentale, pensées suicidaires… » Il est juste regrettable que l'auteur politise son discours à la fin et qu'elle ait fait transparaître tout au long son idéologie, l'écriture inclusive étant la partie émergée de cet iceberg bien-pensant parsemé de petites leçons de savoir éducatif ou de savoir vivre.
Par Nicolas Bourez
Publié le 25 janvier 2026

Aude Lorriaux s’appuie sur des témoignages et développe des aspects de son enquête auprès de professionnels.
Les violences sexuelles entre enfants sont un sujet bien souvent peu traité et très mal documenté. Trop peu d’adultes travaillant dans le domaine de l’enfance et de l’adolescence sont réellement formés pour recueillir la parole des enfants concernés, et surtout agir en amont en prévention de ces violences afin d’en protéger les jeunes. Bien sûr, cela est vrai dans le cadre de l’école et extrêmement important puisque les enfants y passent leurs journées : « C’est cet impensé que je vous propose d’explorer, ou plutôt, de transformer en pensée, avec le prisme particulier de l’école. Cet aveuglement n’est pas propre à l’Éducation nationale. […] Mais si je me suis intéressée à l’école, c’est parce qu’elle est le lieu par excellence qui doit être exemplaire, là où nos enfants passent le plus clair de leur temps. Et parce que c’est l’endroit où se produisent le plus d’agressions entre mineur-es, juste après la famille qui, elle, s’est largement retrouvée sur la scène médiatique ces dernières années. »
L’auteur développe ensuite les nombreux points de son enquête auprès des professionnels concernés, aussi bien dans le domaine de la santé que de l’éducation ou encore de la protection de l’enfance. Il en ressort une donnée très alarmante sur notre incapacité à protéger les enfants mais malheureusement assez évidente qui en dit long sur notre société : ce sont les plus fragiles qui sont les plus victimes de ces violences, et qui sont également surreprésentés parmi les auteurs de violences sexuelles. Considérant que nous sommes en présence d’enfants, il est clair que ces « agresseurs » sont également des enfants en souffrance qu’il faut absolument aider et soigner.
Ainsi en parlant des enfants présentant un handicap : « Ils et elles ont un risque presque trois fois plus élevé d’être victimes que les enfants sans handicap, et d’autant plus si l’origine est un trouble cognitif : il y a cinq fois plus de risques par rapport à des enfants « valides ». Les agresseurs et agresseuses de ces enfants sont très souvent d’autres enfants handicapé-es, particulièrement pour celles et ceux qui sont en établissement scolaire ou médico-éducatif. »
Cela est également vrai pour les enfants au parcours de vie déjà bien chargé en difficultés et souffrances multiples qui relèvent de l’Aide sociale à l’enfance : « Les violences peuvent aussi avoir lieu au sein des foyers. Elles y sont même massives. Selon une étude menée par le département de la Seine-Saint-Denis sur 100 mineur-es victimes de violences sexuelles et placé-es, 57 ont été abusés pendant leur placement et, parmi elles et eux, 25 par d’autres enfants placé-es et 20 dans le lieu même du foyer. » L’auteur expose d’ailleurs vers la fin de son ouvrage que ces enfants ont également un accès aux soins très difficiles alors qu’ils font partie de ceux qui en auraient le plus besoin… Dramatique.
Les données les plus fiables, disponibles pour l’école résultent de l’enquête harcèlement, désormais annuelle pour les élèves du CE2 à la terminale. Dans celle de 2024, on note « qu’à l’école élémentaire 16 % des écoliers et écolières déclarent qu’un ou plusieurs élèves ont essayé de toucher des parties de son corps ou de les embrasser sans qu’il ou elle dise oui » ou encore « qu’un élève sur dix affirme qu’un ou plusieurs élèves ont essayé de lui retirer ses habits ».
Aude Lorriaux s’appuie sur plusieurs témoignages avec des expériences assez difficiles par manque de prise en compte de l’institution ou par absence de réaction pertinente ou adéquate en fonction de la situation. Malgré tout, il apparaît que les établissements font de plus en plus souvent remonter les informations au travers des différents canaux relevant du fonctionnement interne de l’Éducation nationale ou des écrits de protection de l’enfance.
Cela concerne tous les niveaux mais principalement les jeunes adolescents et donc le collège : « C’est aussi au collège que l’institution effectue le plus d’alertes pour violences sexuelles auprès des services sociaux du département et des tribunaux, et fait les signalements les plus graves. Selon un rapport de plusieurs inspections générales, « à l’école maternelle, le nombre d’enfants pour lesquels une information est transmise apparaît relativement faible, mais n’est pas nul. Ce nombre croît fortement à l’école élémentaire, augmente encore au collège (soit à l’entrée dans l’adolescence) et diminue nettement au lycée ». Et il y a aussi plus de signalements directement aux parquets s’agissant du collège, ce qui tend à démontrer que les faits produits au collège sont aussi plus graves. »
Parmi les nombreux éléments très intéressants de ce livre, nous avons quelques données sur les lieux de ces violences sexuelles entre enfants et une alerte particulière est effectuée en rapport avec la mauvaise surveillance des toilettes des établissements scolaires, où de nombreux actes d’agression se produisent, qu’ils soient sexuels ou non.
Les élèves répondent vouloir changer en premier les toilettes quand on les interroge sur ce qu’ils souhaiteraient le plus modifier dans leur école élémentaire, et 20 % d’entre eux disent avoir déjà été embêtés aux toilettes ! Ainsi, nous pouvons lire : « Si c’est le cas, c’est parce que les toilettes ne sont, dans les faits, qu’à peine surveillées. Selon une étude de 2007, plus des deux tiers des établissements (69,2 %) du primaire n’opéraient alors aucune surveillance spécifique des toilettes. Des chiffres plus récents (2013), dans le secondaire, pointent que seulement 8 % des toilettes sont surveillées en permanence. »
Pour de nombreuses raisons, cet ouvrage est très intéressant et permet une réelle prise de conscience du phénomène des violences sexuelles entre enfants. Il est donc primordial de le lire, notamment en qualité de parent ou professionnel dans les milieux concernés… Il est juste regrettable que l’auteur politise son discours à la fin et qu’elle ait fait transparaître tout au long son idéologie, l’écriture inclusive étant la partie émergée de cet iceberg bien-pensant parsemé de petites leçons de savoir éducatif ou de savoir vivre. Ce thème des violences sexuelles entre enfants est suffisamment important et crucial pour leur devenir d’adultes pour le détacher de toute référence idéologique et le traiter avec le sérieux de la recherche et l’expertise des professionnels concernés, pédopsychiatres en premier.
Certains passages interrogent le rapport à l’école de l’auteur et son vécu d’élève… sans apporter d’éléments probants, la critique « gratuite » reste vaine. Il est pourtant totalement véridique que l’école doit se regarder et questionner profondément ses pratiques au sujet du traitement de la violence en général et des violences sexuelles entre enfants en particulier.
Agir est essentiel pour reconquérir la confiance de la population, notamment celle des parents. Aude Lorriaux en parle et nous pouvons juste regretter que seuls les aspects négatifs aient été réellement traités, car l’école dans son ensemble a énormément modifié son approche depuis au moins dix-quinze ans, notamment en plaçant au centre des préoccupations sa relation avec les familles. Cela est d’autant plus vrai quand il s’agit de violences aussi bien pour les victimes que pour les enfants auteurs.
La rédaction vous conseille
- Un plaidoyer pour la liberté d’exister en tant qu’individu, pour et par soi-même
- Populicide, Philippe De Villiers : « un livre testament, un cri ultime…»
- Un livre coup de poing écrit avec le cœur
Envie de lire tous les articles ?
Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.