Procès Samuel Paty : l’honneur d’un professeur

Par Marc Hellebroeck

Publié le 1 février 2026

Procès Samuel Paty : l’honneur d’un professeur

Maître Vuillemin semble se spécialiser dans la défense d’un profil type bien particulier. Ainsi, il a été notamment l’avocat du collaborateur Maurice Papon.

Ce lundi 26 janvier s’est ouvert le procès en appel de quatre hommes impliqués à différents degrés dans l’assassinat terroriste de l’enseignant Samuel Paty. Avant toute analyse, une question préalable : dans la mesure où les islamistes sont des soldats qui font la guerre à la République française, pourquoi les fait-on comparaître devant une cour d’assises, comme des criminels ordinaires, au lieu de les juger devant un tribunal militaire ?

Quand le doigt montre le ciel, les idiots ne voient pas le croissant de Lune

Maître Vuillemin, avocat de l’accusé Abdelhakim Sefrioui, a aussitôt lancé l’offensive par une grossière inversion accusatoire en déclarant, face aux médias et l’index levé vers le ciel, que feu Samuel Paty « procédait à la discrimination des élèves musulmans »… C’est un prodige juridique que de vouloir juger (et condamner) une victime décédée pour le crime inédit d’islamophobie posthume. C’est également un prodige, anatomique cette fois, que de réussir à se fourrer aussi profondément le doigt dans l’œil, alors que ledit doigt est en même temps brandi vers l’azur !

Maître Vuillemin semble bien mal informé quant au fonctionnement de l’école laïque : un enseignant du public ne connaît pas la foi (ou l’absence de foi) de ses élèves puisque les signes religieux ostensibles sont interdits par la Loi de 2004 (précisons, à toutes fins utiles, que « ostensible » ne signifie pas que l’os de l’index est tendu vers le ciel).

Par ailleurs, lorsqu’il présentait des caricatures dans le cadre du cours d’Éducation Civique sur la liberté d’expression, Samuel Paty n’a jamais exigé des élèves qui s’identifiaient comme musulmans qu’ils quittent la classe ! Il proposait juste, par délicatesse, à ceux qui auraient pu être choqués par lesdites caricatures de détourner le regard ou de quitter la salle temporairement, sans jamais les catégoriser. Comment  aurait-il pu pratiquer une quelconque discrimination fondée sur des critères religieux tout en ignorant les croyances personnelles des élèves placés sous sa responsabilité ?

Et Maître Vuillemin d’évoquer, dans la même déclaration, « la décapitation » de Samuel Paty comme un « tabou » qui interdirait toute critique rétrospective des pratiques pédagogiques de l’enseignant assassiné. Or, choisir le terme de « décapitation » pour qualifier l’assassinat terroriste du professeur n’est pas idéologiquement neutre ou simplement factuel : ce terme, malgré l’horreur de la mise à mort qu’il décrit, peut également s’interpréter comme un euphémisme éludant et édulcoran(t) la dimension religieuse et symbolique dudit assassinat terroriste. Ainsi, c’est en tant qu’enseignant incarnant la République laïque que Samuel Paty a été  égorgé, égorgé selon un rituel religieux strictement codifié, égorgé comme on égorge le bétail destiné à la boucherie, égorgé pour être animalisé et se voir dénier par conséquent toute humanité. Confrontées à cette revanche du droit divin et de la superstition sur l’idéal révolutionnaire et républicain, nos autorités politiques et judiciaires devraient peut-être davantage veiller, dans un procès qui s’annonce polémique, à ce que le prétoire ne devienne pas un prêchoir.

Il y avait les regrettées « Sales blagues » du dessinateur Vuillemin, il y aura désormais celles du regrettable avocat Vuillemin. Ce doigt de l’avocat pointé vers le ciel signifierait-il qu’à l’instar de l’Église catholique d’autrefois, il souhaite mettre à l’index les caricatures ?

Islamisme, extrême droite, antirépublicanisme : le parcours militant de l’accusé

Maître Vuillemin semble se spécialiser dans la défense d’un profil type bien particulier. Ainsi, il a été notamment l’avocat du collaborateur Maurice Papon (condamné pour complicité de crimes contre l’humanité), du sanguinaire terroriste Carlos (converti à l’islam radical) et du djihadiste Mehdi Nemmouche (à m…). On laissera au lecteur le soin de trouver le point commun qui unit ces individus. Un petit indice : ce n’est pas un philosémitisme exacerbé.

Aujourd’hui, l’avocat représente celui qui fut l’un des initiateurs de la fatwa numérique à l’encontre de Samuel Paty, à savoir le prédicateur et activiste islamiste Abdelhakim Sefrioui. En 2004, ce dernier crée le « collectif Cheikh-Yassine», un groupe militant pro-Hamas qui s’est notamment distingué par un antisionisme flirtant avec l’antisémitisme, par la promotion des prières de rue et par un combat acharné contre la laïcité. Parmi les nombreux faits d’armes militants de Sefrioui, on relève, entre autres, la préface d’un livre du théologien islamiste et membre influent des Frères musulmans Youssef al-Qaradâwî (en 2005), un rapprochement idéologique avec les milieux de l’extrême droite antisémite et l’ex-comique Dieudonné (au milieu des années 2000), ou encore des menaces à l’encontre de l’imam humaniste Hassen Chalghoumi (en 2010).

Auparavant, le 29 mars 2003, Sefrioui avait rencontré Nicolas Sarkozy lors du congrès du très radicalisé « Conseil des imams de France », organisme auquel le ministre de l’Intérieur de l’époque avait cru bon de donner une visibilité (1). Il est possible que les deux hommes se soient croisés de nouveau entre 2003 et 2007, lors de diverses assemblées ou réunions organisées par le CFCM, mis en place par l’entremise de Nicolas Sarkozy.

De place à la charia à la place de paria !

On est stupéfait par l’impunité judiciaire dont Abdelhakim Sefrioui a bénéficié durant de longues années d’agit-prop islamiste. Le préfet de Seine-Saint-Denis et le directeur des renseignements généraux ont d’ailleurs échoué (sans qu’il soit possible de savoir exactement pourquoi) à faire aboutir une procédure de déchéance de nationalité le concernant (2). A ce jour, on ignore encore pourquoi il a fallu attendre 2020 (soit après l’attentat qui a coûté la vie à Samuel Paty) pour que le gouvernement consente enfin à dissoudre l’officine salafiste « Cheikh-Yassine » et pour que la justice mette en examen le prédicateur.

Est-ce cette surprenante impunité brusquement interrompue qui a justifié le récent changement de défense de Sefrioui et la charge violente de son conseil à l’égard de la mémoire de Samuel Paty ? En tout cas, cette nouvelle défense n’est pas originale dans la mesure où, comme pour le massacre de Charlie Hebdo, il s’agit de transférer la responsabilité des bourreaux vers leurs victimes : les dessinateurs mitraillés et l’enseignant égorgé sont ainsi présentés comme des islamophobes qui, quelque part, auraient en partie provoqué, sinon mérité, leur sort funeste.

Mettons-nous un instant à la place d’Abdelhakim Sefrioui : pendant des années, il a joui en France d’une sorte de statut informel « d’islamiste de la République », statut lui conférant un totem d’immunité judiciaire, quels que soient par ailleurs ses propos et ses actes antirépublicains… Et le voilà qui se retrouve d’un coup condamné ! Il ne comprend probablement pas ce qui lui arrive et pourquoi il est en prison ! Surtout, il ne comprend pas pourquoi on ne le laisse plus impunément continuer son travail de sape des valeurs républicaines et d’islamisation de la société française, alors qu’il avait été adoubé comme l’un des représentants officiels du culte musulman et comme l’un des interlocuteurs privilégiés des institutions républicaines par un ministre de l’Intérieur devenu ensuite Président de la République !

Teacher’s death matter !

Où en est-on à ce jour avec l’actuel président de la République ? Après la déclaration pour le moins sujet à controverse de Maître Vuillemin sur une prétendue islamophobie de Samuel Paty, nulle réaction et…réaction nulle d’Emmanuel Macron puisque ce dernier garde le silence. On m’objectera qu’au nom du principe de séparation des pouvoirs, l’exécutif ne doit en aucun cas commenter une procédure judiciaire en cours. Pourtant, notre chef de l’État ne s’en était pas privé au moment de la mort du jeune Nahel, la qualifiant « d’inexplicable », « d’inexcusable » et accusant « en même temps » le policier auteur du tir mortel, ceci avant même les conclusions de l’enquête. Comment ne pas mettre en parallèle l’engagement personnel, immédiat et inconditionnel d’Emmanuel Macron au soutien du défunt Nahel avec son indifférence glacée au moment où la mémoire et l’honneur de Samuel Paty sont souillés ? Teacher’s death matter !

Sans intervenir directement dans le procès en appel actuellement en cours, le président aurait tout de même pu, par l’intermédiaire de son garde des Sceaux, faire remonter jusqu’au conseil de l’Ordre des avocats les propos tenus par Maître Vuillemin à l’égard de feu Samuel Paty, afin que la question de la compatibilité desdits propos avec la déontologie de la profession soit au moins posée. La dignité post-mortem d’un enseignant de l’école publique aurait-elle une valeur moindre que celle d’un chauffard récidiviste au yeux de celui qui est le garant de la République laïque ? Si le chef de l’État lui-même est tétanisé (ou indifférent), qui interviendra pour éviter que la mise en cause de l’enseignant assassiné ne dégénère ensuite en djihad judiciaire post-mortem ?

Pantalonnade panthéonesque

Il est de plus en plus question, ces derniers temps, de transférer la dépouille mortelle de Samuel Paty au Panthéon. Le problème, ce n’est pas que l’enseignant-martyr ne le mérite pas, c’est qu’aucun de nos gouvernants actuels n’est digne de l’y recevoir ! Les Grands Hommes ne sauraient être accompagnés dans leur dernière demeure par les petits. Emmanuel Macron faisant un discours pour accueillir Samuel Paty au Panthéon, c’est comme si Édouard Daladier avait présidé à la panthéonisation de Jean Moulin.

Nos dirigeants politiques qui, par leur attitude munichoise face aux islamistes, ont rendu possibles les conditions de l’assassinat d’un enseignant de l’école républicaine, n’effaceront pas leur forfaiture et leur lâcheté en panthéonisant Samuel Paty.

Les mêmes ne se referont pas une virginité morale en inhumant notre martyr de la liberté d’expression aux côtés de Robert Badinter, grâce auquel les terroristes ne risquent plus la peine de mort.

Comme le chantait Daniel Balavoine (3), « La vie des morts n’est plus sauvée par des médailles »…

(1) M. Sarkozy rappelle aux imams l’importance de leur formation en France

(2) Conflans : le rôle d’un agitateur radicalisé pointé du doigt

(3) Dans « La vie ne m’apprend rien »

M. H.

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