Les filles de l'écrivain n’ont reçu aucune réponse du président français

Le président allemand appelle son homologue algérien à gracier Boualem Sansal

Trois cent cinquante-sept jours. Trois cent cinquante-sept jours que Boualem Sansal, l’une des voix les plus libres et les plus lucides du monde francophone, est enfermé pour ses écrits et ses prises de position. Frank-Walter Steinmeier a exhorté ce lundi 10 novembre Abdelmadjid Tebboune à «un geste humanitaire» pour l’écrivain emprisonné depuis un an et au cœur d’une grave crise diplomatique entre Alger et Paris marquée par des rappels d’ambassadeurs, des expulsions réciproques de diplomates et des restrictions sur les visas officiels.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 10 novembre 2025

Le président allemand appelle son homologue algérien à gracier Boualem Sansal

Frank-Walter Steinmeier a qualifié sa demande de « geste humanitaire » et d’expression d’une « vision politique à long terme ».

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a exhorté, ce lundi 10 novembre, son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune à accorder sa grâce à l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, détenu depuis un an en Algérie.

Dans un communiqué, le chef de l’État allemand a plaidé pour un « geste humanitaire », proposant que le romancier, âgé et souffrant de problèmes de santé, soit transféré en Allemagne afin d’y recevoir les soins nécessaires.

Boualem Sansal reste en prison. Il n’a pas bénéficié, comme beaucoup l’ont espéré, d’une grâce du président algérien à l’occasion de la commémoration de la fête de l’indépendance de l’Algérie, où il est de coutume que de nombreux prisonniers soient graciés par le président de la République. 

Récemment élu académicien en Belgique le 12 octobre, l’écrivain est devenu un symbole de la lutte pour les droits humains et la liberté artistique. 

L’écrivain franco-algérien a été condamné à cinq ans de prison le 1er juillet, soit la même peine que celle du procès en première instance le 27 mars. Cette condamnation n’est rien d’autre qu’un simulacre de justice. Une décision grotesque. Cela dit, si le régime refuse de céder, il fait des calculs. N’oublions pas que Tebboune et les généraux ne souhaitent pas un Sansal libre. Ils ne veulent pas se déjuger.

« Relation personnelle de longue date avec le président Tebboune »

Dans un communiqué officiel publié ce lundi 10 novembre, Frank-Walter Steinmeier a qualifié sa demande de « geste humanitaire » et d’expression d’une « vision politique à long terme ». Il a proposé que Boualem Sansal soit transféré en Allemagne pour y recevoir des soins médicaux adaptés, en tenant compte de son âge avancé et de sa santé précaire.

« Un tel geste serait l’expression d’une attitude humanitaire et d’une vision politique à long terme. Il refléterait ma relation personnelle de longue date avec le président Tebboune et les bonnes relations entre nos deux pays », a déclaré le président allemand. 

Cette initiative exploite les relations solides entre Berlin et Alger, contrastant avec la crise diplomatique franco-algérienne qui sévit depuis plus d’un an. Expulsions de fonctionnaires, rappels d’ambassadeurs et huit mois plus tard, le silence de l’Élysée reste total. Aucune réponse publique ou privée n’a été adressée aux filles de Boualem Sansal.

Cet appel de Frank-Walter Steinmeier pourrait marquer un tournant, en offrant une porte de sortie honorable à l’Algérie tout en préservant ses relations avec l’Europe. Reste à voir si Abdelmadjid Tebboune répondra favorablement, dans un contexte où les enjeux humanitaires se mêlent à la géopolitique. La libération de Boualem Sansal serait non seulement un acte de clémence, mais aussi un signal positif pour les droits des intellectuels dans la région.

Les deux filles algéro-tchèques de Boualem Sansal, Nawal et Sabeha, ont lancé un cri du cœur le 15 avril dernier, dans une lettre ouverte publiée dans Le Figaro, adressée directement à Emmanuel Macron : « Monsieur le président de la République, n’oubliez pas notre père. » 

Sept mois plus tard, le silence de l’Élysée reste total. Aucune réponse publique ou privée n’a été adressée aux filles de Boualem Sansal. Pourtant, les filles persistent

Bientôt une année de détention

Boualem Sansal a été arrêté à son retour en Algérie le 16 novembre 2024. Le 26 novembre, il a été mis en examen pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Il a été condamné le 27 mars en première instance, par le tribunal correctionnel de Dar El Beida, à cinq ans de prison en vertu de l’article 87 bis du code pénal algérien qui réprime les atteintes à la sûreté de l’État. La même peine allait être prononcée le 1er juillet par la cour d’appel d’Alger.

Il a été condamné, le 1er juillet, par la cour d’appel d’Alger, à cinq ans de prison. Beaucoup ont espéré qu’il pourrait bénéficier d’une grâce présidentielle à l’occasion de la célébration de la fête nationale algérienne, le 5 juillet.  



M. D. P.

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