Sabeha Sansal parle de son père dans un entretien à Rupture :

« Même privé de liberté, il reste un homme de parole et de conviction »

Interview réalisée par Kamel Bencheikh

Publié le 12 septembre 2025

« Même privé de liberté, il reste un homme de parole et de conviction »

Kamel Bencheikh en compagnie de Sabeha Sansal.

Trois cents jours. Trois cents jours que Boualem Sansal, l’une des voix les plus libres et les plus lucides du monde francophone, est enfermé pour ses écrits et ses prises de position. Trois cents jours d’injustice, de silence imposé, de solitude. Pourtant, son nom continue de résonner, grâce à la vigilance infatigable du Comité de soutien international qui, depuis le premier jour, n’a cessé de mobiliser, d’alerter, de rappeler au monde qu’on ne réduit pas un écrivain au silence.

À l’occasion de ce cap symbolique, sa fille Sabeha Sansal a accepté de prendre la parole publiquement. Elle s’exprime dans les colonnes de Rupture avec pudeur et force, entre douleur intime et fierté filiale, pour rappeler que derrière la figure de l’écrivain se tient aussi un père, un homme, un être de chair et de sang. Ses mots sont une invitation à ne pas oublier, à ne pas céder, à faire de la mémoire de ces 300 jours une arme de résistance et d’espérance.

Kamel Bencheikh : Sabeha, demain cela fera 300 jours que ton père, Boualem Sansal, est derrière les barreaux. Que représente pour toi et pour ta famille ce cap douloureux ?

  • Sabeha Sansal : Trois cents jours, c’est un gouffre. Chaque journée arrachée à sa liberté nous pèse, mais elle est aussi un rappel de sa force. Papa est retenu, mais il n’est pas réduit au silence. Et si nous tenons, c’est aussi parce que nous savons qu’il y a autour de lui un cercle fidèle qui veille et qui parle haut et fort.

K. B. : On a l’impression que, sans le Comité de soutien, son nom ne serait pas autant présent. Qu’en penses-tu ?

  • S. S. : C’est une vérité que je veux dire clairement : sans le Comité de soutien, le silence serait total. Ce Comité est la voix de mon père, le relais de son combat, la mémoire vivante de ce qu’il représente. Je mesure chaque jour combien leur détermination est précieuse. Ils n’ont jamais lâché, jamais renoncé, et c’est grâce à eux que l’opinion publique, en France comme ailleurs, continue d’entendre le nom de Boualem Sansal.

K. B. : Comment ton père vit-il, d’après ce que tu sais, ces longs mois de captivité ?

  • S. S. : Il tient debout parce qu’il a toujours su transformer l’épreuve en matière à penser. Même privé de liberté, il reste ce qu’il est : un homme de parole et de conviction. Mais il faut aussi dire qu’il ne pourrait pas tenir sans savoir que dehors, des femmes et des hommes rappellent sans relâche qu’il existe et qu’il doit être libéré.

K. B. : Tu es sa fille. Que t’inspire son parcours, à la fois comme écrivain et comme prisonnier politique ?

  • S. S. : Je suis fière de lui, profondément. Son courage est une leçon pour nous tous. Mais je dois aussi dire que je suis fière de ses amis, de ses lecteurs. Eux aussi portent son combat, et cette chaîne de solidarité me donne la conviction que nous ne sommes pas seuls. Il y a aussi les autres pays européens et latino-européens. Comme je suis Tchèque, je dois dire que le salon du livre de Prague a mis mon père à l’honneur et lui a décerné le prix Jiri Theiner. Il y a également le Parlement belge que je dois remercier ― il a voté la résolution à l’unanimité. Je n’oublie pas le Parlement européen, les écrivains allemands qui se sont mobilisés en masse, beaucoup d’écrivains de tous les pays européens y compris des Prix Nobel de littérature.

K. B. : Que peuvent faire, concrètement, les citoyens, les lecteurs, les intellectuels qui suivent son destin ?

  • S. S. : Relayer ses actions, faire entendre sa voix partout où c’est possible. La pire des choses, c’est l’oubli. Son Comité de soutien se bat contre cette amnésie programmée. Chacun peut, par un geste, un mot, une signature, un don symbolique, contribuer à maintenir vivante la lumière autour de mon père.

K. B. : Si tu avais un message à adresser directement à ton père, quel serait-il ?

  • S. S. : Je lui dirais : « Tiens bon, papa. Nous sommes là, avec toi. Et dehors, nous veillons, jour après jour, pour que ton combat ne s’éteigne jamais. »

K. B. : Un dernier mot pour conclure ?

  • S. S. : Oui : remercier. Remercier tous ceux qui bougent pour mon père, remercier le Comité de soutien, sans lequel nous serions seuls face à la douleur. Remercier tous ceux qui, à travers lui, refusent le silence. Leur courage est notre souffle.

Entretien réalisé le 11 septembre par Kamel Bencheikh

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