Vote au Parlement européen contre l’entrisme islamiste : Ils parlent de tolérance, l’islamisme avance
Je commence à me lasser de cette comédie politique où chacun se réclame des libertés, mais où certains semblent perdre la parole dès qu’il s’agit de défendre la liberté contre ceux qui veulent la réduire.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 9 octobre 2026

Le Parlement européen a adopté une résolution contre l’entrisme islamiste. Un vote important, qui ne règle rien à lui seul.
Je commence à me lasser de cette comédie politique où chacun se réclame des libertés, mais où certains semblent perdre la parole dès qu’il s’agit de défendre la liberté contre ceux qui veulent la réduire.
Le 8 octobre, le Parlement européen a adopté une résolution contre l’entrisme islamiste par 381 voix contre 167, avec 15 abstentions. Un vote important, qui ne règle rien à lui seul, mais qui pose enfin une question que l’Union a trop longtemps contournée. Que faisons-nous lorsque des réseaux utilisent les moyens de nos démocraties pour tenter d’en affaiblir les principes ?
Regardons les chiffres. Regardons aussi ceux qui ont voté contre.
Je ne demande à personne de partager mon athéisme. Je demande qu’on respecte le droit de ne pas croire, de critiquer une religion, de quitter une religion et de vivre sans avoir à solliciter la permission d’un dieu ou de ses représentants.
Ce droit devrait être si évident qu’il ne nécessite aucune justification. Pourtant, dans une partie du débat public, il semble devenu suspect de nommer les menaces qui pèsent sur lui.
Le paradoxe est saisissant. Des responsables politiques qui se réclament de l’émancipation hésitent à affronter des idéologies qui contestent l’égalité des sexes, la liberté de conscience ou la primauté de la loi civile. Ils craignent, disent-ils, de stigmatiser les musulmans. Cette vigilance est légitime lorsqu’elle protège des citoyens contre les discriminations. Elle devient un aveuglement lorsqu’elle empêche de regarder les organisations et les stratégies qui méritent d’être examinées.
Les musulmans ne sont pas l’islamisme. Il faut le répéter, parce que cette distinction protège à la fois les citoyens et la République. Les premiers ne doivent jamais être rendus collectivement responsables d’une idéologie. La seconde ne doit jamais renoncer à combattre une idéologie par peur de déplaire.
À force de craindre de blesser les susceptibilités, nous risquons de laisser sans défense ceux qui se battent pour leur liberté.
Je pense aux femmes qui refusent l’assignation religieuse, aux musulmans qui défendent la laïcité, à ceux qui veulent vivre leur foi sans qu’une organisation prétende parler à leur place, à tous ceux qui réclament le droit de douter.
Qui les défend lorsque les belles consciences détournent le regard ? Qui s’indigne lorsque la liberté individuelle se heurte aux injonctions communautaires ?
La République n’a pas à choisir ses combats en fonction du confort de ses élus. Je ne confonds pas une résolution européenne avec une victoire. Le vote du 8 octobre ne constitue pas une interdiction générale des organisations visées par le débat. Il ne dispense ni d’enquêtes sérieuses ni de preuves. Il faudra contrôler les financements, examiner les réseaux, établir les responsabilités et respecter scrupuleusement l’État de droit. Toute autre méthode serait une faute. Mais le droit ne doit pas devenir l’alibi de l’impuissance. La rigueur exige que l’on agisse sur la base des faits, pas que l’on renonce à agir dès que le sujet devient politiquement inconfortable.
Je suis né en Algérie. Je sais ce que les sociétés paient lorsque la religion prétend régenter la vie publique et que les défenseurs de la liberté finissent par se taire. Je n’ai aucune envie de voir l’Europe reproduire, sous des formes différentes, les renoncements qu’elle aurait dû apprendre à reconnaître.
L’universalisme n’est pas une posture de salon. C’est une exigence qui oblige à défendre les mêmes droits pour tous, y compris lorsque cette défense contrarie les calculs électoraux, les alliances et les habitudes partisanes. Le scrutin européen devrait donc servir d’épreuve de vérité.
À ceux qui ont voté contre, je pose une question simple : quelles garanties alternatives proposez-vous pour lutter efficacement contre l’entrisme islamiste, sans stigmatiser les musulmans et sans affaiblir les libertés publiques ?
Vos arguments doivent être entendus, examinés et confrontés aux faits. Mais le silence, lui, ne saurait tenir lieu de politique. Car c’est bien là que se joue notre avenir commun. Nous ne défendrons pas la paix civile en détournant les yeux. Nous ne protégerons pas les musulmans en abandonnant ceux qui contestent les intégrismes. Et nous ne sauverons pas la démocratie en laissant croire que toutes les idéologies se valent, quelles que soient les libertés qu’elles accordent ou qu’elles refusent.
Le jour où la République aura honte de défendre la liberté, ceux qui veulent lui imposer des chaînes n’auront même plus besoin de les cacher.
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