Iran : les jeunes qui veulent être libres, abattus puis pendus dans l’indifférence

Ils avaient 18, 19, 21 ou 25 ans. Ils sont descendus dans la rue en janvier 2026 pour demander du pain, de la liberté et la fin d’un régime. Beaucoup ont été tués par balles les 8 et 9 janvier, sous black-out internet. D’autres ont été arrêtés, torturés, jugés en quelques heures et pendus ces derniers mois.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 15 octobre 2026

Iran : les jeunes qui veulent être libres, abattus puis pendus dans l’indifférence

Les femmes ne sont pas épargnées. Aucune jeune femme liée aux protestations de janvier n’a encore été exécutée à ce jour, mais plusieurs sont sous peine de mort et en danger immédiat.

Selon Iran Human Rights, au moins 4 219 personnes ont été tuées pendant ces protestations (liste nominative publiée en septembre), dont au moins 420 femmes et 281 mineurs. HRANA en a confirmé 7 007. Le régime en reconnaît 3 117. La quasi-totalité des morts datées se concentrent sur ces deux nuits de janvier.

Parmi ceux qui ont survécu à la rue, des dizaines ont été condamnés à mort après des procès expéditifs fondés sur des aveux arrachés sous torture. Amnesty International dénombre au moins 34 exécutions liées à ces protestations depuis mars. Cinq rien que la première semaine d’octobre.

Alireza Sepahi avait 25 ans. Arrêté le 10 janvier à Ispahan, blessé par plombs, il a été condamné à mort dans l’affaire dite de la place Alikhani. Le 28 juillet, alors qu’il devait être pendu en public avec son cousin Abolfazl, il a fait un arrêt cardiaque et a été hospitalisé. Il a été renvoyé en prison. Le 4 octobre, depuis sa cellule, il a épousé par téléphone sa fiancée Mahshad Keshani, elle aussi détenue. Le lendemain, à l’aube, il a été pendu à la prison de Dastgerd, avec Alireza Raisi, 21 ans.

Avant lui, Saleh Mohammadi, 19 ans, lutteur prometteur, a été pendu en public le 19 mars à Qom. Amirhossein Hatami, 18 ans, étudiant en design industriel, a été exécuté le 2 avril. Arvin Kheirkhahan, 19 ans et demi, a été pendu le 1er août à Shahrud. Tous pour « moharebeh » (guerre contre Dieu) après des procès sans défense réelle.

Aujourd’hui, tandis que des femmes comme Najmeh Amini et Mahboubeh Shabani risquent la potence

Les femmes ne sont pas épargnées. Aucune jeune femme liée aux protestations de janvier n’a encore été exécutée à ce jour, mais plusieurs sont sous peine de mort et en danger immédiat. Najmeh Amini, 23 ans, étudiante en comptabilité à Mashhad, a été condamnée à mort ces derniers jours, notamment pour un post sur les réseaux sociaux qualifié de blasphème, en plus de charges liées aux manifestations. Elle est détenue à la prison de Vakilabad.

Taraneh Rahimi (environ 20-21 ans) et d’autres figurent également sur les listes des condamnées en attente d’exécution.
Ces jeunes ne sont pas des exceptions. En 2022 déjà, le mouvement Femme, Vie, Liberté, déclenché par la mort de Mahsa Amini, avait fait au moins 550 morts selon l’ONU (dont 68 enfants), 377 documentés par Amnesty. La répression de janvier 2026 a été « encore plus meurtrière et vertigineuse », selon Amnesty. Des lycéennes, des étudiants, des apprentis de 15 ou 16 ans ont été abattus dans la rue. Des morgues ont débordé. Des familles ont dû payer pour récupérer les corps, puis les enterrer loin de chez elles sous surveillance.

Aujourd’hui, tandis que des femmes comme Najmeh Amini et Mahboubeh Shabani risquent la potence, et que des dizaines d’autres condamnés attendent leur tour, le silence international reste assourdissant. Les listes nominatives existent, les photos aussi,les noms aussi.

Ils voulaient simplement être libres. On les a oubliés.

M. D. P.

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