Ciblés, assassinés par les islamistes pendant « la décennie noire » : ces enseignants algériens qui refusaient de plier

L’assassinat par des terroristes islamistes de deux enseignants en France, Samuel Paty le 16 octobre 2020 et Dominique Bernard le 13 octobre 2023, rappelle à l’Algérie sa « décennie noire », quand les obscurantistes fermaient les écoles à coups de hache et égorgeaient des enseignants.

Par le correspondant de Rupture à Alger Yacine Aït Ouffella

Publié le 13 octobre 2026

Ciblés, assassinés par les islamistes pendant « la décennie noire » : ces enseignants algériens qui refusaient de plier

Onze femmes et un homme allaient être égorgés devant leurs élèves et des passants terrorisés.

En Algérie, le corps enseignant a payé un tribut extrêmement lourd durant « la décennie noire » (les années 90″, une période marquée par des attentats dont des assassinats ciblés menés par des organisations terroristes islamistes, notamment le GIA (Groupe islamique armé) contre les intellectuels, les journalistes et les enseignants qui refusaient de céder aux menaces de fermeture des écoles.

Les islamistes considéraient l’école publique algérienne, l’enseignement mixte et les disciplines non religieuses comme contraires à leur projet. Des centaines d’enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur ont été assassinés par les terroristes islamistes.

Des « listes noires » étaient constituées, des enseignants recevaient des lettres de menace leur ordonnant d’abandonner leur profession. Ceux qui ont refusé de céder au chantage ont fait l’objet d’enlèvements, de coups de feu, de bombes artisanales ou d’égorgements, parfois devant leurs élèves et souvent lors de leurs trajets quotidiens entre leur domicile et leur lieu de travail.

Dès 1994, le GIA avait lancé l’ordre de boycotter l’école, et, en deux ans, plus de 4 010 écoles furent incendiées. Des enseignants et directeurs d’établissement assassinés. Rien que pour cette année là, 1994, ce sont Zhor Méziane, directrice d’école, Rabah Stambouli, professeur d’université, Salah Badir, surveillant d’internat, Mohamed Taleb el-Boustadji, enseignant et poète, Fatma Zohra Habibi, enseignante, Ahmed Asselah directeur de l’École des beaux-arts, Youcef Sebti, enseignant et poète, Amel Zanoun, étudiante, qui ont été tués. La liste est longue de plus de 600 noms d’enseignants assassinés pour avoir refusé d’obéir au diktat et au boycott des cours imposés par les groupes terroristes islamistes.

Onze institutrices et un instituteur froidement égorgés à Sidi Bel-Abbès

L’un des attentats contre des enseignants qui ont marqué les esprits, le massacre de Sfisef, dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès, survenu le 27 septembre 1997. Onze institutrices et un instituteur ont été assassinés par un groupe armé affilié au GIA. Les terroristes ont intercepté un minibus et ont séparé des autres passagers les enseignants qu’ils ont égorgés en pleine rue.

Il était environ 15h30, il pleuvait dans le bourg d’Aïn Addem, près de Sfisef, à plus de 400 km à l’ouest d’Alger. Les instituteurs venaient de terminer leur journée de travail. Dans la rue, au moment où ils s’apprêtaient à prendre le bus pour rentrer chez eux dans la ville toute proche de Sfisef, ils n’ont pas remarqué une fourgonnette de marque Peugeot stationnée près de leur école.  

De la fourgonnette sont sortis des hommes armés, ils se sont saisi des enseignants et les ont ligotés. Onze femmes et un homme allaient être égorgés devant leurs élèves et des passants terrorisés.

Le chef du groupe armé auteur de ce massacre, le terroriste Djillali Bahri alias « Dib El Djiaâne » (« le chacal affamé »), a été arrêté par les forces de sécurité et condamné à la peine capitale en décembre 2007.

Y. A. O.

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