Ceux qui ont ciblé Boualem Sansal
Que Nejib Sidi Moussa et Sébastien Ledoux se taisent aujourd’hui n’efface en rien ce qu’ils ont cautionné hier. Lorsque Boualem était réduit au silence par une machine judiciaire qui ne trompait personne, trois voix — toujours si promptes à s’ériger en vigies morales dès qu’il s’agit de dénoncer l’Occident — ont soudainement perdu tout intérêt pour la liberté d’un écrivain algérien. Et quelle ironie cruelle : ces procureurs auto-proclamés, si sûrs de leur « lecture décoloniale », ont revêtu avec zèle les habits d’avocats officieux d’un pouvoir qui muselle, intimide et enferme.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 18 novembre 2025

Comment ne pas voir la gêne qui les traverse maintenant que le piège judiciaire s’est refermé sur du vide, maintenant que la liberté de Boualem dément, par sa simple évidence, les insinuations qu’ils avaient colportées ?
La manœuvre était trop visible pour être excusée : plutôt que de reconnaître la brutalité d’un régime qui ne supporte ni la dissidence, ni la lucidité, ni la parole libre, ils ont préféré cibler celui qui la portait avec courage. Boualem Sansal, comme Kamel Daoud avant lui, n’a pas été critiqué pour ses œuvres, mais pour ce qu’il incarnait : un Algérien affranchi des injonctions identitaires, un écrivain qui refuse les catéchismes politiques, un esprit indocile — et cela, il leur est intolérable.
Quant à Benjamin Stora, son silence feutré, tout en nuances et en contorsions prudentes, n’a trompé que ceux qui voulaient l’être. Qu’un historien ayant tant subi la hargne d’Alger ne puisse trouver la clarté nécessaire pour défendre un écrivain emprisonné pour ses idées est, au mieux, un renoncement ; au pire, une indulgence coupable. Invoquer la « sensibilité des peuples » pour ne pas nommer une injustice revient à abandonner la vérité au profit d’une diplomatie de petit calcul. Cela n’a rien d’une fermeté intellectuelle ; cela ressemble à un accommodement avec la peur.
Aujourd’hui, Boualem est libre. Mais ce n’est pas grâce à eux. Leur mutisme actuel n’est que la suite logique de leur attitude passée : ils parlent quand l’air politique leur est favorable, ils se taisent quand le courage serait requis. Comment ne pas voir la gêne qui les traverse maintenant que le piège judiciaire s’est refermé sur du vide, maintenant que la liberté de Boualem dément, par sa simple évidence, les insinuations qu’ils avaient colportées ?
Cette affaire restera comme un révélateur. Elle a montré qui défend réellement la liberté d’expression — sans conditions, sans frilosité, sans double standard — et qui n’en fait qu’un slogan interchangeable selon le contexte. Elle a montré qui a le courage de s’opposer à une dictature et qui préfère détourner les yeux pour ne pas perdre sa place dans un petit théâtre intellectuel prévisible.
À présent, Boualem retrouve la lumière. Eux, en revanche, devront vivre avec le souvenir de leur silence.
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