L’Arcom rappelle à l’odre CNews pour des propos de Franz-Olivier Giesbert : la liberté d’opinion pointée du doigt

La liberté d'opinion n'est peut-être pas (encore) menacée en France. Mais elle est pointée du doigt, sanctionnée. Comme de le faire l'Arcom pour des propos tenus par Franz-Olivier Giesbert sur CNews.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 14 août 2026

L’Arcom rappelle à l’odre CNews pour des propos de Franz-Olivier Giesbert : la liberté d’opinion pointée du doigt

Franz-Olivier Giesbert ironise : "Merci pour cette décoration."

Le 22 mars, après la victoire de David Guiraud (LFI) aux élections municipales à Roubaix, Franz-Olivier Giesbert lâche sur le plateau de Laurence Ferrari, sur CNews : « Je n’aimerais pas être juif à Roubaix. » Et d’ajouter que les juifs de la ville allaient « sans doute être obligés de partir ».

Quatre mois plus tard, l’Arcom réagit. Réunie le 30 juin, elle adresse un rappel à l’ordre à la chaîne. Motif : les propos n’ont pas été contredits, ni mis en perspective, et ne reposaient sur « aucun élément sourcé ou étayé ». Aucune amende. Aucune mise en demeure. Et surtout, aucune qualification des propos eux-mêmes. L’Arcom se déclare même incompétente sur leur éventuel caractère diffamatoire et renvoie le dossier à la justice.

Franz-Olivier Giesbert, lui, ironise dès le 7 août : « Merci pour cette “décoration”. L’Arcom n’avance même plus masquée et se substitue à la justice. Vive la liberté d’expression. À bas la police de la pensée. » Il rappelle au passage que les tribunaux ont déjà validé la formule « LFI passionnément antisémite ».

Une intervention purement procédurale

Le régulateur a donc sanctionné la forme, pas le fond. Une intervention purement procédurale, dans la lignée des nombreux rappels déjà adressés à CNews.Mais la question se pose : était-ce vraiment la priorité ?Pendant que l’Arcom traque l’absence de contradiction sur un plateau, l’antisémitisme en France reste à des niveaux exceptionnels. Plus de 1 300 actes recensés en 2025, majoritairement des atteintes aux personnes, avec une violence physique en nette hausse.

À Roubaix, la communauté juive organisée a presque disparu depuis longtemps. Plus de synagogue en activité depuis des décennies. Il ne reste qu’une plaque. Les départs ont déjà eu lieu.Dans ce contexte, exiger qu’on « contredise » immédiatement un journaliste qui exprime une inquiétude documentée par les chiffres du CRIF et du SPCJ relève d’une drôle de hiérarchie des urgences. L’Arcom n’a pas à juger du fond. Elle le fait pourtant, en pratique, en multipliant les rappels dès qu’un constat dérange.

L’antisémitisme qui s’installe, les tensions communautaires, le sentiment d’insécurité croissant des juifs français : voilà les sujets qui devraient mobiliser. Pas l’absence d’une contradiction immédiate un soir d’élection.

M. D. P.

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