Souveraineté d’opérette et réveil brutal

Par Kamel Bencheikh

Publié le 1 mars 2026

Souveraineté d’opérette et réveil brutal

Les États-Unis défendent leurs intérêts nationaux. Ils le font avec constance et lucidité. La vraie question est donc simple : la France défend-elle les siens avec la même clarté ?

Les États-Unis ont mené des frappes contre des cibles liées au régime iranien. À Paris, le président de la République a regretté de ne pas avoir été informé en amont de l’opération. Voilà le point de départ. Voilà le fait politique.

Mais derrière l’anecdote diplomatique se cache une réalité plus dérangeante ― dans le concert des puissances, on n’informe que ceux dont l’avis compte.

En relations internationales, il n’existe ni susceptibilité ni consolation. Il existe des rapports de force. Si Washington n’a pas jugé nécessaire d’associer Paris à sa décision, ce n’est pas par oubli. C’est parce que la France, dans ce dossier, n’était pas perçue comme décisive.

On peut s’en indigner. On devrait surtout s’interroger

Depuis plusieurs années, la diplomatie française revendique l’« autonomie stratégique européenne » tout en s’inscrivant, dans les faits, dans une solidarité atlantique de plus en plus automatique. Réintégration complète dans l’OTAN, alignements répétés sur les grandes orientations américaines, dépendance technologique accrue : l’ensemble compose une trajectoire cohérente — mais pas souveraine.

Or la souveraineté ne se proclame pas dans les discours. Elle se mesure à la capacité de créer une contrainte chez l’autre.

Le général de Gaulle l’avait compris. Sa politique d’indépendance ne reposait pas sur des déclarations martiales, mais sur des actes concrets : dissuasion nucléaire crédible, industrie de défense nationale, diplomatie active dans le « monde arabe », capacité à dialoguer avec toutes les parties sans se fondre dans aucun bloc. La France n’était pas informée par courtoisie ; elle était consultée par nécessité.

Aujourd’hui, quelle nécessité représentons-nous ?

Sur le dossier iranien, la France aurait pu incarner une ligne singulière : fermeté face aux ambitions régionales de Téhéran, refus d’une escalade militaire incontrôlée, proposition d’un cadre diplomatique réellement français. Elle aurait pu rappeler que la stabilité du Moyen-Orient ne se décrète pas depuis une seule capitale.

Mais pour cela, il faut accepter de diverger. Il faut supporter le désaccord. Il faut renoncer au confort d’une posture morale pour assumer une stratégie.

Les États-Unis défendent leurs intérêts nationaux. Ils le font avec constance et lucidité. La vraie question est donc simple : la France défend-elle les siens avec la même clarté ?

Être une puissance souveraine ne signifie pas rompre avec ses alliés. Cela signifie être capable de dire oui sans servilité et non sans trembler. Cela signifie pouvoir influencer les décisions, non se contenter de les commenter.

Se plaindre de ne pas avoir été informé, c’est admettre implicitement qu’on n’était pas indispensable.

La dignité internationale ne se revendique pas. Elle s’impose. Elle suppose une vision, des moyens et une cohérence dans le temps. Sans cela, la souveraineté devient un slogan, et la France une puissance moyenne parmi d’autres — respectée pour son passé, contournée dans le présent.

Dans un monde où tout se joue vite et fort, on ne consulte que ceux qui peuvent modifier l’équation.

La question n’est donc pas : pourquoi ne nous ont-ils pas avertis ?

La question est : qu’avons-nous fait pour qu’ils ne puissent pas faire sans nous ?

K. B.

La rédaction vous conseille

Envie de lire tous les articles ?

Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.

Abonnement

Débloquez immédiatement tous les articles.

Je m'abonne

Newsletter

Recevez chaque semaine les titres à la Une

Inscrivez-vous
Activer les notifications OK Non