La République des proches : quand le pouvoir prépare déjà l’après
La nomination d’Anne‑Claire Legendre, conseillère d’Emmanuel Macron et ancienne consule de France à New York, à la tête d’une institution prestigieuse n’est pas un simple mouvement administratif. Elle s’inscrit dans une mécanique désormais bien rodée, celle d’un pouvoir qui, sentant la fin de règne arriver, place ses fidèles là où ils pourront continuer d’exister — et peut-être de protéger l’héritage — une fois la page tournée.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 17 février 2026

La promesse initiale du macronisme était celle d’un dépassement des vieux réflexes. Or, à mesure que le temps passe, c’est un parfum familier qui revient, celui de la République des copains.
Après la nomination d’Amélie de Montchalin, passée du ministère des Comptes publics à la tête de la Cour des comptes pour contrôler ses propres budgets, voilà une nouvelle figure de la macronie propulsée à un poste stratégique. La symbolique est lourde : contrôler demain ce que l’on a contribué à construire hier. On pourra toujours invoquer la compétence, la continuité ou la confiance, mais l’impression demeure tenace — celle d’un système qui se replie sur lui-même, qui verrouille, qui sécurise ses positions.
Ce ne sont pas des nominations isolées ; ce sont des signaux. Des signaux d’un pouvoir en alerte, conscient que la fin d’un cycle approche et qu’il faut déjà penser à l’après. L’histoire politique française regorge de ces moments où l’État devient un refuge pour les proches, où la frontière entre la fidélité politique et l’intérêt général se brouille dangereusement.
La promesse initiale du macronisme était celle d’un dépassement des vieux réflexes, d’une République plus transparente, plus ouverte, débarrassée des logiques de clans. Or, à mesure que le temps passe, c’est un parfum familier qui revient, celui de la République des copains, où la loyauté personnelle semble parfois peser plus lourd que l’expérience ou la légitimité professionnelle.
Car pendant ce temps, d’autres profils existent, d’une compétence incontestable, d’une expérience rare, et dont la carrière témoigne d’un engagement au service de l’État bien au-delà des cercles du pouvoir.
François Gouyette est de ceux-là. Diplomate chevronné, arabisant formé aux Langues O, fin connaisseur du monde arabe, il a été ambassadeur en Algérie, en Arabie saoudite, en Tunisie, en Libye, aux Émirats arabes unis, et chargé du processus euro-méditerranéen. Un parcours qui incarne la méritocratie républicaine dans ce qu’elle a de plus exigeant : la compétence, la connaissance du terrain, la durée.
Dans une logique purement institutionnelle, son profil apparaissait comme une évidence. Mais l’évidence n’est plus toujours le critère décisif. À sa place, on préfère parfois l’arithmétique politique, le calcul d’appareil, la logique d’entre-soi.
Ce choix dit quelque chose de plus profond qu’une simple nomination, il révèle une conception du pouvoir où la priorité n’est plus seulement de servir l’État, mais de consolider un réseau, de préparer des relais, de sécuriser des positions pour l’avenir.
À force, le risque est immense ― celui d’abîmer la confiance publique. Car lorsque les citoyens ont le sentiment que les institutions deviennent des prolongements d’un camp plutôt que des piliers neutres de la République, c’est la crédibilité même de l’État qui s’érode.
La France n’est évidemment pas une « république bananière ». Mais la comparaison surgit dans le débat public précisément parce que certaines pratiques donnent le sentiment d’un rétrécissement du cercle décisionnel, d’une concentration du pouvoir et d’une confusion entre loyauté politique et intérêt général.
Un pouvoir sûr de lui n’a pas besoin de placer ses proches ; il choisit les meilleurs, même lorsqu’ils ne lui doivent rien. Un pouvoir qui doute, lui, se protège.
Et c’est peut-être cela que racontent ces nominations successives : non pas la sérénité d’un bilan assumé, mais la fébrilité d’un système qui pressent que le temps du jugement approche.
Au fond, la question dépasse les personnes. Elle touche à l’idée que nous nous faisons de l’État ― une maison commune ouverte aux talents, ou un refuge pour fidèles en fin de cycle.
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