Ce sont toujours les vivants qui gagnent

Il y a des peuples qui se lassent. Il y a des peuples qui brûlent. Et il y a l’Iran d’aujourd’hui, qui fait les deux en même temps : lassé jusqu’à l’os, brûlant jusqu’au ciel. Depuis des semaines, les rues vomissent la peur et marchent sur les ruines morales d’un régime qui n’a plus que la religion comme bâton et la répression comme oxygène.

Par Kamel Bencheikh

Publié le 9 janvier 2026

Ce sont toujours les vivants qui gagnent

Les mollahs ont cru tenir l’Histoire par la barbe et par le turban.

Qu’on me comprenne bien : je ne parle pas d’une réforme, d’un rééquilibrage, d’une ouverture ou de ces mots mous dont raffolent les chancelleries et les plateaux de télévision. Je parle d’un peuple qui n’en peut plus du joug théocratique, des sermons qui fouettent, des voiles imposés, des prisons pleines, des vies abîmées dès l’adolescence. Je parle de la fin d’un mensonge.

Les mollahs ont cru tenir l’Histoire par la barbe et par le turban ; ils n’ont jamais compris qu’on ne retient rien avec la barbe ni avec le turban, encore moins un pays entier. Les slogans qui montent ne sont pas des revendications : ce sont des sentences. Ils ne demandent pas le changement, ils l’annoncent.

On me dira : « Attention, la géopolitique est complexe. » Très bien. La douleur d’un peuple aussi est complexe. La rage de femmes qui défilent sans voile au milieu des matraques est complexe. Le courage d’étudiants qui continuent de marcher, même après avoir vu tomber leurs amis, est complexe. Mais il y a une chose simple : quand un régime doit couper Internet, déployer des snipers, remplir des morgues et multiplier les prêches hystériques pour se maintenir, c’est qu’il est déjà à genoux.

Et qu’on ne me parle pas de fatigue internationale, de lassitude médiatique, de diplomatie du silence. On ne se fatigue pas devant un peuple qui crie pour respirer. On se positionne. Je le fais donc ici, sans nuance et sans pudeur : je soutiens entièrement ce soulèvement iranien, pas comme un observateur attendri, mais comme un camarade de colère.

Les peuples ont cette propriété inestimable : ils finissent par révoquer leurs maîtres, qu’ils soient couronnés, bottés ou auréolés de piété. Les Shahs tombent. Les généraux tombent. Les ayatollahs tomberont. Il suffit d’un moment où la rue cesse d’avoir peur et où le régime commence à trembler. Nous y sommes.

Ce qui se joue en Iran n’est pas un débat sur la modernité ou la tradition. C’est une rupture brutale entre un peuple vivant et un système mort. Et ce sont toujours les vivants qui gagnent.

K. B.

La rédaction vous conseille

Envie de lire tous les articles ?

Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.

Abonnement

Débloquez immédiatement tous les articles.

Je m'abonne

Newsletter

Recevez chaque semaine les titres à la Une

Inscrivez-vous
Activer les notifications OK Non