Affaire Samuel Paty : le chapitre judiciaire se referme, le débat politique demeure

Par Kamel Bencheikh

Publié le 4 mars 2026

Affaire Samuel Paty : le chapitre judiciaire se referme, le débat politique demeure

Le crime avait bouleversé le pays. Ce qui a suivi a troublé tout autant.

L’assassinat de Samuel Paty a marqué un point de fracture. Un professeur tué pour avoir enseigné la liberté d’expression, dans le cadre même de sa mission. Le crime avait bouleversé le pays. Ce qui a suivi a troublé tout autant.

Dans les semaines précédant l’attentat, une mécanique de dénonciation s’était mise en place : accusations mensongères, vidéos virales, mise en cause publique. Le nom d’un enseignant livré à la vindicte numérique. Cette séquence n’était pas périphérique ; elle constituait le terreau d’un passage à l’acte. La parole, lorsqu’elle expose et désigne, peut devenir un instrument redoutable.

Les verdicts sont tombés : 15 ans pour Abdelhakim Sefrioui, 10 ans pour Brahim Chnina, 6 ans pour Naïm Boudaoud, 7 ans pour Azim Epsirkhanov.

La justice a tranché selon le droit. Elle a sanctionné des responsabilités établies. Pourtant, au-delà des années prononcées, demeure une interrogation plus large : que vaut, symboliquement, la désignation publique d’un professeur dans un climat d’excitation idéologique ? À quel moment l’agitation militante cesse-t-elle d’être une opinion pour devenir un facteur de mise en danger ?

L’affaire ne se réduit pas à la condamnation de quelques individus. Elle met en lumière une fragilité collective face aux pressions religieuses et aux campagnes d’intimidation. L’école ne peut être un champ d’expérimentation pour ceux qui testent les limites de la République. La liberté d’enseigner ne devrait jamais dépendre du courage solitaire d’un professeur.

Le chapitre judiciaire se referme. Le débat politique, lui, demeure. Car la véritable épreuve pour une démocratie n’est pas seulement de juger après coup, mais de garantir que nul ne puisse être livré à la vindicte pour avoir transmis les principes qui la fondent.

K. B.

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