Michel Onfray, le libéralisme et les Jacobins : de la méconnaissance naît la confusion
Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia
Publié le 5 mai 2026

En plateau, Michel Onfray s’est fait le pourfendeur du libéralisme tout en se revendiquant des Girondins, ce qui est un contresens historique total.
Le 16 avril dernier, David Lisnard et Michel Onfray débattaient notamment du libéralisme, sur le plateau d’Alexandre Devecchio dans son émission Esprits libres pour Le Figaro TV. Le philosophe s’est vautré, comme à l’accoutumée, dans des confusions délétères qui trahissent une inculture crasse sur le plan historique. Des exemples ?
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En plateau, Michel Onfray s’est fait le pourfendeur du libéralisme tout en se revendiquant des Girondins, ce qui est un contresens historique total. En effet, les Girondins furent des partisans de « la liberté absolue de commerce ». Favorables aux thèses physiocratiques, ils démontrèrent une farouche hostilité à l’encontre des mesures sociales, ce qui les poussa, en pleine disette, à faire voter la peine de mort contre ceux qui, dans les départements, exigeraient la régulation des prix des grains (8 décembre 1792).
Les Girondins, particulièrement « centralisateurs » par ailleurs (nous renvoyons à leur projet de Constitution présenté en 1793 par Condorcet), dans leurs discours à la Convention ou leurs organes de presse, ne retinrent pas leurs coups contre ceux qu’ils appelaient, je cite, les « niveleurs » et les « anarchistes », accusés d’être artisans du désordre et du renversement de l’ordre social. Cocasse quand Monsieur Onfray se revendique anarchiste…
Au cours du débat, il explique que le droit naturel n’existe pas, que le droit est par nature contractuel, or, non seulement ce dernier point est discutable, du moins cela n’engage pas nécessairement qu’il fût équitable (en tout cas nous découvrons qu’Onfray est un rousseauiste qui s’ignore), mais en plus le principe de droit naturel, dont les racines remontent au moins au Moyen Âge européen, court absolument tout le XVIIIe siècle ! Il suffit de faire ce que Michel Onfray n’a pas fait, en l’occurrence étudier les philosophes des Lumières, au hasard Jaucourt ou Mably, pour en prendre la mesure.
Proudhon: « Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer. »
Le droit naturel, c’est celui que l’Homme détient de la nature, de vivre libre, droit et liberté violés par le processus inéquitable que l’intellectuel appelle « contrat ». C’est ce droit naturel qui fonda notamment les théories abolitionnistes ou qui, pendant toute la Révolution française, fut brandi pour appeler la réalisation des principes démocratiques et sociaux dont on ne peut pas dire que les Girondins furent des champions.
Passons sur sa méconnaissance de la conviction jacobine considérant que la base et le cœur du pouvoir sont la commune (pour cela eût-il fallu qu’il se plongeât dans l’étude des clubs Jacobins), passons sur l’élément essentiel qui lui échappe : la centralisation de l’État et de son appareil, ce n’est pas la Révolution française mais Napoléon.
En revanche, Monsieur Onfray s’est livré à exposer les mérites de « l’anarchie positive » de Proudhon. Nonobstant, dans cet exposé théorique qui manquait cruellement d’ancrage dans les faits, Michel Onfray omit d’évoquer l’antisémitisme structurel de la pensée proudhonienne, son mentor ayant par exemple écrit : « Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer. » Manque de rigueur intellectuelle ou d’une forme de malhonnêteté ?
Michel Onfray est à la philosophie ce qu’Aya Nakamura est à la chanson…
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