19 mars : ce que Toulouse nous oblige à voir

Par Kamel Bencheikh

Publié le 19 mars 2026

Se souvenir du 19 mars 2012 ne relève pas seulement de l’hommage. C’est un acte civique.

Le 19 mars est, en France, une date chargée d’histoire. Elle renvoie d’abord à 1962, lorsque Charles de Gaulle annonce le cessez-le-feu en Algérie, mettant fin à une guerre longue et meurtrière. Une date censée refermer un cycle de violence et ouvrir une perspective de réconciliation.

Mais depuis 2012, le 19 mars porte une autre mémoire, plus récente, plus intime, plus tragique. Ce jour-là, à Toulouse, à l’école juive Ozar Hatorah, un terroriste islamiste assassine quatre personnes : le rabbin Jonathan Sandler et ses deux enfants, Gabriel et Arié, ainsi que Myriam Monsonégo, âgée de huit ans. L’attaque vise explicitement des enfants juifs. Elle s’inscrit dans une logique idéologique et non dans un acte isolé ou irrationnel.

Quatorze ans après, cet événement doit continuer d’être analysé pour ce qu’il est : un acte terroriste relevant d’un projet politique structuré, celui de l’islamisme. Ce projet ne se limite pas à la violence armée ; il vise plus largement à remettre en cause les principes fondamentaux de la société française, au premier rang desquels la laïcité.

Il est essentiel de rappeler que la laïcité, telle qu’elle est définie par la loi de 1905, ne constitue pas une opinion parmi d’autres, mais un cadre juridique et politique garantissant la liberté de conscience et l’égalité entre les citoyens. Elle implique la neutralité de l’État et protège à la fois la liberté religieuse et la liberté de ne pas croire.

Les attaques terroristes islamistes, comme celle de Toulouse, s’opposent frontalement à ce cadre. Elles ciblent non seulement des individus, mais aussi ce qu’ils représentent : une société fondée sur la primauté du droit, de la raison et de l’égalité.

Dans ce contexte, plusieurs écueils doivent être évités.

Le premier consiste à minimiser la dimension idéologique de ces actes, en les réduisant à des dérives individuelles ou à des facteurs exclusivement sociaux. Une telle approche empêche de comprendre les logiques à l’œuvre et, par conséquent, de s’y opposer efficacement.

Le second consiste à fragmenter la réponse, en dissociant la lutte contre le terrorisme de la défense des principes républicains. Or les deux sont indissociables : la réponse sécuritaire ne peut suffire sans une affirmation claire des valeurs qui structurent l’espace public.

Enfin, le troisième écueil réside dans la tentation du renoncement progressif, par accommodements successifs. L’histoire montre que les reculs, même marginaux, peuvent être interprétés comme des signes de faiblesse par ceux qui contestent le cadre républicain.

La mémoire du 19 mars 2012 impose donc une exigence de lucidité. Elle invite à nommer clairement les phénomènes en cause, à en analyser les ressorts et à en tirer les conséquences politiques.

Elle impose également une exigence de cohérence : la défense de la laïcité ne peut être à géométrie variable. Elle suppose une application rigoureuse et constante des principes qui fondent la République.

Enfin, elle appelle à une vigilance durable. Le terrorisme islamiste ne disparaît pas avec le temps ; il évolue, se transforme, et peut resurgir sous des formes différentes. La réponse doit donc s’inscrire dans la durée.

Se souvenir du 19 mars 2012 ne relève pas seulement de l’hommage. C’est un acte civique. C’est rappeler que la protection des libertés fondamentales exige une attention constante, une clarté intellectuelle et une volonté politique.

C’est, en définitive, refuser que de tels événements puissent être relégués au rang de faits divers ou absorbés par l’oubli.

K. B.

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