Charlie : le crime, puis la lâcheté

Par Kamel Bencheikh

Publié le 7 janvier 2026

Charlie : le crime, puis la lâcheté

Se souvenir du 7 janvier, ce n’est pas déposer une gerbe une fois par an.

Le 7 janvier 2015 n’est pas une date du passé. C’est une blessure ouverte dans le corps de la République, une balafre que certains voudraient refermer trop vite, recouvrir de discours mous, de prudences honteuses et d’amnésies organisées. Ce jour-là, on n’a pas seulement assassiné des hommes et des femmes. On a tenté d’exécuter une idée : la liberté de rire, de blasphémer, de penser sans demander la permission. On a voulu faire taire des crayons parce qu’ils refusaient de plier devant la terreur sacrée.

Je pense à Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, à Elsa Cayat, à tous les autres. Je pense à leur courage tranquille, à cette insolence joyeuse qui n’était ni haine ni provocation gratuite, mais un amour profond de la liberté française, de son esprit frondeur, de son refus de l’intimidation. Ils n’étaient pas des héros au sens guerrier du terme. Ils étaient pire, pour les fanatiques : des hommes et des femmes libres.

Ce qui met en colère, onze ans après, ce n’est pas seulement le crime. C’est ce qui a suivi. Les contorsions, les “oui mais”, les lâchetés travesties en subtilité. La lente trahison de l’esprit du 11 janvier, quand une partie de la gauche et du monde intellectuel a commencé à expliquer, relativiser, contextualiser jusqu’à dissoudre l’évidence : on a tué parce que des dessinateurs refusaient de se soumettre à un dogme religieux. Point. Tout le reste n’est que fuite.

Et pourtant, malgré la colère, il reste l’empathie. Pour les familles, pour les survivants, pour tous ceux qui, depuis, vivent sous protection policière ou sous menace permanente parce qu’ils continuent d’enseigner, d’écrire, de dessiner, de parler. Charlie n’était pas un journal parfait. Il était mieux que cela : il était vivant. Et c’est précisément ce que les assassins voulaient détruire.

Se souvenir du 7 janvier, ce n’est pas déposer une gerbe une fois par an. C’est refuser de céder un millimètre à ceux qui veulent substituer la peur à la loi, la foi à la liberté, l’identité à l’universel. C’est comprendre que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres, mais la condition même de notre coexistence. Charlie, ce n’est pas un slogan. C’est une ligne de fracture. Et sur cette ligne, il faut choisir son camp.

K. B.

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