Boualem Sansal n’est redevable à personne
Depuis quelques jours, une querelle artificielle agite le petit monde éditorial : Boualem Sansal a quitté Gallimard pour rejoindre les éditions Grasset. Gallimard dit sa surprise, évoque sa déception et laisse planer l’idée d’une ingratitude de l’écrivain. Le procès est commode. Il est surtout malvenu.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 13 mars 2026

Boualem Sansal sort d’une période où il a payé très cher sa liberté de parole. Son honneur, lui, n’a jamais été en cause.
Car pour ceux qui ont accompagné Boualem Sansal durant les mois les plus éprouvants de sa vie récente, ce départ n’a rien d’un mystère. Il apparaît même comme une conséquence presque logique.
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Lorsque l’écrivain était incarcéré en Algérie pour ses prises de position, on attendait de son éditeur historique un engagement à la hauteur de l’enjeu : clair, constant, visible. Ce que l’on a vu fut tout autre chose. Une prudence extrême, un soutien discret, parfois à peine audible. Là où un écrivain emprisonné appelait une mobilisation forte, on a surtout perçu une retenue embarrassée.
Depuis quelques jours, une querelle artificielle agite le petit monde éditorial : Boualem Sansal a quitté Gallimard pour rejoindre les éditions Grasset. Gallimard dit sa surprise, évoque sa déception et laisse planer l’idée d’une ingratitude de l’écrivain. Le procès est commode. Il est surtout malvenu.
Car pour ceux qui ont accompagné Boualem Sansal durant les mois les plus éprouvants de sa vie récente, ce départ n’a rien d’un mystère. Il apparaît même comme une conséquence presque logique.
Lorsque l’écrivain était incarcéré en Algérie pour ses prises de position, on attendait de son éditeur historique un engagement à la hauteur de l’enjeu : clair, constant, visible. Ce que l’on a vu fut tout autre chose. Une prudence extrême, un soutien discret, parfois à peine audible. Là où un écrivain emprisonné appelait une mobilisation forte, on a surtout perçu une retenue embarrassée.
L’épisode du Salon du livre d’Alger restera comme l’un des plus révélateurs. Tandis que Boualem Sansal subissait l’épreuve de la détention, son éditeur se lamentait publiquement d’avoir été privé de ce rendez-vous littéraire. L’indécence de ce contraste a frappé bien des observateurs : d’un côté un écrivain privé de liberté, de l’autre l’amertume d’une réception manquée.
On pourrait prolonger la liste. Mais l’essentiel est déjà là.
Dans ces conditions, transformer aujourd’hui le choix éditorial de Boualem Sansal en affaire d’ingratitude relève d’une polémique inutile et d’une mémoire sélective. L’écrivain n’a trahi personne. Il a simplement tourné la page d’une relation qui, au moment le plus critique, n’a pas toujours été à la hauteur de l’épreuve.
Boualem Sansal sort d’une période où il a payé très cher sa liberté de parole. Son honneur, lui, n’a jamais été en cause. Ceux qui l’ont soutenu dans ces moments difficiles le savent : s’il y a une chose qu’il n’a jamais perdue, c’est sa dignité.
Et c’est précisément pour cela qu’aujourd’hui, bien des voix refusent que l’on salisse son choix sous le prétexte commode de l’ingratitude.
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