Samuel Paty et Dominique Bernard : combattre le fanatisme religieux pour défendre la République et la liberté d’expression

En tant que responsable religieux musulman, je considère qu’il est de notre devoir de regarder cette réalité en face, sans détourner le regard et sans chercher à minimiser la gravité de ces actes. Nous devons avoir le courage de dénoncer clairement l’islamisme radical, le djihadisme et toutes les formes de fanatisme qui prétendent justifier la violence au nom de Dieu.

Par Sheikh Mahammad Mehdizade

Publié le 16 octobre 2026

Samuel Paty et Dominique Bernard : combattre le fanatisme religieux pour défendre la République et la liberté d’expression

"En rendant hommage à Samuel Paty et à Dominique Bernard, nous devons nous souvenir de leur engagement au service de l’éducation et des générations futures."

Il n’y a pas si longtemps, des événements tragiques ont profondément marqué notre pays et notre société. Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, assassiné le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, et Dominique Bernard, professeur de lettres, assassiné le 13 octobre 2023 à Arras, ont été victimes du terrorisme djihadiste. Deux enseignants, deux vies brutalement arrachées, deux tragédies qui nous rappellent que le fanatisme religieux peut devenir une menace directe pour notre société, nos libertés et notre avenir commun.

En tant que responsable religieux musulman, je considère qu’il est de notre devoir de regarder cette réalité en face, sans détourner le regard et sans chercher à minimiser la gravité de ces actes. Nous devons avoir le courage de dénoncer clairement l’islamisme radical, le djihadisme et toutes les formes de fanatisme qui prétendent justifier la violence au nom de Dieu.

Aucun être humain ne devrait être menacé ou assassiné au nom d’une religion. Aucune conviction religieuse ne peut justifier le meurtre d’un enseignant

Quand la religion est utilisée comme une arme

Dans le cas de Samuel Paty, son assassin l’a pris pour cible après une controverse liée à un cours sur la liberté d’expression et aux caricatures de Mahomet. Dans celui de Dominique Bernard, l’assaillant était un individu radicalisé qui a revendiqué son attaque au nom de l’organisation État islamique.

Ces deux assassinats sont différents dans leur contexte, mais ils révèlent une même réalité : des individus radicalisés ont considéré que leur idéologie pouvait se placer au-dessus de la vie humaine, des lois et des principes fondamentaux de notre société.

Le problème ne réside pas dans le fait d’avoir une foi, de pratiquer une religion ou de défendre ses convictions. La liberté religieuse est un droit fondamental. Le problème commence lorsque certains prétendent imposer leurs interprétations religieuses par l’intimidation, la haine ou la violence.

En utilisant le nom de l’islam pour justifier leurs crimes, ces terroristes portent également atteinte aux millions de musulmans qui vivent en France, qui respectent les lois de la République et qui souhaitent construire leur avenir dans la paix. Leurs actes contribuent à nourrir les amalgames, les discriminations et les actes antimusulmans. Ils font ainsi du tort aux musulmans eux-mêmes, tout en attaquant les fondements de notre société.

Nous devons donc refuser deux erreurs : laisser les extrémistes parler au nom de tous les musulmans et, à l’inverse, renoncer à dénoncer les idéologies qui alimentent réellement le terrorisme.

Samuel Paty et Dominique Bernard : combattre le fanatisme religieux pour défendre la République et la liberté d’expression

Un enseignant ne transmet pas seulement des connaissances. Il aide les jeunes à comprendre le monde, à développer leur esprit critique, à apprendre à argumenter et à devenir des citoyens libres et responsables.

L’école républicaine est un lieu où les élèves peuvent apprendre à connaître les religions, l’histoire, les idées et les différentes convictions, tout en comprenant que personne ne peut imposer ses croyances aux autres par la force.

C’est précisément pourquoi la liberté d’expression, la laïcité et l’indépendance de l’enseignement sont si importantes. Elles permettent à chacun de croire ou de ne pas croire, depratiquer sa religion ou de ne pas en avoir, sans subir de menaces.

Lorsque Samuel Paty a été assassiné, ce n’est pas seulement un professeur qui a perdu la vie. Lorsque Dominique Bernard a été tué, ce n’est pas seulement un enseignant qui a été frappé. Ces crimes ont également visé les principes qui permettent à notre société de vivre ensemble : la liberté, l’égalité devant la loi, la liberté de conscience et le droit de transmettre des connaissances sans intimidation.

La République française doit protéger ses enseignants, ses élèves et tous ceux qui défendent ces principes. Mais cette responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les institutions : elle nous concerne tous.

En tant que responsable religieux, je refuse le silence face au fanatisme

Pour nous, responsables religieux, cette responsabilité est particulièrement importante. Nous ne pouvons pas nous contenter de condamner le terrorisme après chaque attentat. Nous devons également agir en amont, en combattant les discours de haine, les interprétations extrémistes et les formes de radicalisation qui peuvent conduire certains individus à considérer la violence comme une obligation religieuse.

Il ne suffit pas de dire que les terroristes ne représentent pas l’islam. Nous devons aussi expliquer pourquoi leurs actes et leur idéologie sont incompatibles avec le respect de la vie humaine, la responsabilité morale et la coexistence pacifique.

La religion ne doit jamais devenir un instrument de domination politique, de haine ou de destruction. Elle doit contribuer à la dignité humaine, à la justice, à la solidarité et à la paix.

En tant que musulman et responsable religieux, je refuse que le nom de l’islam soit utilisé pour justifier l’assassinat d’un professeur, menacer des citoyens ou remettre en cause la liberté de conscience. Défendre les musulmans contre les amalgames implique également de combattre sans ambiguïté ceux qui instrumentalisent notre religion pour diffuser le fanatisme.

Notre engagement doit être cohérent : condamner le terrorisme, défendre les victimes, protéger les libertés et lutter contre toutes les formes de haine, y compris les actes antimusulmans et l’antisémitisme.

Un combat qui concerne chacun d’entre nous

Combattre l’islamisme, le radicalisme et le fanatisme religieux n’est pas uniquement la mission des imams, des théologiens ou des responsables religieux. C’est une responsabilité collective qui concerne les familles, les enseignants, les associations, les institutions publiques et chaque citoyen.

Les parents doivent pouvoir transmettre à leurs enfants le respect des autres. Les enseignants doivent pouvoir exercer leur métier sans craindre pour leur vie. Les responsables religieux doivent avoir le courage de dénoncer les dérives extrémistes, même lorsque cette démarche est difficile. Les citoyens doivent pouvoir défendre leurs convictions sans être menacés ou réduits au silence.

Nous devons également comprendre que la lutte contre le terrorisme ne peut pas se limiter à la sécurité et à la répression. Elle nécessite une véritable bataille des idées, une éducation au discernement et un engagement constant en faveur de la liberté, du respect et de la responsabilité.

Chaque fois que nous refusons la haine, que nous dénonçons une tentative de radicalisation et que nous défendons la liberté d’un autre citoyen, nous contribuons à protéger notre société.

Ne jamais oublier, ne jamais renoncer

En rendant hommage à Samuel Paty et à Dominique Bernard, nous devons nous souvenir de leur engagement au service de l’éducation et des générations futures. Nous devons également penser à leurs familles, à leurs proches, à leurs collègues et à tous ceux qui continuent à exercer leur métier dans les établissements scolaires.

Leur mémoire ne doit pas être limitée à une cérémonie ou à une publication annuelle. Elle doit nous encourager à agir concrètement, à protéger l’école et à défendre les principes qui permettent à des personnes de convictions différentes de vivre ensemble.

Ces tragédies ne doivent pas nous conduire à la peur, au repli ou à la division. Elles doivent renforcer notre détermination à défendre la liberté d’expression, la laïcité et les valeurs républicaines.

Notre combat contre le fanatisme religieux ne doit jamais s’arrêter. Nous devons le poursuivre avec courage, détermination et responsabilité, sans céder à la haine et sans abandonner nos principes.

N’oublions jamais Samuel Paty. N’oublions jamais Dominique Bernard. Défendons notre école, protégeons nos libertés et faisons en sorte qu’aucun enseignant ne soit plus jamais assassiné pour avoir exercé son métier.

Parce que défendre la liberté, c’est aussi refuser que la peur et le fanatisme décident à notre place de ce que nous avons le droit d’enseigner, de penser et de dire.

S. M. M.

(*) Directeur Européen du Conseil mondial des Imams

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