7-Octobre : une tragédie pour Israël, une honte pour l’islam et un révélateur des dérives de l’islamisme

Le 7-Octobre 2023 restera dans l’histoire comme l’une des journées les plus tragiques de l’histoire récente, après la Shoah. L’attaque menée contre des civils israéliens par l'Hamas et d’autres groupes armés, accompagnée de massacres, d’enlèvements et d’actes d’une extrême violence, ne peut être considérée comme un simple épisode militaire. Elle constitue également, à mes yeux, une profonde tragédie pour les musulmans et une honte lorsqu’elle est commise ou justifiée au nom de l’islam.

Par Sheikh Mahammad Mehdizade (*)

Publié le 7 octobre 2026

C’est pourquoi le 7-Octobre soulève une question religieuse fondamentale : comment peut-on massacrer des civils, tuer des familles, enlever des personnes et prétendre ensuite que ces actes constituent une expression de l’islam ?

Je considère qu’il est essentiel de le dire clairement : le terrorisme, le massacre de civils et la haine des Juifs ne peuvent jamais être présentés comme des expressions authentiques de notre religion. L’islam ne peut pas être réduit aux actes de ceux qui utilisent son vocabulaire, ses symboles et certains concepts religieux pour légitimer un projet politique et idéologique.

Cette distinction est d’autant plus importante que beaucoup de personnes, en dehors du monde musulman, connaissent encore insuffisamment la tradition islamique, sa jurisprudence et son histoire. Cette méconnaissance peut conduire à une confusion particulièrement dangereuse entre l’islam en tant que religion et l’islamisme en tant que projet politique, puis entre l’islamisme et ses formes les plus radicales : l’extrémisme, le fanatisme et, finalement, le terrorisme.

Après le 7-Octobre, cette confusion s’est encore aggravée. Lorsque des terroristes proclament un « djihad » contre Israël et prétendent justifier leurs actes par notre noble religion, ce sont aussi les musulmans ordinaires qui en subissent les conséquences. Le regard porté sur les musulmans dans de nombreuses sociétés a été profondément affecté par cette instrumentalisation de l’islam. Une fois encore, ceux qui prétendent parler au nom de l’islam ont contribué à faire porter aux autres musulmans le poids de leurs propres crimes.

Le djihad ne peut pas être une justification du massacre

En tant que spécialiste de la jurisprudence islamique, une question m’a toujours profondément interpellé : comment certains mouvements peuvent-ils justifier religieusement des attaques offensives, des massacres de civils et des actes terroristes en invoquant le concept de djihad.

Dans la tradition juridique islamique, le djihad n’est pas un permis général de tuer ni un instrument permettant à un groupe politique de déclarer arbitrairement la guerre à qui il veut. Les questions de guerre, de défense, d’autorité, de proportionnalité et de protection des non-combattants ont fait l’objet d’une jurisprudence complexe et ancienne.

La protection des innocents et l’interdiction de l’agression constituent précisément des principes que l’on ne peut pas effacer simplement en prononçant le mot « djihad».

C’est pourquoi le 7-Octobre soulève une question religieuse fondamentale : comment peut-on massacrer des civils, tuer des familles, enlever des personnes et prétendre ensuite que ces actes constituent une expression de l’islam ?

Pour moi, la réponse est claire : on ne peut pas.

La question iranienne

Une autre question demeure particulièrement troublante : le rôle du régime iranien dans le soutien aux organisations armées qui se réclament de cette confrontation.

Cette contradiction mérite d’être examinée sérieusement, y compris par les musulmans eux-mêmes.

Le régime de la République islamique d’Iran se présente comme un régime fondé sur l’islam chiite et sur une conception particulière de la jurisprudence islamique. Or, dans la tradition juridique chiite, la question du djihad offensif est loin d’être aussi simple que certains discours politiques contemporains pourraient le laisser croire. Historiquement, une distinction importante existe entre le djihad défensif, lorsqu’une communauté est attaquée, et le djihad offensif, dont les conditions juridiques sont beaucoup plus restrictives et controversées.

C’est précisément cette contradiction qui m’interroge : comment un régime qui affirme agir au nom de la jurisprudence islamique peut-il soutenir des mouvements armés opérant au-delà de ses frontières et participant à des conflits régionaux qui ne relèvent pas simplement de la défense immédiate du territoire iranien ?

La même interrogation se pose concernant le Hezbollah et les Houthis : sur quelle base religieuse et juridique des organisations non étatiques peuvent-elles décider elles-mêmes quand une guerre est religieusement légitime, qui doit être combattu et au nom de quelle autorité ?

Ces questions ne sont pas seulement politiques. Elles sont aussi théologiques et juridiques.

L’existence des Juifs et d’Israël

Le 7-Octobre a également rappelé une réalité que certains refusent encore de regarder en face : les Juifs existent, ils ont une histoire, une mémoire, une tradition religieuse, et Israël existe.

Pour un musulman, notre livre sacré, le Coran, nous renseigne également sur les Juifs et sur Israël. Cette réalité apparaît dans plusieurs passages du Coran. Alors, comment peut-on avoir une telle ignorance envers l’existence d’Israël et des Juifs sur cette terre, alors que notre propre livre sacré nous parle de leur histoire et de leur présence ?

Comment peut-on, au nom de l’islam, nier cette réalité ou considérer que l’existence des Juifs et d’Israël serait étrangère à notre propre tradition religieuse ?

Le problème commence lorsque la haine politique ou idéologique se transforme en haine religieuse, lorsque les Juifs sont collectivement rendus responsables d’une situation politique, ou lorsque l’existence même d’Israël devient une justification pour tuer des civils.

L’islam ne peut pas être utilisé pour transformer la haine des Juifs en principe religieux.

Une honte qui doit devenir une occasion de réflexion

Je dis donc sans ambiguïté que le 7-Octobre a été une catastrophe pour les victimes israéliennes, mais également une catastrophe morale pour tous ceux qui ont vu l’islam utilisé pour justifier ces crimes.

En tant que musulman et spécialiste de la jurisprudence islamique, je refuse que les terroristes parlent au nom de ma religion.

Je refuse également que l’on confonde les musulmans avec les islamistes, l’islam avec l’islamisme, ou la foi avec le fanatisme politique.

Mais cette clarification doit aussi venir de l’intérieur du monde musulman. Nous devons avoir le courage de reconnaître nos propres contradictions, d’interroger ceux qui utilisent les concepts religieux à des fins politiques et de rappeler que la défense de l’islam ne consiste pas à défendre ceux qui commettent des crimes en son nom.

Le véritable défi est désormais de reconstruire un discours musulman capable de condamner clairement l’antisémitisme, de reconnaître la dignité des Juifs et des chrétiens, de défendre les civils quelles que soient leur nationalité ou leur religion, et de distinguer la foi religieuse des projets idéologiques qui cherchent à s’en emparer.

Le 7 octobre ne doit donc pas seulement être une date de mémoire.

Il doit aussi être une date de réflexion pour les musulmans : que signifie réellement le djihad dans notre tradition ? Qui a le droit de déclarer une guerre ? Quelle est la place de la vie humaine dans notre jurisprudence ? Et surtout, jusqu’où pouvons-nous laisser des mouvements politiques instrumentaliser notre religion avant de leur dire : vous ne parlez pas en notre nom ?

C’est à cette responsabilité intellectuelle, religieuse et morale que nous devons désormais faire face.

Défendre l’islam ne signifie pas défendre ceux qui utilisent son nom pour tuer. Défendre l’islam, c’est aussi avoir le courage de défendre notre religion contre ceux qui cherchent à la transformer en instrument de haine, de fanatisme et de terrorisme.

S. M. M.

(*) Directeur Européen du Conseil mondial des Imams

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