La haine encouragée sur les médias algériens

Par Kamel Bencheikh

Publié le 22 juin 2026

La haine encouragée sur les médias algériens

Après une lourde défaite face à l’Argentine, la télévision publique algérienne laisse un commentateur déverser un antisémitisme d’une obscénité révoltante.

À la suite d’une lourde défaite infligée par l’Argentine à l’équipe algérienne sur le score de 3 à 0, la télévision publique algérienne a offert un spectacle d’une tout autre nature. Sur une chaîne relevant directement de la sphère étatique, un commentateur sportif a cru bon d’expliquer cet échec en recourant à l’un des plus anciens ressorts de la haine : l’antisémitisme. Selon ses propos, Lionel Messi bénéficierait d’un traitement de faveur parce qu’il serait soutenu par un supposé « lobby juif », allant jusqu’à affirmer que « les Juifs contrôlent le monde ».

De telles déclarations ne relèvent pas d’un simple dérapage individuel. Elles témoignent d’un climat intellectuel où les théories complotistes tiennent lieu d’explication et où la désignation de boucs émissaires remplace l’analyse des faits. Lorsque l’on refuse d’interroger ses propres faiblesses, il devient tentant de chercher ailleurs les causes de ses revers, dans des forces occultes, des ennemis imaginaires ou des complots universels.

Cette mécanique est connue. Elle consiste à détourner l’attention des difficultés réelles en alimentant les passions les plus irrationnelles. Au lieu de favoriser l’esprit critique, la responsabilité et l’examen lucide des problèmes, elle entretient le ressentiment et la suspicion. Les nations qui progressent sont celles qui acceptent de regarder leurs insuffisances en face, non celles qui attribuent systématiquement leurs échecs à des conspirations fantasmées.

L’affaire est d’autant plus préoccupante qu’elle s’est produite sur un média public. Elle révèle moins une polémique passagère qu’un malaise plus profond : l’installation d’un discours où la haine sert de substitut à la réflexion et où le complotisme devient une grille de lecture du monde. Une société qui banalise de tels propos ne se contente pas de s’éloigner de la vérité ; elle fragilise également les fondements moraux et civiques nécessaires à son propre avenir.

Ce qui s’est exprimé ce jour-là n’est donc pas seulement choquant. C’est le signe d’une crise intellectuelle et politique dont les manifestations deviennent de plus en plus difficiles à ignorer.

K. B.

La rédaction vous conseille

Envie de lire tous les articles ?

Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.

Abonnement

Débloquez immédiatement tous les articles.

Je m'abonne

Newsletter

Recevez chaque semaine les titres à la Une

Inscrivez-vous
Activer les notifications OK Non