Christophe Gleizes, un an de trop !
Il y a un an, presque jour pour jour, un journaliste entrait dans une prison algérienne. Il ne portait ni arme, ni bombe, ni projet de déstabilisation. Il portait un carnet, un stylo, une curiosité professionnelle et cette irrépressible envie de raconter le réel. Depuis un an, Christophe Gleizes est privé de sa liberté.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 29 juin 2026

Nous l'avons fait pour Boualem Sansal. Nous continuerons de le faire pour tous ceux que l'on enferme parce qu'ils pensent, enquêtent ou écrivent.
Un an. Trois cent soixante-cinq jours. Une éternité lorsque chaque matin ressemble à la veille et que l’horizon se résume à des barreaux.
Son crime ? Faire son métier.
Il est des régimes qui craignent davantage une phrase qu’une kalachnikov. Et pendant ce temps, les islamistes qui ont sévi durant la décennie noire n’ont jamais été jugé. Le régime algérien sait qu’un journaliste libre, un écrivain libre, un intellectuel libre représentent un danger autrement plus grand que toutes les armées. Les armes tuent des hommes. Les mots fissurent les mensonges.
À découvrir
Nous venons à peine de retrouver Boualem Sansal. Pendant des mois, nous avons multiplié les tribunes, les pétitions, les interventions médiatiques, les appels aux gouvernements. Nous avons refusé que son nom disparaisse sous le silence. Parce que le silence est toujours le premier allié des geôliers.
Et voilà qu’aujourd’hui un autre nom réclame la même vigilance.
Christophe Gleizes.
L’émotion médiatique est une matière étrange. Elle s’enflamme, puis s’éteint. Elle passe d’un drame à l’autre avec une rapidité déconcertante. Les prisonniers, eux, restent enfermés lorsque les caméras sont déjà parties ailleurs.
C’est précisément à cet instant que notre responsabilité commence.
Parce que la liberté ne se défend pas selon la notoriété des victimes. Elle ne se mesure ni au nombre de livres vendus, ni au prestige d’un prix littéraire, ni au nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux. Elle est un principe. Et un principe cesse d’en être un dès lors qu’il devient sélectif.
Aujourd’hui, Christophe Gleizes paie le prix d’un pouvoir qui redoute le regard extérieur. Comme tant d’autres journalistes, militants, avocats, écrivains et prisonniers d’opinion algériens, il est pris dans une mécanique où l’arbitraire tient lieu de droit.
Chaque détention injuste envoie le même message : taisez-vous !
Notre réponse doit être exactement inverse. Parlons. Parlons plus fort encore. Écrivons davantage. Répétons son nom jusqu’à ce qu’il devienne impossible de l’ignorer.
Nous l’avons fait pour Boualem Sansal. Nous continuerons de le faire pour tous ceux que l’on enferme parce qu’ils pensent, enquêtent ou écrivent.
Une prison n’efface pas une vérité.
Elle ne fait que révéler la peur de ceux qui l’ont construite.
À ceux qui détiennent Christophe Gleizes depuis maintenant un an, nous adressons une certitude : on peut emprisonner un homme, jamais durablement ce qu’il représente.
Et à Christophe Gleizes, nous voulons dire ceci : nous ne t’oublions pas.
L’oubli est la victoire des geôliers.
Notre mémoire sera leur défaite.
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