Brutal. Glaçant.

Christophe Gleizes, l’otage du régime algérien !

Le verdict est tombé. Brutal. Glaçant. Sept ans de prison ferme pour Christophe Gleizes, journaliste sportif français, condamné en appel par une justice algérienne aux ordres d’un pouvoir politique totalement fou. Au sens premier du terme. Une sentence déconcertante, au terme d’un procès qui n’avait d’autre vocation que celle d’envoyer un signal politique à la France. Car au-delà de la façade judiciaire, cette affaire repose sur des fondements aussi fallacieux que flous.

Par Mohamed Sifaoui

Publié le 4 décembre 2025

Christophe Gleizes, l’otage du régime algérien !

Christophe Gleizes est un otage politique, et le régime algérien ne s’en cache même plus.

Il ne s’agit pas ici d’une erreur judiciaire isolée, mais d’un mouvement calculé. Le régime de Tebboune, constamment sur la défensive, se vivant comme une citadelle assiégée, a pris la fâcheuse habitude de transformer un ressortissant étranger en levier diplomatique. Et quand cet étranger est français, l’effet de message est d’autant plus fort. La libération de l’écrivain Boualem Sansal, mi-novembre, avait un temps fait croire à une ouverture possible. Mais la condamnation de Gleizes a brutalement refermé cette parenthèse.

Alors que la diplomatie française tente, comme souvent, de rationaliser l’irrationnel, force est de constater que le pouvoir algérien évolue selon une logique propre, imperméable aux outils classiques d’analyse politique. L’affaire Gleizes est tout sauf judiciaire. La décision a été prise au plus haut sommet de l’État, entre Abdelmadjid Tebboune et son directeur de cabinet, Boualem Boualem. Ce dernier, dont le rôle va bien au-delà de la fonction administrative, orchestre la communication entre la présidence et les juges.

La première faute de la France est d’accepter cette mascarade, de prétendre qu’il s’agit d’une procédure judiciaire classique. Aujourd’hui, il faut avoir le courage de le dire et d’assumer cette réalité sans ambages : Christophe Gleizes est un otage politique, et le régime algérien ne s’en cache même plus.
Les charges retenues contre lui relèvent du répertoire habituel de la justice d’exception : « atteinte à la sécurité de l’État », « apologie du terrorisme ».

Des accusations assez floues pour permettre toutes les dérives, et assez graves pour justifier l’enfermement arbitraire. Cette peine de sept ans pour un journaliste, dans un pays où la presse est une espèce en voie d’extinction, est une nouvelle manifestation de la dérive autoritaire.

Christophe Gleizes n’est pas un cas isolé. Il est devenu une variable d’ajustement

Tout ceci survient dans un climat de frustration politique à Alger. Le pouvoir estime que Paris lui manque de considération, que l’époque des indulgences inconditionnelles est révolue. Tebboune, affaibli par des troubles cognitifs évidents, prend des décisions contradictoires d’un jour à l’autre : le matin, il tend la main à la France ; le soir, il la désigne à nouveau comme ennemie héritée de l’Histoire. L’autocrate multiplie les signaux antagonistes et se perd dans des injonctions contradictoires.

La France, pour sa part, continue à opérer comme si elle avait en face un pouvoir stable, rationnel, sérieux et logique Pourtant, de l’avis même de nombreux diplomates, la situation est connue : tant que Tebboune est aux commandes, aucun dégagement constructif ne pourra voir le jour. Mais dire cette vérité publiquement semble encore tabou.

La condamnation de Gleizes permet à Alger d’envoyer plusieurs messages : rappeler à la France qu’elle reste vulnérable ; flatter un sentiment anti-français en interne ; et préparer un éventuel troc politique sous forme de grâce présidentielle. La question de la libération de Sansal, à cet égard, s’inscrit dans une dynamique trompeuse. Il ne s’agissait pas d’un dégel sincère mais d’une opération d’image : desserrer temporairement la pression sans rien céder de l’essentiel, c’est-à-dire le contrôle absolu du discours et des institutions.

Le revirement opéré avec la condamnation de Gleizes répond à une stratégie bien rodée. L’Algérie alterne signes d’ouverture et gestes d’hostilité pour rappeler que toute amélioration des relations bilatérales doit se faire à ses seules conditions. Ce comportement révèle une insécurité profonde, masquée par une posture intransigeante.

Tout est soumis aux humeurs d’un pouvoir vieillissant, imprévisible, et de plus en plus isolé

Christophe Gleizes n’est pas un cas isolé. Il est devenu une variable d’ajustement, un pion dans une partie qui dépasse sa propre personne. Libérer un écrivain pour faire bonne figure, puis frapper un journaliste pour rétablir l’équilibre : le message est cohérent, au regard de la mécanique local. Demain ce sera un autre jour et, avec Tebboune, ce sera aussi une autre histoire. Avec cet autocrate, la France est engagée désormais à jouer à un quiz permanent où les réponses, même lorsqu’elles sont justes, peuvent devenir fausses.

Le fond du conflit, c’est aussi une affaire plus lourde : la justice française est saisie d’une affaire d’enlèvement et de tentative d’assassinat visant un opposant algérien sur le sol français. Plusieurs officiers algériens sont dans le collimateur. Pour Tebboune, cette procédure est un poison. Il en espère l’extinction, mais la France ne peut ni ne doit satisfaire une telle demande. Et pour cause, sa justice est indépendante. Réalité que le régime algérien refuse d’entendre.

En interne, le pouvoir cherche à réassurer sa base. Gracier Sansal a été perçu comme une faiblesse. Il fallait rétablir l’ordre symbolique par une sanction spectaculaire. Gleizes paie pour cela.
Face à une telle situation, la diplomatie française ferait bien de revoir ses certitudes. L’Algérie de Tebboune ne fonctionne pas sur la base d’une rationalité diplomatique classique. La justice y est instrumentalisée, les gestes politiques sont des masques, et chaque ouverture apparente cache une manœuvre.

Tout est soumis aux humeurs d’un pouvoir vieillissant, imprévisible, et de plus en plus isolé. Dans ce contexte, la France ne fait pas face à un partenaire fiable, mais à un système en déclin, qui n’hésite plus à transformer un journaliste en monnaie d’échange.
Il est peut-être temps de le reconnaître.

M. S.

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