Violences du 17 octobre : Une commission d’enquête déjà fragilisée par sa composition, Marine Le Pen dénonce une «mascarade»
La commission d'enquête chargée de se pencher sur les violences en marge des manifestations des 17 et 18 octobre a désigné mardi trois rapporteurs (Horizons-PS-Écologiste), mais pas de RN, Marine Le Pen dénonçant une «mascarade», et promettant un boycott de la part de son groupe.
Publié le 22 octobre 2026

Marine Le Pen, candidate à la présidentielle a jugé la commission « discréditée avant même d’avoir débuté ses travaux. Nous ne participerons pas à cette mascarade ».
Lancée pour faire la lumière sur les violences du 17 octobre, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale se distingue d’emblée par un équilibre politique contesté. Présidée par Vincent Caure (Ensemble pour la République), elle est co-rapporteée par Agnès Firmin Le Bodo (Horizons), Roger Vicot (Socialistes) et Pouria Amirshahi (Écologiste et Social).
Aucun élu des Républicains, de l’UDR ou du Rassemblement national n’y siège en position de responsabilité, alors que le président de la commission des Lois avait évoqué, quelques heures plus tôt, une répartition entre les trois grands blocs de l’hémicycle.
L’instance fait suite aux émeutes du samedi 17 octobre 2026. En marge de mobilisations dans plusieurs villes, des affrontements, des pillages et des dégradations d’une ampleur inhabituelle ont conduit Yaël Braun-Pivet à proposer une commission d’enquête. L’objectif affiché est d’établir les faits, analyser le mode opératoire des groupes violents et examiner d’éventuels dysfonctionnements du maintien de l’ordre. La conférence des présidents a validé la démarche le 20 octobre, et la commission des Lois s’est immédiatement dotée des pouvoirs d’enquête.
La désignation des rapporteurs, le 21 octobre, n’a cependant pas suivi le schéma annoncé. Vincent Caure avait plaidé pour trois co-rapporteurs représentant la gauche, le bloc central et l’alliance RN-UDR. Le vote à bulletin secret, organisé en trois tours, a produit un autre résultat. Thomas Portes (La France insoumise) s’est retiré au dernier tour en déclarant ne pas vouloir « de rapporteur du Rassemblement national ». Ce geste a favorisé Pouria Amirshahi face au candidat RN Michaël Taverne, qui a obtenu 23 voix contre 28 selon des sources parlementaires. Le trio final exclut donc le bloc RN-UDR.
Les profils retenus accentuent les interrogations, Roger Vicot a porté une proposition de loi visant à restreindre les conditions d’usage des armes par les forces de l’ordre en cas de refus d’obtempérer et a voté contre la présomption de légitime défense.
Pouria Amirshahi s’est montré très critique sur la doctrine de maintien de l’ordre. Agnès Firmin Le Bodo, ancienne ministre de la Santé, complète l’ensemble.
Une « mascarade » pour le RN
Le contraste avec le Sénat est frappant. Le même jour, la commission des Lois de la Haute Assemblée a nommé le sénateur Les Républicains de la Manche, David Margueritte, co-rapporteur d’une mission d’information sur les événements des 17 et 18 octobre, aux côtés d’Olivier Bitz , Horizon.
La mission est présentée comme transpartisane. David Margueritte est par ailleurs co-rapporteur du projet de loi dit « casseurs-payeurs ».
À l’Assemblée, Marine Le Pen a immédiatement réagi. « Contrairement à la parole donnée par les présidents de groupe en conférence des présidents, la gauche a manœuvré pour empêcher le RN d’avoir, à la commission d’enquête sur le 17 octobre, un rapporteur sur les 3 prévus. Cette commission devient donc un entre-soi gauchiste dont l’objectif sera encore d’accabler la police(…) cette commission est discréditée avant même d’avoir débuté ses travaux. Nous ne participerons pas à cette mascarade », a-t-elle déclaré.
« Le Rassemblement national, première force politique du pays, se voit privé du poste de rapporteur qui devait revenir à Michaël Taverne. On écarte ainsi le parti que les Français jugent le plus crédible pour répondre aux problèmes de sécurité du pays », a encore cinglé le parti à la flamme dans un communiqué.
Contrairement à la parole donnée par les présidents de groupe en conférence des présidents, la gauche a manœuvré pour empêcher le RN d’avoir, à la commission d’enquête sur le 17 octobre, un rapporteur sur les 3 prévus. Cette commission devient donc un entre-soi gauchiste dont l’objectif sera encore d’accabler la police. Cette commission est discréditée avant même d’avoir débuté ses travaux. Nous ne participerons pas à cette mascarade.
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) October 21, 2026
Ce boycott a des conséquences concrètes. Les députés RN ne participeront ni aux auditions ni aux investigations. Or les rapporteurs disposent des pouvoirs clés : rédaction du rapport final, organisation des auditions sous serment et accès prioritaire aux documents. Sans le principal groupe d’opposition sur ces postes, le travail se fera sans contre-pouvoir interne.
Le rapport, rédigé par un trio composé d’une élue Horizons et de deux élus de gauche, pourra être disqualifié a priori par le RN comme partial. Le boycott n’empêche pas la commission de fonctionner, mais il réduit sa capacité à revendiquer une légitimité large et ouvre la voie à une contestation systématique de ses conclusions.
La question demeure, une commission chargée d’examiner des violences urbaines peut-elle prétendre à une légitimité large lorsqu’un des trois principaux blocs de l’Assemblée est absent de ses postes clés et choisit de boycotter les travaux, alors que le Sénat a opté pour une configuration plus ouverte ?
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