Les « casseurs » contre le mouvement social

Les manifestations du 17 octobre ont rassemblé énormément de monde contre la politique économique et sociale du gouvernement et c’est de cela qu’il faut partir. Les chiffres entre 550 000 et 800 000 manifestants dans tout le pays sont bien au-delà de toutes les journées de ce type au cours des dernières années, mais ils ne traduisent qu’imparfaitement l’exaspération du peuple de ce pays.

Par Denis Collin

Publié le 19 octobre 2026

Les « casseurs » contre le mouvement social

Les islamistes radicaux manipulent LFI.

La veille, les radios avaient martelé sur les risques de violence, sur les casseurs, sur les dégradations et sur la répression policière : il suffisait d’écouter France Info pendant une heure pour être dissuadé d’aller manifester. Mais le prix du gazole ou du fioul domestique prennent à la gorge les travailleurs, salariés ou indépendants. Les annonces du « casse du siècle » qu’est le budget proposé par le gouvernement ne laissent pas d’inquiéter (voir l’analyse de Jacques Cotta sur sa chaîne Youtube). Les mouvements lycéens s’ajoutent à ce climat général, au bord de la crise politique.

Mais ces manifestations ont aussi été gravement dénaturées par les déchaînements de violence, les incendies, les pillages, les agressions en tous genres. Les grandes villes, Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Limoge, etc., ont été le théâtre de véritables scènes d’émeute. L’incendie et la quasi-destruction de l’hôtel de ville de Limoge n’est que l’événement le plus spectaculaire de cette journée qui apparaît parfois comme une journée de chaos et de désolation – on pense aux commerçants (et à leurs employés) qui ont vu leur rue entière dévastée par des bandes de pillards.

Évidemment, comme on devait s’y attendre les médias ne parlent pratiquement que de ces scènes de pillage et l’objet des manifestations du samedi 17 octobre passe au second plan. Si les casseurs sont presque aussi vieux que les manifestations, si l’usage des provocateurs manipulés pour faciliter l’écrasement des soulèvements populaires est amplement documenté, on ne saurait s’en tenir à ces explications d’autant plus pratiques qu’elles n’exigent aucune preuve sérieuse.

Les casseurs pouvaient facilement être rangés dans la catégorie des « ultra-gauche » qui ne croient pas aux méthodes pacifiques de l’action politique et cherchent l’affrontement avec l’appareil d’État, prélude à tout mouvement révolutionnaire. C’est le fameux cycle « provocation-répression-mobilisation » : après tout le dépavage de la  rue Soufflot en 1968 a bien été le prélude du gigantesque mouvement de grève générale de mai-juin 1968 ! Cette vision de l’action directe « exemplaire » ne trouve plus beaucoup d’adeptes organisés et ayant un minimum d’influence.

Le temps la « Gauche Prolétarienne » et des « maos » est bien terminé ! En revanche il existe des petits groupes, sans cohésion idéologique ni projet politique construit qui pourraient être attirés par l’action violente, visant d’abord les bâtiments institutionnels. Le fameux texte L’insurrection qui vient, rédigé par le « Comité invisible » en 2007 pourrait être une expression de cette volonté de faire sauter le système de la démocratie (vraie ou prétendue) représentative. On pourrait rapprocher ce révolutionnarisme violent des nihilistes russes ou des anarchistes partisans de l’action exemplaire.

Mais il est assez clair que les « casseurs » du 17 octobre sont, pour la plupart d’une autre espèce. Les groupes islamistes ont intérêt au développement du chaos, pour fracturer au maximum la société française et couper court à tout mouvement qui pourrait unifier les gens ordinaires de toutes origines. C’est une version à bas coût des stratégies terroristes classiques.

Mélenchon n’est pas le grand manitou, depuis qu’il est passé du « côté obscur de la force », il est aussi manipulé que manipulateur

Le drapeau du Hamas et le « Free Palestine », le port du keffieh comme signe de ralliement indiquent que l’idéologie « palestiniste » commence à structurer des groupes prêts à passer à l’action violente, entre « enragés » et militants des mouvances salafistes et frèristes.

Ils ont fait leur jonction depuis longtemps avec certains secteurs de LFI, même s’il paraît assez osé de prétendre que tous ces groupes violents sont manipulés par LFI – il serait plus juste d’inverser l’ordre : les islamistes radicaux manipulent LFI d’autant plus facilement que la perspective des élections domine toutes les pensées des états-majors politiques et que les chefs de LFI ne reculent devant aucune affirmation démagogique. La fusion de fait entre LFI et les « décoloniaux » comme le PIR rend toutes les frontières politiques très poreuses.

Mélenchon n’est pas le grand manitou, depuis qu’il est passé du « côté obscur de la force », il est aussi manipulé que manipulateur et j’ai du mal à comprendre l’ébahissement de nombreux journalistes devant les talents et la culture apparente de cet homme.

Le dernier « courant » des casseurs est tout simplement composé des racailles qui profitent de l’occasion pour refaire leur armoire à chaussures, leur garde-robe ou la collection de bijoux destinés à leurs petites amies ! « Mes parents ne peuvent pas payer mes crocs », répond un gamin de 13 ans à une manifestante qui l’interpelle (France Info). Élevés dans le culte des marques et de la société consommation, dénués de tout « surmoi » et de toute honte (la seule qu’ils éprouvent concerne justement les « marques » qu’ils veulent porter sur eux comme des tatouages tribaux), ces jeunes forment un continuum de la petite à la grande délinquance.

Entre tous ces genres bien différents de casseurs, il existe de nombreuses passerelles et dans l’excitation du moment, on n’est plus très regardant. Mais ce qui rend possible ce mélange explosif, avec les conséquences qu’on a pu observer le 17 octobre, c’est que tous les garde-fous ont sauté. La perte de l’autorité dans les familles a produit des générations de fous : un enfant qui n’apprend pas ses propres limites devient littéralement fou.

La désagrégation de l’institution scolaire a ruiné peut-être définitivement la notion d’autorité et de respect de la loi. Enfin, les organisations qui structuraient la vie publique, partis et syndicats, sont toutes à des degrés divers devenues de organisations « gazeuses » pour reprendre la formule de Mélenchon à propos de sa propre organisation.

Il fut un temps où les services d’ordre politiques et syndicaux, concourraient réellement à limiter les débordements. On ne plaisantait pas avec le service d’ordre de la CGT et pas plus avec celui de l’OCI lambertiste. Mais tout cela est tombé en lambeaux et ce sont des foules anomiques qui tentent de manifester contre la politique du gouvernement sur lequel plus personne ne semble avoir de prise.

Nous sentons que nous sommes au bord d’un gouffre et que notre pays pourrait basculer dans la guerre civile. Depuis Platon, on sait que l’anarchie conduit à la tyrannie. Le chaos ne peut plaire qu’à ceux qui aiment la tyrannie ou veulent eux-mêmes devenir des tyrans. Mais qui peut éviter le pire ?  Aucun de ceux qui l’ont produit volontairement ou par aveuglement. Il faudrait une forte réaction venue des profondeurs de notre pays. Est-elle encore possible ?

D. C.

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