De la contestation lycéenne à la guerre civile : une pièce en quatre actes et un épilogue
Par Marc Hellebroeck
Publié le 20 octobre 2026

Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont des alliés politiques objectifs.
Au-delà de la sidération générée par les scènes de guerre civile du 17 octobre, avec ces hordes de jeunes barbares qui agressent, cassent, pillent et brûlent, il convient d’écarter le rideau de fumée des incendies et des préjugés idéologiques pour voir, véritablement voir, comment la révolte lycéenne a été magistralement pilotée et mise en scène par l’extrême gauche et pourquoi l’extrême centre au pouvoir a laissé faire.
Acte I : instrumentalisation
Le premier acte, relativement pacifique, fut celui de revendications lycéennes globalement légitimes, des revendications qui portaient sur l’indiscutable obsolescence des infrastructures éducatives en France et la non moins indiscutable dégradation des conditions de travail des élèves de l’école publique sous l’administration Macron. Et effectivement, si l’on dresse le bilan de la politique éducative de l’actuel chef de l’État, le « Mozart de la finance » s’est révélé le chef de fanfare de l’ignorance, comme en témoignent l’effondrement du niveau des élèves français et, conséquemment, le recul de la France au classement PISA.
Pour l’extrême gauche à la manœuvre, il s’agissait, au cours de ce premier acte, de construire, aux yeux de l’opinion publique, les bases d’une légitimité morale au mouvement des lycéens. Mais l’objectif essentiel des professionnels aguerris de l’agit-prop était d’instrumentaliser l’indignation d’élèves adolescents à l’esprit ductile, afin de pouvoir ensuite manipuler (ou sacrifier) comme des pions lesdits élèves sur l’échiquier politique.
Acte II : martyrologie
Le second acte, avec l’apparition sur scène des miliciens Black blocs associés aux casseurs allogènes, marque le début des violences.
Cette fois, il s’agissait pour les deus ex machina d’extrême gauche d’enclencher le cycle provocation/répression ; autrement dit d’envoyer les jeunes lycéens instrumentalisés (auxquels s’étaient adjoints des étudiants) se faire crever les yeux et arracher les mains dans des affrontements avec la police : le but était bien entendu d’obtenir des blessés ou des morts, martyrs indispensables pour justifier ensuite La radicalisation ultraviolente du mouvement, ainsi que sa mutation en un chaos social propice à la prise du pouvoir par la force. Bref, un procédé classique et tout à fait prévisible pour qui connaît le fonctionnement des organisations politiques de l’extrême gauche totalitaire. Il fallait vraiment se trouver au niveau d’incompétence cosmique de notre ministre de l’Intérieur et de notre garde des Sceaux pour ne rien anticiper !
Ce second acte fut également celui de l’hybridation du mouvement étudiant avec l’expression de sentiments nationalistes étrangers : en témoigne le surgissement apparemment incongru (dans un contexte de manifestations lycéennes) de drapeaux algériens, marocains ou palestiniens dans les cortèges ; des drapeaux brandis ostensiblement par certains manifestants-émeutiers qui ne réclamaient donc absolument pas des moyens supplémentaires pour l’école publique, mais qui revendiquaient en revanche un séparatisme ethnico-religieux d’avec la République laïque et la nation française.
Étonnamment, nos progressistes, qui voient habituellement l’extrême droite partout, n’ont pas réagi à ces exhibitions répétées de symboles nationalistes. Le drapeau ne les indispose que lorsqu’il s’agit du drapeau tricolore.
Acte III : chaos
Le troisième acte, soit la journée du 17 octobre, avec la généralisation des émeutes, des pillages et des incendies dans quasiment toutes les grandes agglomérations, montre à la fois une radicalisation violente et une simplification du mouvement : exit les revendications étudiantes, désormais reléguées au second plan, voire totalement évacuées ; la violence devient une fin en soi, les razzias sont systématiques et le palestinisme – cache-sexe de l’islamisme – s’impose comme l’idée-force quasiment hégémonique d’un mouvement lycéen désormais totalement dénaturé. Ainsi, le déroulé des émeutes urbaines n’est pas sans évoquer une intifada à la française, tandis que les premiers slogans antisémites apparaissent de manière éparse, scandés par des individus vêtus de noir et cagoulés, tels des cosplayers du Hamas.
À ce stade, peu importe que la légitimité initiale du mouvement lycéen se retrouve écornée par les images de vandalisme, de commerçants molestés et dépouillés, ou de bâtiments en flammes : l’effet recherché n’est plus de susciter la sympathie ou l’adhésion du reste de la population à l’égard du mouvement des lycéens ; il est de créer la stupeur, l’angoisse et la sidération, exactement comme après un attentat terroriste.
Le message politique transmis par l’extrême gauche aux adultes est clair : nous disposons avec les Black blocs d’une milice paramilitaire capable de faire reculer les CRS, nous pouvons mobiliser la jeunesse allogène et francophobe de banlieue, nous contrôlons une large partie de vos enfants et nous avons le pouvoir de les envoyer dans les rues affronter la police et incendier la ville ! Qui contrôle la rue contrôle le territoire, donc dispose du pouvoir.
Ce que nous apprend le 17 octobre, c’est que cette « nouvelle France » évoquée par LFI n’est pas un fantasme, qu’elle existe et qu’elle est en mesure d’imposer physiquement sa domination à l’ancienne France. Une ancienne France qui devra dorénavant se soumettre. Ou brûler.
Acte IV : idiots utiles
L’acte IV, qui se déroule après le 17 octobre, ne met plus en scène des lycéens et des étudiants dans les rues saccagées de grandes villes françaises. Changement de décor : la suite de l’histoire se déroule sous les ors des palais de la République et introduit deux protagonistes habitués à jouer les premiers rôles en matière de politique.
Au milieu de la « chienlit » (pour reprendre l’expression utilisée par de Gaulle en mai 1968), Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron – puisque ce sont eux dont il est question – sont, une fois de plus, des alliés politiques objectifs, comme lors des deux dernières élections présidentielles où le premier s’était officieusement désisté en faveur du second.
Le leader de LFI sait en effet qu’il n’a pas la moindre chance d’être élu démocratiquement président au printemps 2027 et il compte par conséquent sur la rue et le chaos pour accéder enfin au pouvoir, tandis que le chef actuel de l’État, pour sa part, n’a pas d’autre solution que le même chaos pour invoquer l’article 16 de la Constitution et demeurer au pouvoir.
Chacun des deux pense que la guerre civile est son salut et chacun des deux croit que l’autre est son idiot utile. Mais chacun des deux se trompe : des idiots utiles, oui, ils le sont incontestablement, mais pas l’un de l’autre.
Au-delà de ses prises de position islamogauchistes qui sont uniquement dictées par des préoccupations démagogiques et électoralistes, Jean-Luc Mélenchon sous-estime les croyants qu’il considère, en tant que trotskiste, comme des nigauds superstitieux et facilement manipulables.
Quant à Emmanuel Macron, il méprise tellement les personnes structurées par un enracinement identitaire qu’il pense que les populations musulmanes renonceront à leur dieu de transcendance pour se diluer dans l’Europe néolibérale, avant de se convertir en adeptes matérialistes du dieu-marché et de finalement devenir des consommateurs hébétés.
Épilogue : patience des Frères…
Le vieux millionnaire trotskiste et l’encore jeune ex-banquier d’affaires sont trop égocentriques pour percevoir que leur minable agenda politique personnel sert en fait un autre agenda, un agenda politico-religieux de dimension civilisationnelle : celui des Frères musulmans. Des Frères musulmans qui attendent patiemment que notre société de plus en plus fragmentée et de plus en plus violente leur demande de rétablir l’ordre ; un ordre qui sera sans doute profondément contraire aux valeurs républicaines, mais un ordre quand même, qui fera assurément cesser l’anarchie dans les rues, qui éteindra les incendies et qui réprimera les casseurs. Quand il n’y a plus d’ordre du tout et que la violence est partout, une population se satisfait de n’importe quel ordre qui lui permet de ne plus devoir barricader sa porte.
Arrivera donc ce moment – il est inéluctable – où la population française indigène et assimilée préférera la dhimmitude quotidienne à la guerre civile semi-permanente.
Nos deux idiots utiles d’extrême gauche et d’extrême centre, tout pleins de leur hubris respectif, ne distinguent évidemment pas qui tire véritablement les ficelles d’un jeu politique qu’ils pensent maîtriser. Quand le pantin se prend pour le marionnettiste…
Ces deux individus totalement dépourvus de spiritualité (dans le sens religieux comme dans le sens laïque du terme) et dénués de la moindre once d’empathie, car confits dans le culte d’eux-mêmes, risquent d’être déçus par l’épilogue qui arrive suite au chaos social qu’ils ont engendré.
En effet, les régimes théocratiques n’aiment pas les hommes qui se prennent pour Dieu.
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