Législatives en Israël : aucun des blocs Netanyahou et Eisenkot n’a de majorité, les partis arabes en position de «faiseurs de roi»
Israël est toujours dans une impasse après plus de 24 heures depuis que les bureaux de vote ont été fermés. Avec environ 90 % des bulletins dépouillés, les votes des soldats, diplomates et autres « enveloppes doubles » étant encore en cours de comptage sans bouleversement majeur attendu. Le bloc de Benyamin Netanyahu est toujours en tête avec 53 sièges, contre 48 pour son rival d'opposition Gadi Eisenkot.Aucun des blocs n'a de majorité absolue à la Knesset. Un score record a été enregistré pour les partis arabes, avec une projection de 19 sièges.
Publié le 29 octobre 2026

Quels sont les scénarios possibles en Israël, après des législatives sans réel vainqueur ?
Les élections législatives du 27 octobre 2026, les premières depuis les attaques du 7 octobre 2023 et les guerres qui ont suivi à Gaza, au Liban et avec l’Iran, n’ont pas dégagé de vainqueur clair. Avec environ 90 % des bulletins dépouillés, les votes des soldats, diplomates et autres « enveloppes doubles » étant encore en cours de comptage sans bouleversement majeur attendu, le bloc de Benjamin Netanyahou est crédité d’environ 53 sièges sur 120 à la Knesset, celui de l’opposition dirigé par Gadi Eisenkot (Yashar) d’environ 48, et les partis arabes d’un record de 19 sièges. Aucun camp n’atteint les 61 sièges nécessaires à une majorité.
Le taux de participation a atteint 77,7 %, son plus haut niveau depuis 1999, avec une mobilisation particulièrement forte dans les localités arabes. Le Likoud de Netanyahou reste le premier parti (autour de 26-27 sièges), suivi par le Yashar d’Eisenkot (environ 21). Le bloc sortant, qui disposait d’une majorité confortable (autour de 64-68 sièges), a nettement reculé.
Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée, a créé son parti en 2025 et a fait campagne sur les échecs sécuritaires du 7 octobre, la nécessité d’une commission d’enquête, un service national pour tous (y compris les ultra-orthodoxes) et une ligne sécuritaire ferme, sans pour autant ouvrir la voie à un État palestinien.
Une arithmétique bloquée par les lignes rouges
Sur le papier, les forces anti-Netanyahou (le bloc Eisenkot et les partis arabes) totalisent environ 67 sièges. Mais la réalité politique israélienne rend cette majorité théorique difficile à transformer en gouvernement. La plupart des partis juifs de l’opposition (Bennett, Liberman, et Eisenkot lui-même dans ses déclarations initiales) ont exclu de former une coalition formelle avec les partis arabes, qu’ils considèrent comme anti-sionistes.
Les partis arabes (Liste unie et Ra’am de Mansour Abbas), renforcés par un vote de rejet contre le gouvernement et ses alliés d’extrême droite, se disent prêts à contribuer à faire tomber Netanyahou, éventuellement en soutien extérieur, mais pas forcément à intégrer un exécutif.
Netanyahou, lui, revendique une « majorité claire parmi le public sioniste et juif » et refuse tout gouvernement appuyé par les partis arabes. Il reste Premier ministre en exercice pendant les négociations. Le président Isaac Herzog a déjà appelé les partis à tout faire pour éviter un nouveau scrutin.
Cette élection s’inscrivait dans le traumatisme du 7 octobre et les guerres qui ont suivi. Les critiques portaient sur l’absence de commission d’enquête indépendante sur les défaillances sécuritaires, le refus de lever les exemptions militaires des ultra-orthodoxes alors que l’armée manque d’effectifs, le coût de la vie, les procès pour corruption de Netanyahou (qu’il nie) et le virage nationaliste-religieux du gouvernement sortant.
Netanyahou a mis en avant les succès militaires et la perspective d’actions coordonnées avec les États-Unis contre l’Iran. Eisenkot a insisté sur la perte de confiance dans le gouvernement du 7 octobre et la nécessité d’un gouvernement « sioniste responsable ».
Quels sont les scénarios possibles en Israël, après des législatives sans réel vainqueur ?
Après la proclamation officielle des résultats d’ici jeudi soir ou vendredi matin, le président israélien, Isaac Herzog, va charger le candidat jugé le mieux placé pour réunir au moins 61 députés de former un gouvernement.
Netanyahou ou Eisenkot tenteraient de construire une majorité en attirant un ou plusieurs partis de l’opposition (ou une partie d’entre eux) sur des bases sécuritaires ou de service national. Si le Likoud, formation du Premier ministre, est une fois encore le parti qui dispose le plus de sièges, il paraît difficile au chef du gouvernement sortant de trouver des appuis au-delà de ses alliés avec qu’il a formé le gouvernement.
Eisenkot tente une formule minoritaire ou de soutien avec les partis arabes, ce qui exige de franchir des lignes rouges historiques et risque une grande instabilité.
Échec des négociations et retour aux urnes, Netanyahou restant en place comme Premier ministre de transition, avec des pouvoirs limités mais réels sur les questions de sécurité.
Le résultat confirme à la fois la résilience politique de Netanyahou qui a mieux résisté que ne le prédisaient les sondages de sortie des urnes et la fragmentation profonde de la société israélienne. La montée en puissance des partis arabes en fait des faiseurs de roi potentiels, mais le tabou qui les entoure dans la plupart des forces juives maintient le pays dans une impasse structurelle.
Les semaines qui viennent seront décisives soit un compromis inédit se forme, soit Israël se prépare à une nouvelle élection dans un contexte de guerre toujours ouvert.
La rédaction vous conseille
Envie de lire tous les articles ?
Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.