Islamisme : il y a cinq ans, l’Occident quittait l’Afghanistan et les femmes ont disparu de l’espace public
Depuis qu'ils sont de retour au pouvoir à Kaboul le 15 août 2021, les talibans ont pris le contrôle de l'Afghanistan en imposant leurs ordres. 20 millions de femmes qui ont disparu de l'espace public. École interdite après 12 ans, accès au travail restreint, déplacements sous surveillance, droits devant la justice réduits, plus de 100 décrets qui les ont progressivement exclues de la vie publique.
Publié le 15 août 2026

Des femmes médecins, enseignantes, journalistes, juges, vivent enfermées ou en exil. La santé mentale s’effondre. La pauvreté s’aggrave. Le pays s’enfonce.
Le 15 août 2021, Kaboul tombait. Les talibans entraient dans la capitale sans combat digne de ce nom. Les Américains, les Français et leurs alliés de l’OTAN achevaient un retrait précipité, chaotique, humiliant. Des images d’hommes et de femmes s’accrochant aux trains d’atterrissage des avions, des enfants piétinés, treize soldats américains tués dans l’attentat de l’aéroport, des alliés afghans abandonnés à leur sort. Un fiasco stratégique et moral d’une ampleur rare.
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Cinq ans plus tard, le bilan est sans appel. L’Afghanistan n’est pas seulement redevenu un État autoritaire islamiste. C’est devenu le seul pays au monde où une moitié de la population a été systématiquement effacée de la vie publique par décret. Les femmes afghanes n’ont pas seulement perdu des droits. Elles ont été rayées.
Depuis août 2021, les autorités de facto ont multiplié les interdictions. Plus de cent décrets, selon ONU Femmes, ciblent spécifiquement les femmes et les filles. Le résultat est un système que des experts et des organisations internationales qualifient désormais d’apartheid de genre.
L’effacement méthodique
Les filles ne peuvent plus aller à l’école au-delà de la sixième. Une génération entière a atteint l’âge de 18 ans sans jamais avoir mis les pieds dans un collège. L’Unesco estime à 2,2 à 2,4 millions le nombre de filles exclues de l’enseignement secondaire. Les universités leur sont fermées depuis décembre 2022. En décembre 2024, les dernières formations médicales et de sages-femmes qui leur restaient ouvertes ont été interdites. L’Afghanistan est aujourd’hui le seul État de la planète à interdire l’éducation aux filles en raison de leur sexe.
Le travail a suivi la même trajectoire. Les femmes ont été chassées de la fonction publique, des ONG nationales et internationales, des Nations unies, des salons de beauté. Seuls 7 % d’entre elles sont encore employées, contre 84 % des hommes. La moitié des femmes interrogées par ONU Femmes ne sortent de chez elles qu’une ou deux fois par mois.
Quatre-vingt-dix pour cent ont besoin de l’autorisation d’un tuteur masculin pour franchir le seuil de leur domicile. Leur voix ne doit plus être entendue en public dans plusieurs provinces. Le visage doit être couvert. Les parcs, les salles de sport, les bains publics leur sont interdits.
En 2026, de nouveaux textes sont venus achever le dispositif. L’égalité juridique entre hommes et femmes a été abolie. Les maris se voient reconnaître un pouvoir quasi absolu. La violence conjugale n’est plus punissable que si elle laisse des blessures graves et visibles. L’âge minimum du mariage a été supprimé. Le divorce est devenu encore plus inaccessible aux femmes. Le message est clair : leur corps, leur voix, leur destin n’appartiennent plus à elles.
Un échec annoncé
Ce qui s’est passé le 15 août 2021 n’était pas un accident. C’était la conclusion logique de vingt années d’illusions. Les États-Unis et leurs alliés, France comprise, ont dépensé des centaines de milliards de dollars, formé une armée qui s’est volatilisée en quelques semaines, et prétendu construire un État de droit sur un terrain qui n’en voulait pas. Quand Joe Biden a décidé d’accélérer le retrait, les talibans n’ont même pas eu besoin de combattre sérieusement. L’armée afghane, corrompue, démoralisée, a capitulé. Le gouvernement s’est enfui.
La France avait retiré ses troupes de combat bien plus tôt, en 2014. Elle a participé aux évacuations de 2021. Elle a accueilli des milliers d’Afghans menacés. Mais elle a aussi, comme les autres, accepté l’abandon. Les promesses faites aux femmes afghanes pendant vingt ans — éducation, travail, participation à la vie publique — se sont volatilisées en quelques mois.
Les talibans avaient pourtant multiplié les déclarations rassurantes en 2021. Personne, ou presque, n’y a cru longtemps. Personne, non plus, n’a agi de façon décisive pour les empêcher de tenir leur véritable programme.
La normalisation de l’horreur
Le plus grave n’est peut-être pas ce que les talibans ont fait. C’est ce que le monde a accepté. Cinq ans plus tard, l’effacement des femmes afghanes est en train de devenir un fait banal. Les conférences se succèdent. Les communiqués s’empilent. Les financements humanitaires baissent. La communauté internationale, occupée ailleurs, regarde ailleurs. Pendant ce temps, une génération de filles grandit sans savoir ce qu’est une salle de classe.
Des femmes médecins, enseignantes, journalistes, juges, vivent enfermées ou en exil. La santé mentale s’effondre. La pauvreté s’aggrave. Le pays s’enfonce.
Il ne s’agit pas d’une simple « restriction culturelle ». Il s’agit d’un projet politique délibéré de subordination totale d’une moitié de la population. Les talibans l’ont dit et redit par leurs actes. L’Occident, après avoir promis le contraire pendant deux décennies, a préféré partir.
Le 15 août 2021 restera comme la date d’un retrait militaire. Mais il marque surtout le début d’un effacement. Cinq ans plus tard, les femmes afghanes ne sont plus seulement opprimées. Elles sont devenues invisibles. Et le silence qui les entoure ressemble de plus en plus à une complicité.
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