Introuvable dans les librairies, le dernier livre de Boualem Sansal circule clandestinement en Algérie
L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal est considéré comme indésirable en Algérie, en raison de ses prises de position politiques et de ses écrits critiques envers le pouvoir et l'islamisme. Ses œuvres aussi, tout comme son dernier livre « La Légende », impossible à trouver dans les librairies algériennes. Selon quelques indiscrétions, son dernier livre circule clandestinement, en version PDF, sur WhatsApp.
Par le correspondant de Rupture à Alger Yacine Aït Ouffella
Publié le 10 juin 2026

"La réception du livre dessine deux lectures irréconciliables"
« Le livre de Sansal ? Impossible de le trouver dans n’importe quelle librairie algérienne », nous confient unanimement des gérants de ces espaces à Alger et à Tizi Ouzou. « D’ailleurs, je vous conseille de ne pas trop en parler », nous suggère l’un d’entre eux. Un péché donc de lire ? Apparemment oui. Mais pas de tous les auteurs.
Dans « La Légende », le romancier raconte, dans un livre à la publication accélérée, sa colère et sa peine écloses dans les geôles algériennes. « Mon procès a duré cinq minutes : cinq ans de prison ferme, une amende faramineuse, cinq cent mille pesos, l’opprobre national, la saisie de nos biens personnels, la déchéance de nationalité et l’expulsion expresse du pays », écrit-il.
À découvrir
Lauréat du Grand Prix du roman de l’Académie française en 2015 pour son roman « 2084 : La fin du monde », Boualem Sansal, est arrêté le 16 novembre 2024 et incarcéré pendant un an en Algérie, après avoir contesté les frontières actuelles du pays avec le Maroc dans le média français d’extrême droite Frontières.
Le 27 mars 2025, il est condamné à une peine de cinq ans de prison et à une amende de 500 000 dinars. Il est gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 12 novembre 2025, sur demande de l’Allemagne.
Selon le journal algérien El Watan : « La réception du livre dessine deux lectures irréconciliables : celle d’un homme de lettres qui reprend sa plume pour témoigner de l’arbitraire, et celle d’un écrivain dont le parcours idéologique compromet, aux yeux d’Alger, la crédibilité du témoignage. «La littérature est aussi une forme de résistance au pouvoir», clame Sansal. L’Algérie, elle, voit d’abord en lui la caution intellectuelle d’une droite française qui n’a jamais fait la paix avec son histoire coloniale. «
« Bon ou mauvais, je n’ai rien à dire de Sansal l’individu. Mais, rien ne pourrait m’empêcher de lire ses œuvres et celles de beaucoup d’autres auteurs », nous confie un sexagénaire. Ce dernier, attend d’ailleurs que son fils débarque de France, en juillet prochain, pour qu’il puisse « enfin avoir le roman » entre ses mains. « Mais je pense que ça ne serait pas chose aisée connaissant les procédures douanières algériennes. Le livre va être certainement saisi », se désole-t-il. Pourquoi donc « La Légende » suscite-t-elle autant la polémique ?
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