Avril 1915

Il y a 110 ans, le génocide arménien

Le samedi 24 avril 1915 à Constantinople, capitale de l'empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C'est le début d'un génocide le premier du XXe siècle. Il va faire environ 1,2 à 1,5 million de morts dans la population arménienne de l'empire turc (ainsi que plus de 250 000 dans la minorité assyro-chaldéenne des provinces orientales et 350 000 chez les Pontiques, orthodoxes hellénophones de la province du Pont).

Par Marie Dolores Prost

Publié le 26 avril 2025

Il y a 110 ans, le génocide arménien

« Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici. »

 Revenons à la genèse : l’empire Ottoman est empire composite 

Aux premiers siècles de son existence, l’empire ottoman comptait encore une majorité de chrétiens (Slaves, Grecs, Arméniens, Caucasiens, Assyriens….). En Anatolie, au coeur de la Turquie actuelle, les chrétiens représentaient 30% à 40% de la population. Ils jouaient un grand rôle dans le commerce et l’administration, et leur influence s’étendait au Sérail, le palais du sultan.

Les premiers sultans, souvent nés d’une mère chrétienne, témoignaient néanmoins d’une relative bienveillance à l’égard des Grecs orthodoxes et des Arméniens 

L’empire ottoman comptait environ 2 millions d’Arméniens à la fin du XIXe siècle sur une population totale de 36 millions d’habitants.

Le sultan Abdul-Hamid II, humilié par le congrès de Berlin de 1878, attise les haines religieuses pour consolider son pouvoir. Entre 1894 et 1896, comme les Arméniens réclament des réformes et une modernisation des institutions, le sultan en fait massacrer 200 000 à 250 000 avec le concours des montagnards kurdes. À Constantinople même, la violence se déchaîne contre les Arméniens du grand bazar, tués à coups de bâton.

Malgré ses efforts, il ne peut empêcher l’insurrection des « Jeunes -Turcs ».

Ces jeunes officiers, à l’origine du sentiment national turc, lui reprochent de livrer l’empire aux appétits étrangers et de montrer trop de complaisance pour les Arabes.

Le 27 avril 1909, les Jeunes-Turcs installent sur le trône un nouveau sultan, Mohamed V. Soucieux de créer une nation turque racialement.

Ils lancent des campagnes de boycott des commerces tenus par des Grecs, des Juifs ou des Arméniens, en s’appuyant sur le ressentiment et la haine des musulmans turcs refoulés des Balkans.

Le 1er novembre 1914, l’empire ottoman entre dans la Grande Guerre, aux côtés des  empires allemand et austro-hongrois,  contre la Russie et les Occidentaux.

La Turquie perd 100 000 hommes et bat en retraite et fait des exactions envers les chrétiens. 

« Les jeunes-turcs » sont à la manœuvre 

Le ministre de l’Intérieur Talaat Pacha ordonne l’assassinat des élites arméniennes de la capitale.

Puis c’est le tour des nombreuses populations arméniennes des sept provinces orientales. Les arméniens des provinces arabophones ne seront jamais inquiétés 

1915 : déportations meurtrières

Des jeunes sont déportés, les marches se déroulent sous le soleil de l’été, dans des conditions épouvantables, sans vivres et sans eau, sous la menace constante des montagnards kurdes et tcherkesses. Elles débouchent en général sur une mort rapide.

À l’été 1915, les deux tiers de la population arménienne sous souveraineté ottomane disparaissent.

1916 : massacres de masse

700 000 arméniens meurent. Voici le texte d’un télégramme transmis par le ministre à la direction des Jeunes-Turcs de la préfecture d’Alep : « Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici. »

Les Européens et le génocide

Le génocide émeut  l’opinion mais le gouvernement allemand allié de la Turquie censure les informations. 

Après la 1ere guerre mondiale , c’est en Allemagne que se réfugient les responsables du génocide, y compris Talaat Pacha. Ce dernier est assassiné à Berlin le 16 mars 1921 par un jeune Arménien, Soghomon Tehlirian. Mais l’assassin sera acquitté par la justice allemande.

Le traité de Sèvres fut très dur et signé le 10 août 1920 entre les Alliés et le nouveau gouvernement de l’empire ottoman prévoit la mise en jugement des responsables du génocide. Mais le sursaut nationaliste du général Moustaf Kemal bouscule ces bonnes résolutions. 

Il décrète une amnistie générale, le 31 mars 1923 et la même année, le général parachève la « turcisation » de la Turquie en expulsant les Grecs qui y vivaient depuis la haute Antiquité. Istanbul, ville aux deux-tiers chrétienne en 1914, devient dès lors exclusivement turque et musulmane.

Mais on ne peut effacer l’histoire 

C’est seulement dans les années 1980 que l’opinion publique occidentale a retrouvé le souvenir de ce génocide, à l’instigation de l’Église arménienne et des jeunes militants de la troisième génération, dont certains n’ont pas hésité à recourir à des attentats contre les intérêts turcs.

En 2025, malgré tout ces faits la Turquie refuse toujours de reconnaître le génocide arménien.

M. D. P.

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