Christine Kelly et nous !
« Parler de tout, avec tous ! », c’est la profession de foi - ambitieuse - de Christine Kelly à propos de son émission «Christine Kelly et vous », sur Europe 1 (1). Le pari est-il tenu ? Pour le savoir, décortiquons l’émission du 13 mai dernier, émission qui s’est déclinée en trois parties.
Par Marc Hellebroeck
Publié le 17 mai 2026

Le style Kelly, c’est ce mélange - unique dans les médias français - de douceur et de fermeté.
Parler de tout ?
L’émission débute par un sujet sérieux puisqu’il est question de la santé avec l’hantavirus, ce virus potentiellement mortel qui a été détecté sur un navire de croisière où se trouvaient plusieurs touristes français, depuis rapatriés et placés en quarantaine. Le sujet est traité sans légèreté, mais sans catastrophisme non plus. Le premier intervenant est un professeur de médecine qui expose la situation avec calme et pédagogie : on est loin de l’époque de la COVID et de ses médecins de plateau qui, tels des prêcheurs d’apocalypse à la Philippulus, psalmodiaient des « exponentiel, Exponentiel, EXPONENTIEEEEELEUUUUUH !!! » propres à terroriser les foules. Suivent une auditrice, qui expose ses inquiétudes et ses interrogations légitimes ; puis un médecin, qui lui répond d’une manière mesurée et sans dissimuler les incertitudes qui subsistent encore.
Il s’agit donc de confronter trois niveaux de perception différents des faits : l’avis du professeur de médecine (le chercheur), le point de vue du médecin généraliste (le soignant de terrain) et le ressenti d’une française moyenne (la potentielle cible du virus). Ainsi faisant, Christine Kelly rétablit la chaîne de confiance qui avait été brisée dès le début de l’épidémie de la COVID, avec le Conseil Scientifique et le ministère de la Santé qui, du haut de leur Olympe, interdisaient aux médecins généralistes de prescrire certains médicaments et incitaient les personnes souffrantes à rester chez elles et à ne se rendre aux urgences que lorsque les symptômes s’aggravaient, autrement dit, quand il était souvent trop tard…
Le sujet suivant est tout aussi sérieux, puisqu’il s’agit des pérégrinations élyséennes en Afrique de l’Est (le chef de l’État étant devenu persona non grata en Afrique sahélienne). Ainsi, de son étape au Kenya, on retiendra d’Emmanuel Macron son agacement devant une salle bruyante qui n’a manifestement que faire de ce qu’il peut bien avoir à dire, un footing en compagnie d’un athlète, un atelier avec un cuisinier et quelques pas de danse. Ne manquait qu’une participation à un télé-crochet local… Décidément, rien ne sera épargné aux français de la part de cet homme : nous hait-il donc à ce point qu’il est prêt à se ridiculiser à chaque déplacement à l’étranger rien que pour nous faire honte ? Imagine-t-on un instant le Général de Gaulle en short et suant devant les caméras, ou participant à « Top chef », ou encore se trémoussant en boîte durant une visite officielle ? Notre président a-t-il décidé de surenchérir sur Donald Trump en matière de grotesque ? Pitié, pas en notre nom !
Pour traiter ce second thème, Christine Kelly reprend le même découpage, donnant tour à tour la parole à ses invités et à des auditeurs, tous commentant les dernières déclarations d’Emmanuel Macron, un Emmanuel Macron qui enjoint à des jeunes filles françaises de se sentir « en même temps » « 100% algériennes et 100 % françaises » ou « totalement françaises et totalement africaines », alors que lui nous démontre chaque jour depuis son premier quinquennat qu’il se sent 0 % français et 200 % européiste ! A l’heure où le séparatisme menace l’unité de la nation et les valeurs républicaines, est-ce vraiment indispensable d’inciter les jeunes français issus de l’immigration à se mettre en état de dissonance identitaire ?
Toujours sur ce sujet, la réaction la plus émouvante est celle d’un auditeur, enseignant français d’ascendance marocaine qui, même s’il aime légitimement ses racines familiales, s’identifie intégralement en tant que français, remercie la France pour ce qu’elle lui a apporté et déplore des paroles présidentielles qui lui semblent de nature à compromettre l’assimilation. Où quand un français d’origine étrangère qui croit en la France donne une leçon de patriotisme à un président de la République française qui, pour sa part, croit « qu’il n’y a pas une culture française »…
Ce moment de l’émission donne également l’occasion d’entendre une autre leçon, une magistrale leçon de souverainisme administrée par le porte-parole de la présidence du Gabon, Théophane Nzame-Nze Biyoghe. Expliquant que son pays est également confronté au défi de l’immigration, ce brillant intellectuel – par ailleurs auteur de plusieurs ouvrages – affirme que la volonté des gabonais est « de ne pas disparaître », « de ne pas se diluer » et « d’affirmer fièrement » qui ils sont « sans être encombrés de complexes ». Bref, tout l’inverse d’une société française engluée dans une repentance post-coloniale et une auto-flagellation imposée par le gauchisme culturel dominant.
Et le porte-parole de ce grand pays de la francophonie qu’est le Gabon de clore sa pertinente intervention en citant un proverbe gabonais tout aussi savoureux que ces « proverbes bantous » qui émaillent les « Chroniques » d’Alexandre Vialatte : « quand on arrive dans un village où tout le monde danse sur le pied gauche, on danse sur le pied gauche ! ». Tout est dit dans cette phrase qui devrait inspirer la politique migratoire française. Merci, Monsieur Nzame-Nze Biyoghe ! Quel dommage que vous ne renonciez pas à la nationalité gabonaise pour devenir à 100 % un français ! En effet, la France aurait bien besoin d’hommes d’État tels que vous, des hommes d’État qui défendent l’intérêt national et qui ne se déconsidèrent pas en dansant sur l’un (ou l’autre) pied pendant qu’ils sont censés représenter leur pays.
La troisième et dernière partie de l’émission est plus légère dans la mesure où elle est consacrée à la polémique qui oppose le footballeur-politologue Kyllian Mbappé au président-prince consort du RN Jordan Bardella. C’est l’opportunité de relancer le débat – qui ne sera sans doute jamais tranché – sur la légitimité des peoples millionnaires (sportifs ou artistes) à se poser quasi-systématiquement en sermonneurs du peuple et en relais serviles de la gauche moralisatrice.
En tout cas, si « Parler de tout », c’est parler de tous les sujets, des plus graves aux plus superficiels, sans tabous ni censure, alors le pari est tenu !
Parler avec tous ?
Sur une seule séquence, on constate que Christine Kelly a joint un professeur de médecine au téléphone et a invité sur son plateau un médecin, un représentant de l’exécutif gabonais, une autre journaliste (Gabrielle Cluzel) et un député RN (Laurent Jacobelli, venu défendre son mouvement mis en cause par le footballeur Mbappé). Mais au-delà de ce panel de personnalités, l’essentiel, c’est que pour chacun des trois thèmes abordés, la parole a été donnée successivement à une variété d’auditeurs (hommes, femmes, français de diverses origines), justifiant ainsi le titre de l’émission.
Surtout, ces auditeurs n’ont pas été relégués en fin de diffusion, quand le temps presse et qu’il faut réduire ou couper les interventions afin de rendre l’antenne. Au contraire, l’animatrice a rigoureusement fait alterner les prises de parole de ses invités avec celles des auditeurs, laissant par conséquent à ces derniers le temps nécessaire pour développer leur questionnement et leurs arguments. En plaçant ses auditeurs sur le même plan que les personnalités invitées et qu’elle-même, Christine Kelly se démarque de nombre de ses confrères journalistes et animateurs, confrères pour lesquels le public (quand toutefois il est sollicité) sert encore trop souvent de caution populaire ou de faire-valoir.
Il y avait déjà et indubitablement un « style Kelly ». Le style Kelly, c’est ce mélange – unique dans les médias français – de douceur et de fermeté. Douceur dans le ton dont la journaliste use en toutes circonstances à l’égard de ses interlocuteurs (alors que tant d’autres interviewers adoptent le ton comminatoire d’un procureur, comme si c’était un gage d’intégrité morale), mais fermeté dans l’obstination à obtenir des réponses intelligibles de la part desdits interlocuteurs (en particulier quand il s’agit de politiques rompus à la langue de bois). Avec « Christine Kelly et vous », qui à aucun moment ne dérape dans le parisianisme condescendant à l’égard des français qui s’y expriment, on ajoutera désormais à ce style Kelly le respect inconditionnel du public et de sa parole.
Si « Parler avec tous », c’est dialoguer avec les français et considérer leurs opinions comme tout aussi dignes d’attention et de respect que celles des experts, des journalistes et des personnalités politiques, alors le pari est tenu !
Le réel est un combat
Lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 5 juillet 2023, entre deux séjours dans un palace aux frais des contribuables, Delphine Ernotte, l’inamovible présidente de France Télévisions, avait déclaré «on essaie de représenter la France telle qu’on voudrait qu’elle soit »…
Dans « Christine Kelly et vous » sur Europe 1, Christine Kelly donne la parole aux français qui ne se sentent plus représentés et qui disent la France qu’ils vivent et qu’ils voient.
Entre l’idéologie de Delphine Ernotte et le souci de présenter les faits de Christine Kelly, il y a une nuance, cette nuance qui s’appelle le journalisme.
(1) Christine Kelly et vous | Europe 1
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