Alep se vide, Paris applaudit

Le départ des Sœurs franciscaines d’Alep n’est pas un simple fait divers religieux. Après plus d’un siècle de présence en Syrie, elles quittent une ville où elles avaient traversé les guerres, les persécutions et les bouleversements de l’histoire. Si elles s’en vont aujourd’hui, c’est qu’elles ne croient plus à leur sécurité ni à leur avenir.

Par Kamel Bencheikh

Publié le 22 juillet 2026

Alep se vide, Paris applaudit

La France s’est longtemps honorée d’une politique qui faisait de la protection des chrétiens d’Orient une exigence morale.

Ce départ constitue un cinglant démenti à la mise en scène diplomatique orchestrée quelques semaines plus tôt par Emmanuel Macron à Damas. Le président français s’est prêté au rituel de la normalisation, visitant la mosquée des Omeyyades et reprenant le récit d’une Syrie prétendument réconciliée avec sa diversité.

Pendant que les caméras immortalisaient les sourires et les poignées de main, une autre réalité se dessinait, celle d’un pays où les chrétiens, les alaouites, les druzes et d’autres minorités continuent de vivre dans la peur ou de prendre le chemin de l’exil.

En choisissant d’offrir le premier brevet de respectabilité internationale à un pouvoir issu d’Al-Qaïda, Emmanuel Macron n’a pas seulement commis une erreur d’appréciation. Il a conféré une légitimité politique à un régime qui n’avait encore apporté aucune preuve tangible de son respect des libertés fondamentales ni de sa capacité à protéger l’ensemble des composantes de la société syrienne.

La France s’est longtemps honorée d’une politique qui faisait de la protection des chrétiens d’Orient et des minorités une exigence morale autant qu’un impératif diplomatique. Cette voix s’est tue. À sa place s’est installée une diplomatie de l’illusion, préférant les promesses d’un ancien djihadiste aux avertissements lancés par ceux qui, sur le terrain, voient disparaître les derniers témoins d’une Syrie plurielle.

L’Histoire est cruelle avec ceux qui confondent communication et réalité. Les discours s’effacent rapidement. Les couvents abandonnés, les églises désertées et les familles contraintes à l’exil demeurent. Ils constituent le véritable bilan d’une politique qui a préféré blanchir un régime plutôt que d’exiger de lui des garanties avant de lui ouvrir les portes de la reconnaissance internationale.

K. B.

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