Boualem Sansal à l’Académie royale de Belgique : Quand l’accueil devient réquisitoire
Par Kamel Bencheikh
Publié le 27 avril 2026

Au nom de quoi prétend-on faire la leçon à Boualem Sansal ?
© Rupture
Il est des scènes qui, à elles seules, disent quelque chose d’une époque. Celle qui s’est jouée récemment à l’Académie royale de Belgique en fait partie.
Qu’un écrivain publié chez Gallimard profite d’un discours d’accueil pour adopter les accents d’un procureur idéologique n’est pas anodin. L’épisode ne dit rien de Boualem Sansal — dont la trajectoire parle d’elle-même — mais beaucoup de ce climat où certains s’arrogent le droit de distribuer bons et mauvais points depuis des positions confortables.
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Car accueillir ne consiste pas à juger. Accueillir n’est pas admonester. Dans une institution de cette tenue, la fonction impose une forme de retenue, de hauteur, presque de silence respectueux. À défaut, l’exercice se dégrade en tribune personnelle, où l’on confond hospitalité et mise en accusation.
La question, dès lors, est simple : au nom de quoi prétend-on faire la leçon à Boualem Sansal ? À quel titre intime-t-on à un homme qui a connu la censure, les menaces, la prison et l’isolement de venir se justifier ? Il y a dans cette posture une inversion troublante des rôles : le courage sommé de répondre à la prudence, la lucidité convoquée par la bienséance.
L’épisode pourrait prêter à sourire s’il n’était pas aussi révélateur. Car derrière le geste, il y a une tentation bien connue : celle de vouloir encadrer la parole libre, la corriger, la ramener dans les limites du convenable. Comme si la liberté devait être accompagnée, guidée, voire surveillée.
Or c’est précisément ce que dément l’itinéraire de Boualem Sansal. Depuis des années, il incarne une fidélité rare à la vérité — une fidélité qui ne se négocie pas, même lorsqu’elle dérange, même lorsqu’elle expose.
Il n’y a donc rien à lui apprendre en matière de courage ou de lucidité. Et il est des circonstances où la seule attitude digne consiste à écouter. Et à apprendre de cet immense écrivain.
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