Casse-tête des relations franco-algériennes
Quel avenir pour les relations franco-algériennes ?
Les relations franco-algériennes sont désormais traversées par une ambivalence structurelle. Ce lien bilatéral repose, bien sûr, sur un passé non apaisé, de surcroît régulièrement instrumentalisé et ravivé par des contentieux mémoriels, comme le montre l’épisode de 2021 par exemple quand Emmanuel Macron avait accusé le système politico-militaire algérien de réécrire l’histoire à des fins de légitimation, provoquant une crise diplomatique majeure. Mais ce n’est pas un sujet de « petites phrases » seulement. Ces relations sont entrées, depuis 2024, dans une phase durable de « conflictualité maîtrisée » : elles resteront stratégiques et structurellement interdépendantes, mais marquées par des crises récurrentes, fortement indexées aux agendas intérieurs des deux capitales et au triangle Paris–Alger–Rabat.
Par Mohamed Sifaoui
Publié le 5 décembre 2025

L’Algérie reste, malgré tout, un partenaire stratégique de la France, notamment en matière de lutte antiterroriste et de gestion des flux migratoires
L’avenir ne se joue pas sur un « grand soir » diplomatique, mais sur la capacité des deux pays à compartimenter leurs contentieux tout en préservant quelques piliers d’intérêt commun : énergie, sécurité, flux humains et stabilité euro méditerranéenne. C’est ce que réclame l’Élysée aujourd’hui et c’est ce que refuse d’entendre El Mouradia. La présidence algérienne – et le sujet n’est pas anodin – est entre les mains exclusives d’un caractériel atteint de démence sénile.
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La question n’est pas anecdotique, elle se situe même au cœur des difficultés rencontrées par les diplomates des deux pays. Abdelmadjid Tebboune est malade. Et c’est l’organe essentiel d’un chef d’État qui est atteint : son cerveau. Irascible, imprévisible, colérique, lunatique, gère désormais les affaires de l’État en petit stalinien affaibli par l’âge et par des difficultés liées à son incapacité à poser un examen rationnel sur telle ou telle chose.
C’est avec cette réalité que doit composer désormais le Quai d’Orsay, mais aussi Laurent Nunez, le ministre de l’Intérieur, qui ne cesse d’envoyer les « signaux positifs » en direction d’Alger. Certes, Paris et Alger tentent une forme de normalisation pragmatique, illustrée par la réactivation d’un canal sécuritaire longtemps au point mort. On évoque des visites, des « réunions techniques », des discussions, des dossiers, mais l’on oublie que tout est entre les mains d’un chef d’État, en l’occurrence Tebboune, qui change d’avis plusieurs fois par jour, parfois au gré de l’actualité et d’autres fois au gré de l’actualité.
Les élites des deux pays continuent de raisonner en termes de « relation spéciale »
L’Algérie reste, malgré tout, un partenaire stratégique de la France, notamment en matière de lutte antiterroriste et de gestion des flux migratoires. Alger a besoin aussi de partenaires occidentaux pour diversifier ses débouchés économiques et diplomatiques, à l’heure où son économie reste excessivement dépendante des hydrocarbures mais aussi au moment où sa diplomatie se retrouve très isolée.
Les élites des deux pays continuent de raisonner en termes de « relation spéciale », ce qui entretient une charge symbolique qui fait de chaque petit incident un test diplomatique, souvent bien au-delà de sa portée réelle. Cette dimension affective, héritée de la colonisation et de la guerre d’indépendance, explique la difficulté à stabiliser une relation purement « normalisée » ou dédramatisée.
Il faut reconnaître que le problème est surtout côté algérien. À vrai dire, le problème c’est surtout Tebboune. Nous l’avons déjà souligné à maintes reprises : tant que l’autocrate algérien est aux commandes d’un pays à la dérive, il sera difficile d’imaginer une réelle refondation des relations franco-algériennes. C’est probablement ce que Paris, par ignorance ou par pudeur, se refuse de regarder en face.
C’est dire que malgré des intérêts convergents sur certains dossiers, les relations franco-algériennes restent fragiles, soumises à une forte charge émotionnelle et à une instrumentalisation politique des deux côtés. En France, la question algérienne reste hautement sensible, et en Algérie, la dénonciation de l’ancienne puissance coloniale est un levier de légitimation interne face à une population en perte de confiance dans le régime.
Dans ce cadre, l’avenir le plus plausible est celui d’une relation ni « réconciliée » ni rompue, mais continuellement, peut-être mensuellement, voire journellement renégociée, où chaque crise sert à réaffirmer des souverainetés stratégiques tout en confirmant, paradoxalement, l’impossibilité d’un véritable désengagement réciproque.
En attendant des jours meilleurs.
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