Non, un pillard n’est pas un révolutionnaire !

Nous ne parlerons pas ici des manifestations, notre pays en a connu plusieurs, il en connaîtra encore. Manifester son mécontentement et porter des revendications sociales et politiques sont un droit légitime et constitutionnel dans la France républicaine. Non, ici, il sera bien question des comportements de vandales qui pillent, agressent, violentent, détruisent.

Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia

Publié le 20 octobre 2026

Non, un pillard n’est pas un révolutionnaire !

Les médias n'ont pas inventé l'effondrement du campanile de la mairie de Limoges.

« Les faux patriotes veulent pousser tout à l’extrême, pour faire tourner les mesures excessives au profit de la contre-révolution. » Robespierre au club des Jacobins, le 8 frimaire an II (28 novembre 1793).

Ainsi, dans la pensée des Hommes du XVIIIe siècle, de ceux-là même qui menèrent la Révolution française, qui combattirent pour la liberté et l’instruction publique pour tous, se livrer aux excès, pis, au pillage et à la destruction du bien public, auraient valu d’être accusé d’agent de la Contre-Révolution.

Nous soulignerons évidemment que nombre de cortèges de manifestants se sont déroulés, le 17 octobre dernier, pacifiquement et chaleureusement, des citoyens portant légitimement des revendications sociales justes, contre la vie chère notamment. Mais ceux qui accusent (injustement) les médias de ne pas en toucher mot sont aussi ceux qui refusent de voir cette autre réalité, celle de la sauvagerie, celle du pillage, celle des agressions, le tout commis par des sauvages, et loin d’être minoritaires.

Les médias n’ont pas inventé l’effondrement du campanile de la mairie de Limoges en feu, ils n’ont pas inventé l’agression d’un commerçant de Nice frappé lâchement par derrière, ils n’ont pas inventé non-plus les menaces de mort, ni tant d’autres réalités terribles vécues dans leur chair par nombre de nos compatriotes. Il faut le dire avec sévérité et même trivialité, le gauchisme, dont Lénine lui-même écrivait qu’il était la maladie infantile du communisme, le gauchisme, pétri de misérabilisme, de condescendance, d’anticapitalisme primaire et de déni, est un logiciel périmé depuis le début, et nourrit précisément ce qu’il prétend combattre.

Nous ne parlerons pas ici des manifestations, notre pays en a connu plusieurs, il en connaîtra encore. Manifester son mécontentement et porter des revendications sociales et politiques sont un droit légitime et constitutionnel dans la France républicaine. Non, ici, il sera bien question des comportements de vandales qui pillent, agressent, violentent, détruisent.

Nous avons vu et entendu ici où là que la municipalité de Marseille serait une nouvelle Bastille à prendre, que les délinquants et les pilleurs, qui en 1789 auraient été qualifiés de « brigands », seraient des révolutionnaires. Mais quelle farce ! Où sont les corps d’armées étrangères qui fondent sur le peuple dont les morts, pas les blessés, les morts, se comptent par dizaines, ou plus ?  Nous pouvons être de ceux qui, régulièrement, ciblent précisément sur le fond les incuries du pouvoir en place, en termes de déficiences diplomatiques, éducatives, de trahisons de la laïcité, de lâcheté et d’incompétences régaliennes, etc. Pour notre part, nous le faisons à l’éclairage de l’histoire et en posant des solutions sur la table (que l’on est en droit de ne pas partager), mais rappelons :

1) qu’il faut faire la distinction entre un despotisme (ce qu’a affronté la Révolution) et une aristocratie ou une oligarchie (ce dans quoi nous vivons) ;

2) que contrairement à ce qu’a affronté la Révolution, nous ne sommes pas cernés par des armées étrangères qui bombardent nos villes, et dont les ennemis de l’intérieur, acteurs de la contre-révolution, n’assassinent pas les patriotes et ne livrent pas nos villes à l’ennemi.

3) que même les révolutionnaires les plus radicaux dans le mouvement populaire, avant toute action de force et l’usage de la violence, ciblée contre les ennemis de la patrie, se sont engagés dans des démarches légalistes, (d’ailleurs, rappelons la célèbre phrase de Danton, « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être »),

4) que les meneurs révolutionnaires ont tout fait pour contenir la violence révolutionnaire populaire, jusqu’à décréter en 1793, par la Convention, une assemblée dans laquelle siégeait un certain Robespierre, des mesures contre le vandalisme afin de protéger également le patrimoine issu de l’Ancien Régime. Ainsi et par exemple, le 3 brumaire an II (24 octobre 1793) le décret du très à gauche Gilbert Romme (il avait notamment travaillé à l’élaboration du calendrier républicain) interdisant d’endommager les monuments même sous le prétexte de faire disparaître les symboles féodaux ou royaux ! Par ailleurs, les révolutionnaires n’ont pas jeté Marianne à terre, ils l’ont créée, ils l’ont élevée.

Qui peut oser, ne serait-ce que dire, que derrière le pillage de l’outil de production, de l’outil de travail, le pillage des petits et des grands commerces, pillage qui laisse sur le carreau des salariés, des petits patrons, des prolétaires, il y a quelque revendication sociale ?! Et nous devons ici saluer la prise de parole forte du député PS-Place publique François Kalfon ayant condamné, ce 18 octobre, sans la moindre ambiguïté, les pilleurs et leur pillage, et ayant appelé à une réponse extrêmement ferme. C’est beaucoup trop rare à gauche pour ne pas le souligner.

Le gauchiste est presque par définition décérébré et par sa relativisation et sa convocation de la Révolution pour justifier la destruction du bien public, il sert le discours contre-révolutionnaire qui la conspue. Mais voilà, la réalité historique leur offre la contradiction. À Aix-en-Provence, la société populaire des Antipolitiques, à l’extrémité gauche de l’échiquier politique, délibéra par exemple, le 3 messidor an II (21 juin 1794), donc au cœur de ce que certains appellent encore « la Terreur » : « On annonce à la société que des jeunes enfants se portent à outrager plusieurs citoyens, qu’ils brûlent des fusées qui peuvent causer du dommage. Il est délibéré de demander à la municipalité qu’elle fasse une proclamation par laquelle elle rendra responsable les parents des fautes de leurs enfants, de plus de défendre [= interdire] à tout citoyen de vendre des serpentaux et enfin que celui qui sera attrapé endommageant les bancs du Cour [aujourd’hui Mirabeau] sera condamné a les payer[1]. »

Qui peut oser affirmer que la mise à sac et l’incendie volontaire d’une mairie, que pendant la Révolution française on appelait « la Maison commune », il y a un acte révolutionnaire pour proposer des jours meilleurs ? Qui peut encore détourner le regard sur les actes criminels commis par des racailles qui tabassent, qui agressent, qui molestent, le tout en vomissant leur haine de la France, brandissant même parfois des drapeaux palestiniens ou algériens, les visages camouflés derrière des keffieh, des écharpes, des masques chirurgicaux. Non, nous ne vous appellerons pas « Citoyens », vous êtes des brigands, des délinquants, des voleurs, et vous ne prenez pas aux riches pour donner aux pauvres. Si nous nous laissions aller, nous pourrions vous dire que vous n’êtes que des pourritures. Et il y a pire que vous, il y a ceux qui vous soutiennent, qui viennent à votre secours sur les plateaux TV et dans les studios de radio. C’est Robespierre, encore, qui vous oppose, tandis qu’il confirmait le 5 décembre 1793 à la face des ultras, qu’il n’était pas des leurs : « Les républicains ne veulent ni de la modération qui tue la République, ni de l’exagération qui la perd. »

Nous devons nous indigner, opposer notre virulente désapprobation à l’encontre de tous les artisans du chaos. D’ailleurs, puisque nous avons reconnu la culpabilité de ceux qui s’épanchent dans la violence la plus débridée, essayons de distinguer les responsables.

1) Emmanuel Macron. Le Président de la République, qui, en 2022, s’est offert le luxe de nous priver de campagne électorale, et qui, devenu minoritaire, n’a jamais tiré les leçons gaulliennes de son désaveu par le peuple, a refusé de démissionner. Ce faisant, il a rendu le pays ingouvernable, l’État impuissant, il a contribué à fracturer la nation, et, et ayant fait une OPA spectaculaire sur le centre, est parvenu à faire croire que son impuissance, ses ambivalences et son ambiguïté permanentes étaient du centrisme. Cet « en même temps » délétère, qui n’a rien à voir avec le centrisme, qui n’est qu’une approche carriériste, opportuniste de la vie de la Cité, qui le conduit à envoyer des messages contraires aux différentes parties en présence, ne peut qu’accoucher du désordre, du chaos. Pourquoi le Président de la République n’agit-il pas ? Par lâcheté, par peur, ou dans l’espoir d’être ainsi en capacité de se maintenir au pouvoir ?

2) Les révolutionnaires en carton-pâte. Ce sont tous ceux qui, à gauche et à son extrémité, ont tourné le dos aux Lumières, ont trahi l’héritage de la Révolution française et violé les combats et les victoires historiques de la France républicaine. Ils fanatisent les jeunes, couvrent les délits et destructions, ne serait-ce qu’en les relativisant. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement d’élus ou de cadres de partis, mais de militants de la base électorale, se livrant sur les réseaux sociaux à des commentaires qui affirment, entre autres choses, que les produits vendus dans les commerces pillés et détruits sont inutiles et polluants. N’y voyez pas malice, il ne s’agit certainement pas ici d’affirmer qu’il est légitime de détruire ces magasins, car pour les plus extrémistes des fanatiques, il s’agirait en plus de sauver la planète.

Alors Marat, plus effervescent encore que Robespierre, met aussi en garde contre les ultra-révolutionnaires, dans son journal, neuf jours avant d’être assassiné :

« Le plus cruel des fléaux que nous ayons à combattre pour faire triompher la liberté, ce n’est point les aristocrates, les royalistes, les contre-révolutionnaires, mais les faux patriotes exaltés qui se prévalent de leur masque de civisme, pour égarer les bons citoyens et les jeter dans des démarches violentes, hasardées, téméraires et désastreuses.

Ces intrigants ne se contentent pas d’être les factotums de leurs sections respectives, ils s’agitent du matin au soir pour s’introduire dans toutes les sociétés populaires, les influencer et en devenir enfin les grands faiseurs[2]. »

Revenons en 2026. Le fait nouveau, du moins s’est-il terriblement accentué ces dernières semaines, réside dans le déplacement des violences. Jadis, les racailles pourrissaient la vie des honnêtes gens dans les banlieues, aujourd’hui, elles envahissent les centres-villes des bobos qui, justement, niaient ce que subissaient quotidiennement les travailleurs dans les quartiers populaires. Maintenant que l’électeur aisé de gauche voit son confort violé, va-t-il enfin ouvrir les yeux ou se réfugier, comme on peut le lire çà et là ou l’entendre chez les auditeurs de telle ou telle radio, dans un conspirationnisme paranoïaque : Macron ferait exprès de laisser faire. Passons sur les arguments donnés, si toutefois on peut parler d’arguments…

La faiblesse d’un pouvoir tétanisé aura évidemment frappé les yeux de tout le monde, un pouvoir qui n’avait pas hésité à envoyer des blindés de gendarmerie face aux gilets jaunes, ces travailleurs qui demandaient à vivre dignement du fruit de leur labeur. Face à la racaille, on pondère… Mais que le pouvoir en place prît garde à ne pondérer excessivement, car alors le citoyen à bout, le commerçant effrayé, le travailleur exaspéré, pourrait bien se saisir de l’arme dont l’État ne fait pas usage. Si ce dernier ne fait pas usage de la force et ne rend pas justice, attention, le citoyen pourrait bien décider de le faire à sa place et l’engrenage serait alors terrible…


[1] Archives départementales des Bouches-du-Rhône, L 2031 : procès-verbal de délibérations du 3 messidor an II (21 juin 1794), pp. 85-86 / 266-267.

[2] Jean-Paul Marat, Publiciste de la République française, n° 233, 4 juillet 1793.

J.-B. Ch.-B.

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